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Les hygromètres végétaux

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée N°338 - 19 Mai 1894

Mis en ligne par Denis Blaizot le mardi 4 novembre 2014


Prévoir le beau temps ou la pluie est, au moment des récoltes, d’une importance extrême pour le cultivateur ; aussi note-t-il avec soin tous les indices plus ou moins infaillibles qui peuvent le guider dans cette prévision. Il observe l’aspect du ciel au moment où le soleil se couche, il s’assure de la direction du vent, il est toujours au courant de l’âge de la lune et il suit attentivement les allures des animaux : quand le chat se lèche souvent, quand les hirondelles volent en rasant la terre, ce sont, pour lui, autant de signes de la pluie prochaine.

Il devrait aussi étudier les mouvements des végétaux, car la sécheresse et l’humidité exercent sur eux une grande action.

Quand l’air est très humide, lorsqu’il doit pleuvoir dans la journée, le souci pluvial, les carlines (fig. 1), les stellaires, l’oxalide petite oseille n’ouvrent pas leurs fleurs ; si, après une belle matinée, le ciel devient menaçant, elles les referment en toute hâte. Le nénufar blanc se comporte de la même manière et, de plus, rentre ses fleurs sous l’eau.

La fameuse rose de Jéricho, dont nous avons eu déjà l’occasion de parler, se crispe par la sécheresse et étale ses rameaux quand l’air est humide.

Une petite mousse bien commune dans nos bois, la funaire hygrométrique (fig. 2), recourbe, quand le temps est sec, ses sporogones remarquables par leur coiffe en forme de petite cuiller, et les redresse à l’humidité.

Les cônes du pin (fig. 3) rapprochent leurs écailles ou les écartent suivant que l’air est plus ou moins sec.

L’action de l’humidité sur toutes les parties du végétal, même desséché depuis longtemps, peut être montrée par des expériences fort simples.

Tout le monde sait qu’un fragment de branche, un brin de paille, pliés se déplient quand on mouille le sommet de l’angle. Une tige de graminée enroulée en hélice à tours très serrés, sur un crayon mince, se déroule et reprend, avec des contorsions bizarres, sa forme rectiligne si on la mouille légèrement. Quelques gouttes d’eau suffisent pour délier et dérouler un fétu entortillé d’une façon très compliquée, auquel il serait impossible, sans ce moyen, de faire reprendre son apparence primitive.

Les choses se passent de la même manière dans la nature, et la sécheresse est l’unique cause de la déhiscence des fruits, notamment des fruits à valves, comme les follicules de l’aconit, de l’hellébore ; les gousses du genêt ou du pois de senteur, les siliques des giroflées ou des lunaires, les capsules à couvercle de la jusquiame et du mouron rouge.

Que l’on prenne un des fruits que nous venons de citer, qu’on le place dans l’air humide, il se refermera ; dans l’air sec, il s’ouvrira et cela autant de fois qu’on le voudra.

L’action de l’humidité est encore plus curieuse à étudier sur certaines graines comme celles des érodium (fig. 4), des géranium, des pélargonium, des andropogon, de la folle avoine et du stipe empenné (fig. 5) ; elle tend à enfoncer ces graines dans le sol, c’est-à-dire à les placer dans les conditions les plus favorables à leur germination.

Examinons la graine d’un erodium ; elle est couverte de poils et terminée par une longue tige dont la base forme, quand le temps est sec, de nombreux tours de spire ; elle se déroule au contraire par l’humidité. Tant que dure la sécheresse, la graine reste inerte sur le sol, mais si l’atmosphère devient humide, la spirale se déroule et, l’appendice — souvent garni de longs poils qui le font ressembler à la moitié d’une’ plume d’oiseau — prenant un point d’appui sur un brin d’herbe ou sur un petit caillou, la graine s’enfonce dans le sol.

Si la sécheresse revient, les poils de la graine, qui : s’étaient aisément soumis à un mouvement de descente, se redressent et s’opposent à toute velléité d’ascension, ou bien encore le prolongement se détache’ circonstances très heureuses pour la graine, car un nouvel enroulement en spirale, l’amènerait de nouveau à la surface du sol et contrarierait sa germination.

On conçoit combien il est aisé, à l’aide de ces graines, de construire de petits hygromètres très sensibles et qui, convenablement gradués, offrent une véritable précision.

On peut fixer, par exemple, une graine d’érodium verticalement. La base de l’appendice s’enroulant ou se déroulant, son extrémité joue le rôle d’une aiguille qu’on fait mouvoir sur un cadran divisé en 100 parties.

Comment se servir de cet instrument ? D’une façon très simple. On a — en chauffant ou de toute autre manière — obtenu le maximum de sécheresse possible ; on remarque alors que la base de l’aigrette fait six tours de spire, par exemple, et l’on place le zéro du cadran en face de l’extrémité de la pointe. Quand l’air devient humide, l’aigrette se déroule et la pointe décrit le cadran.

Pour faire une lecture à un moment donné, il suffit de compter le nombre des tours de spire de la base ; si il n’y en a plus que 3 et si la pointe de l’aiguille est sur la division 25 du cadran, on dira que le degré d’humidité est 3,25 ; l’extrême sécheresse étant 6 et la saturation 0 ou à peu près.

Si l’on a, pendant quelques jours, comparé cet instrument primitif avec un hygromètre de précision, et si l’on a dressé une table de correspondance des résultats, les indications de l’hygromètre à graine d’erodium pourront donner, en valeur absolue, la quantité de vapeur d’eau contenue dans l’air, si l’on tient compte en même temps de la température.

Ferdinand Faideau

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