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Opinions sur le caractère des animaux : le loup

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée N°493 - (8 Mai 1897)

Mis en ligne par Denis Blaizot le mercredi 23 décembre 2009

Le loup et le renard ont toujours joué dans la fable un rôle de première importance. Esope, Phèdre, les auteurs inconnus du Roman du Renart, nous ont raconté les aventures de ces deux larrons, très proches parents, s’il faut en croire le fabliau du moyen âge, puisque Ysengrin, le loup, est l’oncle du Vospil ou Renart ; il peut se vanter d’avoir un coquin de neveu qui lui en fait voir de toutes les couleurs. Ce pauvre loup est toujours bafoué ; sans doute, il commet beaucoup de larcins, un certain nombre de meurtres et satisfait souvent sa voracité, mais, en échange, que de coups de bâton !

La Fontaine, à l’exemple des romanciers du moyen âge, n’en a fait qu’un coquin, toujours affamé et toujours battu. Son loup n’a que les os et la peau, tant les chiens font bonne garde ; il veut faire l’herboriste et le rebouteur, et reçoit du cheval une ruade « qui vous lui met en marmelade les mandibules et les dents » ; un biquet encore à la mamelle se montre plus malin que lui ; dix autres exemples prouveraient au besoin que La Fontaine en a fait un être plutôt ridicule. « On n’entend la voix rauque et le grondement furieux de la bête enragée » que dans la fable le Loup et l’Agneau.

Dans la description de Buffon, c’est d’un bout à l’autre qu’on entend les hurlements de l’animal sanguinaire. Le grand écrivain ne se montre pas tendre pour le dévoreur de moutons ; on éprouve même un peu d’étonnement en lisant les phrases furieuses qu’il lui consacre. Mais il faut bien songer que le loup, qu’on ne voit plus guère que dans les ménageries et qui n’est plus qu’une vaine menace pour les petits enfants, n’était pas rare en France au siècle dernier et que les paysans avaient fort à se plaindre de lui. L’homme lui-même n’était pas à l’abri de ses attaques, Louis Viardot cite le cas presque incroyable de quatre-vingts soldats qui, changeant de cantonnement, furent attaqués la nuit par une nombreuse troupe de loups et tous dévorés sur place. Au milieu des débris d’armes et d’uniformes qui jonchaient le champ de bataille, on trouva les cadavres de deux ou trois cents loups tués à coups de balle, de baïonnette et de crosse de fusil, mais pas un seul soldat n’avait survécu.

La colère de Buffon s’explique mieux quand on a lu le récit de ce fait et d’un grand nombre d’autres semblables. « Le loup est l’ennemi de toute société ; il ne fait pas même compagnie à ceux de son espèce ; lorsqu’on les voit plusieurs ensemble, ce n’est point une société de paix, c’est un attroupement de guerre qui se fait à grand bruit avec des hurlements affreux, et qui dénote un projet d’attaquer quelque gros animal, comme un cerf, un bœuf, ou de se défaire de quelque redoutable mâtin. Dès que leur expédition militaire est consommée, ils se séparent et retournent en silence à leur solitude ... Enfin, désagréable en tout, la mine basse, l’aspect sauvage, la voix effrayante, l’odeur insupportable, le naturel pervers, les mœurs féroces, il est odieux, nuisible de son vivant, inutile après sa mort. »

Voilà bien des défauts. La voix populaire, sous la forme d’un proverbe bien connu : Les loups ne se mangent pas entre eux, attribue cependant aux individus de cette espèce, une certaine solidarité. Malheureusement pour la réputation du ,loup, ce proverbe est faux comme tant d’autres. « Sa chair est si mauvaise, dit Buffon, qu’elle répugne à tous les animaux, et il n’y a que le loup qui mange volontiers du loup. »

Taine trouve beaucoup trop chargé le portrait du loup peint par Buffon. « Le loup, dit-il, est un voleur, mais misérable et malheureux. On n’a qu’à voir sa physionomie basse et inquiète, son corps efflanqué, sa démarche de brigand poursuivi, pour lui donner d’abord son rôle, Le portrait demi-sérieux, demi-moqueur du fabuliste est plus vrai que la sombre et terrible peinture de Buffon. »

Les loups mangent gloutonnement, dit La Fontaine. Cette voracité s’explique sans doute par les longs jeûnes que ces animaux sont forcés de subir ; elle est d’ailleurs incroyable. « Comme pour assouvir sa faim, dit Buffon, il avale indistinctement tout ce qu’il trouve, des chairs corrompues, des os, du poil, des peaux à demi tannées et encore toutes couvertes de chaux ; » et Toussenel dit de son côté : « Le loup a la faculté de rejeter par la gueule toute la nourriture qu’il a prise et il en use pour prolonger indéfiniment ses repas. »

Malgré ces habitudes répugnantes, l’auteur de l’Esprit des bêtes se montre plein de tendresse pour le loup ; il avoue que le loup est l’emblème du bandit, le fléau de la propriété, le plus rusé et le plus audacieux des ennemis de l’homme, mais il lui découvre néanmoins toutes sortes de qualités. « Je ne sache pas, dit-il, de créature au monde qui ait été plus odieusement vilipendée et calomniée que le loup. C’est le plus infatigable et le plus actif de tous les quadrupèdes ... Vivant côte à côte avec l’homme, il s’est instruit de sa tactique, il a étudié ses manœuvres, il a appris à son école le grand art de la guerre. La prudence et la circonspection président à chacun de ses actes, soit qu’il attaque, soit qu’il ait à se défendre ; il ne se pardonnerait pas d’omettre le moindre élément de succès dans la lutte désespérée qu’il soutient contre l’homme ... Le loup l’emporte sur le chien par la finesse de l’ouïe, de l’odorat, de la vue, par la vigueur des muscles, par la puissance de la mâchoire, par la mémoire des lieux, par le talent de l’observation, par le génie de la combinaison stratégique ... Le loup n’est pas poltron ; il n’aime pas à exposer inutilement sa vie, c’est vrai, mais c’est là de la sagesse et non de la couardise. Le vrai courage se caractérise par le sang-froid en présence du péril ; or je ne connais pas un animal qui montre plus de sang-froid dans le péril que le loup. »

Par ces quelques citations, on voit que les opinions au sujet du caractère du loup sont assez partagées.

F. FAIDEAU.

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