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Un jardin sur une mie de pain

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée n° 289 — 10 juin 1893

Mis en ligne par Lauryn le dimanche 12 octobre 2014

Faire une abondante herborisation sans sortir de Paris, à notre époque d’asphalte et de pavés de bois, semble être une opération chimérique ; elle a été cependant réalisée avec succès par quelques botanistes, notamment par M. J. Vallat.

En dehors des ruines de la Cour des comptes, aujourd’hui transformées en forêt vierge, où une récolte d’une heure vaut deux journées de recherches à la campagne, il a pu recueillir, sur les murs, le long des quais, entre les pavés, plus de deux cents espèces, et non pas des mousses et des lichens, mais des plantes à fleurs dont quelques-unes fort rares, même dans les champs.

L’herborisation faite dans ces conditions demande malheureusement une forte dose de patience, et les résultats de ces promenades scientifiques ne récompensent pas toujours le chercheur, qui rentre parfois sans avoir rien trouvé d’intéressant. Il est vrai qu’un seul échantillon nouveau suffit pour faire sa joie.

D’autres savants, plus sédentaires encore, ont herborisé sur des pièces de monnaie et sur des billets de banque, et, à l’aide d’un microscope puissant, ils y ont découvert de la crasse, ce qui n’est pas fait pour nous surprendre, et aussi des bactéries et de nombreuses algues unicellulaires dont ils ont dressé un catalogue détaillé [1].

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Enhardis par ce dernier exemple, nous allons nous offrir, nous aussi, une herborisation bizarre ; nous choisirons pour champ de recherches une mie de pain. Nous y trouverons une flore peu variée, mais non sans intérêt, dont l’étude nous fera faire un premier pas vers la connaissance des végétaux sans fleurs apparentes ou cryptogames.

Prenons une mie de pain et plaçons-la pendant quelques jours dans un endroit obscur et légèrement humide ; nous l’en retirerons recouverte d’une couche verdâtre qui, examinée avec soin, semblera formée d’un grand nombre de petites épingles enfoncées dans la mie de pain. Ces petites épingles ou moisissures sont des champignons dont nous allons suivre le développement.

Mettons le pain moisi sur une assiette blanche, et autour, deux ou trois lamelles de verre, et couvrons le tout d’un verre retourné. Au bout de trois jours, dans cette atmosphère chaude, toutes les surfaces protégées par le verre sont garnies de moisissures. En regardant attentivement l’assiette, nous verrons, sur sa surface blanche, des filaments noirs dont l’ensemble a été nommé mycelium.

Le lendemain, examinons à la loupe ou avec un microscope, l’une des lamelles de verre ; nous verrons que le mycélium présente de distance en distance des renflements d’où partent des filaments terminés par une petite boule.

Dans chaque filament vertical, surmonté de sa boule, nous reconnaissons une des petites épingles aperçues dès le début de l’observation ; nous remarquons aussi, qu’aux dimensions près, nous avons là l’image exacte d’un agaric avec son pied et son chapeau. La partie renflée qui termine le filament est, en effet, comme le chapeau des autres champignons, un appareil de fructification ou sporange, rempli de nombreux petits grains arrondis, verdâtres ou spores, que nous aurons peut-être la chance d’en voir sortir en attendant assez longtemps. Quant à la plante proprement dite, elle se compose simplement du mycélium, c’est-à-dire des filaments enchevêtrés posés à plat sur l’assiette, sur les lamelles et sur le pain.

Ces milliers de germes, échappés de leur boite, flottent librement dans l’air qui en est, pour ainsi dire, saturé, Posés sur une substance qui leur convient, ils poussent un mycélium qui fructifie bientôt avec cette rapidité de développement propre aux champignons pour lesquels - quand les circonstances leur sont favorables - les heures sont des saisons et les jours des années.

Comment s’étonner, après cela, de la rapidité avec laquelle se forment les moisissures et ne voit-on pas que leur génération n’est pas plus spontanée que ne l’est celle des chélidoines et des giroflées qui fleurissent au sommet d’un mur où des graines apportées par le vent sont venues se poser !

Si quelques-uns de nos lecteurs s’intéressent à ce genre d’étude, ils pourront obtenir une végétation cryptogamique plus curieuse encore et surtout plus riche en espèces, par un procédé dont nous allons maintenant parler, non sans avouer au préalable que la description des opérations préliminaires nous embarrasse quelque peu.

Profitant d’un séjour à la campagne, allez faire par les champs une promenade matinale, en ayant soin de vous munir d’une assiette enveloppée d’un linge. Les prés sont encore humides de rosée, vous verrez dans l’herbe briller des fleurs charmantes ; mais ce n’est pas d’elles qu’il s’agit pour l’instant et, sans beaucoup chercher, vous rencontrerez dans ces pâturages, parcourus tout le jour par les gros animaux domestiques, des traces incontestables de leur passage. Vous aidant alors d’un bâton, faites glisser délicatement dans l’assiette l’objet en question que vous choisissez d’une surface modeste et, entourant le tout du linge, rentrez tranquillement à la maison sans vous vanter de votre récolte.

Déposez-la dans un endroit peu fréquenté - ne vous croyez pas forcé de la mettre au salon - et couvrez-la d’une cloche de verre. Au bout de quelques jours, vous aidant d’une loupe, vous serez étonné d’apercevoir une végétation luxuriante, formée de champignons aux formes gracieuses ou bizarres dont l’ensemble est représenté, à un faible grossissement, au bas de notre gravure. Les ruminants broutent, en effet, avec les herbes, des milliers de spores de champignons qui, protégées par une enveloppe très résistante, sortent intactes du tube digestif, et se développent avec rapidité dans ce milieu qui leur est éminemment favorable.


[1Voir la Science illustrée, t. I, p. 336 et 395.

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