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Les plantes qui marchent

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée N°354 - (8 Septembre 1894)

Mis en ligne par Denis Blaizot le lundi 3 novembre 2014

Les plantes nous ont montré des mouvements fort curieux de leurs différentes parties, mais nous n’en avons encore vu aucune se déplacer et quitter un endroit qui ne lui plaît pas, pour un autre à sa convenance. C’est pourtant ce que fit, un beau jour, un chêne de Ville-d’Avray.

Il vivait tant bien que mal — plutôt mal au sommet d’un rocher sur lequel sa graine avait germé, apportée sans doute par un coup de vent. Au bas de la roche était une terre profonde, fertile, toujours humide, tentation continuelle pour le pauvre arbre souffreteux. Que fit-il ? Il détacha de la base de sa tige une racine qui, filant le long de la roche, atteignit le sol, s’y enfonça et acquit bientôt un tel développement qu’elle semblait être le prolongement du tronc. Cette nouvelle tige grossit rapidement tandis que disparaissaient les racines restées au sommet de la roche.

Un érable, juché sur la partie supérieure d’un mur, dans le canton de Galloway, quitta de la même façon son perchoir pour venir s’étaler dans la terre plantureuse qui était située 3 mètres plus bas.

Et que pensez-vous du voyage accompli par le groseillier dont Murray raconte l’histoire ? Ce groseillier vivait fort heureux dans un jardin, rien ne lui manquait, quand un mur abattu amena des infiltrations d’eau minérale dans le sol qui le nourrissait. Il jaunissait et allait périr lorsqu’il eut l’heureuse idée de diriger une de ses branches vers une partie du jardin, légèrement élevée et protégée contre les infiltrations par un petit massif de maçonnerie. La branche atteignit le sol, des racines se formèrent aux points de contact, et cette branche émigrante devint le tronc du groseillier, tandis que la tige primitive, restée dans le terrain inhospitalier, disparaissait bientôt.

Voilà donc un chêne, un érable, qui descendent, sans plus de façon, d’un rocher ou d’un mur ; un groseillier qui se déplace de 1 mètre, non pas sans doute avec la légèreté de l’oiseau, mais, enfin, avec une rapidité et surtout une volonté qu’on eût été loin de soupçonner.

Ce sont là des faits exceptionnels, des circonstance dont ne peuvent profiter que certaines plantes privilégiées ; où elles se sont sauvées, mille autres auraient péri ; mais il existe un grand nombre de plantes vivaces, à tige herbacée, pour lesquelles, au con. traire, ces déplacements sont de règle ; on les a désignées souvent sous le nom de plantes qui marchent.

Le fraisier, la violette, la bugle, le piloselle, rampent à raide de stolons qui développent des racines aux points où ils sont en contact avec le sol. Il s’y forme une nouvelle plante qui, à son tour, produit des stolons rampants.

Le sceau-de-Salomon (fig. 2), qui montre en avril, dans les bois, ses petites fleurs blanches pendantes, se déplace par un autre procédé. Il possède un rhizome qui porte un bourgeon à son extrémité. Au printemps, ce bourgeon donne la tige aérienne qui meurt à l’automne en laissant une cicatrice arrondie à laquelle la plante doit son nom. Le nouveau bourgeon terminal qui s’est formé s’allonge sous le sol pendant l’hiver et, au printemps suivant, donne une tige aérienne.

Le muguet, l’iris, les carex, etc. (fig. 3) se déplacent de même à l’aide d’un semblable organe de locomotion, La plupart des Orchidées de nos prairies et de nos bois ont encore une façon plus bizarre de voyager.

En déterrant l’une d’elles, au mois d’avril, on voit qu’elle présente deux tubercules radicaux : l’un, noir, ridé, flétri, presque desséché ; l’autre, blanc et renflé (fig. 1). Le premier a servi à former la tige et les feuilles qui émergent du sol ; le second passera l’hiver dans la terre et produira, l’an prochain, une tige aérienne ; mais lorsqu’à son tour il sera noir et vidé un autre tubercule blanc sera formé et ainsi de suite toujours du même côté.

Ferdinand Faideau