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Bouquet de fleurs des champs en automne

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée N°363 - (10 Novembre 1894)

Mis en ligne par Denis Blaizot le vendredi 7 novembre 2014


Il n’est que temps d’aller faire une dernière excursion à la recherche des fleurs peu nombreuses qui ont attendu, pour s’épanouir, la fin de l’automne. Nous rencontrerons aussi quelques plantes, entrevues lors de notre précédente promenade, qui continuent à fleurir jusqu’aux premiers froids. Perdues au milieu des mille corolles éclatantes qui ornaient les champs au mois de juillet, elles avaient à peine attiré notre attention, mais nous leur trouverons aujourd’hui une grâce toute particulière due, sans doute, à leur rareté.

Tout en suivant le chemin qui descend à la prairie, donnons un coup d’œil aux buissons qui le bordent. Les choses ont bien changé depuis le commencement de l’été ; l’Aubépine semble formée de branches de corail ; on voit briller les baies orangées de Chèvrefeuille à côté des grappes d’un violet sombre de Sureau et de Troène et les fruits éclatants de la Douce-amère parmi les prunelles et les mûres.

Au pied des haies, émergeant des herbes peu élevées, voici les capitules bleus de la Chicorée sauvage, qui ne s’ouvrent que le matin, et les corymbes d’un blanc rosé de l’Achillée mille-feuille, appelée aussi l’Herbe aux charpentiers, on en disait merveilles autrefois et on l’employait pour guérir les blessures. Plus loin, l’Aigremoine dresse, comme un long bâton, sa maigre tige, sur laquelle sont collées de rares fleurs jaunes ; la grappe élancée de la Linaire vulgaire porte encore à son sommet quelques jolies fleurs d’un jaune de soufre aux corolles munies d’un long éperon, et la Tanaisie élève ses nombreux capitules d’un jaune pâle au-dessus de ses grandes feuilles découpées d’un vert intense, qui exhalent, quand on les froisse, une odeur forte et aromatique.

La route est maintenant bordée de larges fossés humides, qui vont apporter aussi leur contingent de fleurs à notre récolte. Leurs parois sont couvertes de Menthe Pouliot, aux fleurs minuscules groupées, au-dessus des feuilles odorantes, en pompons lilas de grosseur décroissante traversés par la tige ; l’Eupatoire à feuilles de chanvre laisse pencher ses fleur violettes presque fanées à côté des hautes grappes de la Salicaire, amie des saules, dont le pourpre à légèrement pâli, tandis que l’Épilobe velu, enraciné dans le fond du fossé, vient porter, à travers un fouillis de plantes, ses grandes corolles roses jusqu’au niveau de la route.

Mais nous voici dans la prairie. Elle est, à perte de vue parsemée de taches d’un violet pâle ; ce sont les corolles du Colchique d’automne sorties depuis peu de leur bulbe profondément enfoncé dans le sol. Parmi les Colchiques, quelques gentilles pâquerettes continuent à fleurir et la Scabieuse succise balance ses capitules bleus au sommet de trois tiges inégales. Nous en faisons une ample récolte avant de pénétrer dans le bois.

Là, les plantes fleuries sont rares ; le temps est loin où les Sylvies, les Ficaires et les Violettes brillaient partout au clair soleil que laissaient passer les branches dénudées. On rencontre cependant encore les jolies étoiles roses du Sedum reprise, aux feuilles raides, épaisses, toutes gonflées d’eau ; la Gesse des bois porte encore quelques-unes de ses fleurs au large étendard pourpre et la Solidage Verge d’or est couronnée de ses belles grappes jaunes de fleurs en capitule.

Dans les clairières, les Bruyères sont en pleine floraison, et leurs mignonnes corolles en grelot présentent toutes les nuances du rose et du violet.

Nous en coupons un grand nombre parmi celles qui sont encore vivement colorées, elles formeront le pourtour d’un bouquet dont le centre sera composé de fleurs de Scabieuse et des grappes de la Verge d’or.

Ferdinand Faideau