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Les plantes à projection de pollen

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée n° 294 — 15 juillet 1893

Mis en ligne par Lauryn le dimanche 12 octobre 2014

Récréations botaniques

Les moyens employés par certaines plantes pour assurer leur fécondation sont souvent merveilleux.

Nous avons déjà vu, dans une précédente récréation, avec quelle rapidité savent se mouvoir les étamines de l’épine-vinette, il en est de même des étamines du pourpier à fleurs multicolores qui, au moindre contact, s’agitent avec violence pendant quelques instants. Celles de quelques liliacées et do certaines composées comme les chardons, la chicorée sauvage, le bluet, les scabieuses, etc., ne montrent pas moins de sensibilité ; enfin, les mouvements des étamines de la rue, plante nauséabonde qui fleurit en juin dans les lieux arides du midi de la France, pour être plus lents, n’en sont pas moins curieux.

La fleur, d’une jolie teinte jaune pâle, en dedans d’un calice formé de quatre ou cinq pièces, comprend quatre ou cinq pétales concaves et épanouis, terminés chacun par un petit capuchon. Des huit ou dix étamines, la moitié est étalée entre les pétales, les autres, couchées sur les pétales, ont leurs anthères confortablement à l’abri dans le capuchon ; au centre est l’ovaire arrondi surmonté d’un court filament.

À la maturité, une étamine se relève d’un mouvement insensible, tout en courbant son filet dans la concavité du pétale de façon à ce que l’anthère puisse, - s’il y a lieu - sortir de son capuchon et vienne s’appliquer exactement sur le stigmate auquel, pendant un contact prolongé, elle abandonne son pollen. Sa fonction accomplie, elle se retire et redevient lentement horizontale ; mais alors sa voisine se redresse à son tour et la remplace sur le stigmate pour reprendre ensuite sa position de repos ; c’est alors le tour de la suivante et ainsi de suite jusqu’à ce que toutes aient déposé leur pollen en lieu sûr et sans qu’il y ait jamais le moindre changement dans l’ordre adopté. La corolle et les étamines devenues inutiles se fanent alors et disparaissent laissant à l’ovaire le soin de mûrir les graines, espoir de l’avenir.

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Dans d’autres plantes, les étamines sont d’humeur moins vagabonde, mais c’est alors le style ou le stigmate - quelquefois les deux - qui accomplissent spontanément certains mouvements évidemment destinés à retenir le pollen.

Les stigmates du glaïeul, de la gratiole, de la gentiane jaune, etc., sont formés de deux lèvres ordinairement largement ouvertes ; dès qu’on touche l’une d’elles, elles se rapprochent vivement pour reprendre lentement leur position première au bout d’environ dix minutes.

Dans les plantes à fleurs unisexuées, on a tout lieu de croire les étamines bien tranquilles, attendant du vent ou des insectes le transport de leur pollen ; il n’en est pas toujours ainsi et dans les fleurs miles du mûrier et de l’ortie, ainsi que dans les fleurs complètes de la pariétaire se trouvent des étamines impatientes qui, au moindre contact, se dressent et en même temps lancent leur pollen qui retombe sur le stigmate des fleurs voisines.

Il vous sera facile de vous en assurer et, pour cela, je ne vous engage pas à vous adresser à l’ortie, - qui s’y frotte s’y pique - mais bien à la pariétaire.

Vous la trouverez, humble plante sans gr‚ce, au pied des murs humides, dans les fossés ; ses feuilles alternes, non découpées, couvertes de poils, vous permettront de la reconnaître ainsi que ses fleurs petites, verdâtres, sans éclat, et de deux sortes : les unes n’ont qu’un pistil, les autres ont de plus quatre étamines.

Celles-ci sont enroulées, ramassées sur elles-mêmes sous la pression de l’enveloppe florale, mais touchez doucement la fleur en son milieu avec un brin d’herbe, vous verrez, comme un diable qui sort de sa boite, les quatre étamines se dresser brusquement et leurs anthères lancer, jusqu’à 1 mètre de distance, un jet violent de pollen.

Mais ce qui est plus remarquable encore, c’est le cas de certaines anthères qui ne s’ouvrent que sous l’action de l’humidité.

On trouve chez les horticulteurs une plante exotique, au feuillage découpé, très élégant, qui répond au doux nom de pilea callitrochoides. Elle figure fort bien dans une jardinière, comme le montre notre gravure, elle est toujours verte, se bouture aisément et exige peu de soins.

De plus, dès qu’arrive la fin de mai ou le commencement de juin, elle peut donner lieu à une distraction intéressante. Profitant d’une période de chaleurs, on la laisse un jour sans eau, puis la retournant, on la plonge entièrement dans un baquet plein d’eau ; la terre qu’on retient avec la main étendue ne doit pas être mouillée.

On l’expose ensuite au soleil et, au bout d’un quart d’heure, la plante parait animée et pendant quelques instants des fusées de poussière en partent dans toutes les directions en même temps que se produisent de légers sifflements.

Ce sont les étamines contenues dans les fleurs presque imperceptibles situées à l’aisselle des feuilles qui occasionnent tout ce mouvement en lançant vigoureusement leur pollen.

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