Gravure sur marbre par les racines d’un haricot

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée n° 271 — 4 février 1893
Lundi 13 octobre 2014 — Dernier ajout mardi 30 janvier 2018

Le sol et l’air sont également indispensables à la vie de la plante : les feuilles sont chargées de puiser dans l’air les substances qui lui sont utiles, tandis que les racines vont les chercher dans le sol.

Cette absorption de l’eau du sol avec les sels et les gaz qu’elle tient en dissolution a lieu par des filaments formant vers la pointe de la jeune racine une zone qu’on appelle assise pilifère.

La pointe de la racine, recouverte d’une sorte de petit chapeau appelé coiffe, n’a aucun rôle dans l’absorption ; il en est de même des parties de la racine dépourvues de poils absorbants.

Mais, en même temps que se produisent dans la racine des courants de gaz et de liquides allant de dehors en dedans, elle est le siège de courants en sens inverse ; elle exhale des gaz, notamment de l’acide carbonique, qui, en se dissolvant dans l’eau voisine, exerce sur les matières les plus dures, et en contact avec les racines, une action qu’on a considérée quelquefois comme une sorte de digestion. Ce dégagement d’acide carbonique peut être mis en évidence par une expérience bien simple.

On prend une plaque de marbre, qu’on recouvre d’une couche de quelques centimètres de sable fin, dans lequel on sème quelques haricots.

Cette plaque de marbre peut être placée au fond d’un vase à bords peu élevés, comme ceux qu’emploient les jardiniers pour semer les plantes destinées au repiquage ; ou bien, on peut l’entourer tout simplement, comme le représente la figure, d’un rebord formé par un mastic quelconque.

On arrose tous les jours les graines placées dans le sable, au bout de peu de temps elles germent, quelques feuilles apparaissent, puis bientôt une abondante végétation.

Avant l’apparition des feuilles, la plaque de marbre pouvait être laissée dans l’obscurité, mais si l’on veut que le développement des plantes continue dans de bonnes conditions, il faut les mettre ensuite à la lumière, afin que les feuilles puissent apporter aux racines le concours de leur travail.

Il est, d’ailleurs, évident que le développement des plantes cessera bien tôt, car ce ne sont pas les matériaux contenus dans le sable qui pourront les nourrir, et, quand toute la réserve de nourriture contenue dans les cotylédons de la graine aura été dévorée par la plante, celle-ci n’aura plus qu’à périr.

On arrachera alors les jeunes plantes, on enlèvera le sable, et, sur le marbre, on verra des sillons tracés profondément, s’ entre-croisant et reproduisant nettement la forme des racines.

Il est évident que ce n’est pas leur pression qui a creusé le marbre, mais bien une action chimique. L’acide carbonique, exhalé par les racines, s’est dissous dans l’eau voisine, et cette eau, à son tour, a dissous le marbre.

Une expérience, facile à réaliser, montre le pouvoir que possède l’eau, chargée d’acide carbonique, de dissoudre le carbonate de chaux.

On met en contact, dans un flacon bouché, pendant environ un jour, de l’eau distillée et de la chaux, on filtre et on obtient la liqueur dite eau de chaux.

À l’aide d’un tube, on souffle dans cette eau qui ne tarde pas à se troubler et à devenir blanche ; l’acide carbonique, provenant de la respiration, forme, en effet, avec la chaux contenue dans l’eau un carbonate de chaux insoluble ; mais, si l’on souffle plus longtemps, la liqueur redevient claire, car l’acide carbonique se dissout dans l’eau, qui prend alors la propriété de dissoudre le carbonate de chaux.

On comprend donc facilement que le carbonate de chaux qui s’était formé par le contact prolongé de l’acide carbonique et du marbre a été peu à peu dissous par l’eau avec laquelle les plantes étaient arrosées, et, dans ces conditions, c’est justement suivant la forme des racines que le marbre s’est creusé.

Vos témoignages

  • J. Ph. ROSELLO 6 février 2015 15:40

    Bonjour,

    Cette expérience ne montre que la libération d’acide par les racines mais pas d’acide carbonique comme il est dit, d’autant que cet acide est un acide « virtuel », il n’existe que dans les réactions mais se décompose instantanément aussitôt produit : il n’a d’ailleurs pas de constantes physiques. Aucun acide carbonique ne peut être libéré.

    En fait jusqu’à la preuve du contraire les racines libèrent des ions H+, c’est suffisant. S’il y a du gaz carbonique ce n’est qu’une question de respiration, cela n’intervient pas.

    Salutation.

    PS : il y a un phénomène étrange dans ce formulaire de contact (page « http://sciences.gloubik.info/spip.php?article1688« ) dans le champ du nom. Le »j« ne peut pas être affiché ! C’est la première fois que je vois ça ! Un copié-collé d’un »J« donne un »I«  ! Il y a aussi le »y« qui devient un »v »… Lors de la prévisualisation c’est correct (??)

    • Gravure sur marbre par les racines d’un haricot 7 février 2015 07:30, par Denis Blaizot

      Bonjour,

      Effectivement, l’expérience présentée ne prouve en rien qu’il s’agisse d’acide carbonique.

      Pour ce qui est des problèmes d’affichage dans le formulaire, je n’ai aucune idée de sa provenance. Vous êtes le premier à vous en plaindre et je ne le constate pas moi-même. Je vais, quoi qu’il en soit, regarder cela de plus près.

      Cordialement.