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Un feu-follet botanique

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée N°337 - 12 Mai 1894

Mis en ligne par Denis Blaizot le mardi 28 octobre 2014

Au moment de la fécondation, toute la vie de la plante semble se concentrer dans les fleurs. C’est alors que l’on voit des étamines se mettre en mouvement, des anthères s’ouvrir par quelque mécanisme ingénieux et des nuages de pollen, lancés comme par un ressort, venir recouvrir les stigmates.

Dans d’autres plantes, la fleur semble brûlée par un feu ardent, et un thermomètre qu’on y plonge indique une température bien supérieure à celle de l’air extérieur. C’est ainsi que dans la colocase odorante on constate au moment de l’épanouissement de la fleur, et pendant plusieurs jours une élévation de température qui passe par un maximum entre trois et six heures de l’après-midi. Les fleurs de la victoria regia, des magnolia se comportent d’une façon analogue.

Mais c’est dans les aroïdées, à cause de la disposition spéciale de l’inflorescence, qu’on a constaté la plus grande chaleur. L’inflorescence de l’arum à feuilles en cœur de l’île Bourbon, peut à peine, au moment précis de la fécondation, être tenue à la main ; d’ailleurs, peu de temps après, de verte qu’elle était, elle devient d’un violet noirâtre, comme brûlée ; puis bientôt toutes les parties inutiles se dessèchent et meurent.

Ces phénomènes se produisent aussi, mais d’une façon moins intense, dans le gouet ou pied de veau, qui est l’arum tacheté (arum maculatum) des botanistes. Il est abondant dans les bois de toute la France où il fleurit dès la fin d’avril. Son nom lui vient de ses grandes feuilles luisantes, marquées de points noirs : de leur base part une tige terminée par une sorte de cornet jaune, verdâtre ou spathe qu’entoure un épi de fleurs (spadice) arrondi à son extrémité en massue violacée ; les fleurs à étamines sont dans la partie moyenne, les fleurs pistilées au-dessous.

On comprend aisément comment la chaleur dégagée par ce groupe de fleurs, et concentrée par le cornet qui l’entoure, peut devenir très sensible .

La fraxinelle (dictamnus albus) présente au moment de sa fécondation des particularités d’un autre ordre.

Cette jolie plante, qui croit spontanément dans le midi de la France, réussit fort bien en pleine terre dans les jardins des environs de Paris ; elle est vivace et atteint fréquemment 2 pieds de hauteur.

Ses feuilles, grandes, découpées, rappellent celles du frêne (fraxinus), d’où son nom vulgaire ; ses belles grappes terminales de fleurs blanches ou purpurines, rayées de pourpre foncé, s’épanouissent depuis le’ mois de juin jusqu’à la fin de juillet et répandent une odeur aromatique très agréable mais extrêmement forte, dont la plante est comme enveloppée.

C’est alors le moment, si l’on possède cette plante, de la faire servir à la récréation suivante :

Par une chaude soirée ,succédant à une chaude journée bien sèche, on descend au jardin et l’on approche des fleurs une bougie allumée ; la vapeur aromatique s’enflamme, des lueurs rapides brillent au sommet de la plante) et ces feux follets gagnent bientôt les fraxinelles voisines dont l’essence s’enflamme.

Si le temps se maintient chaud et sec, on peut recommencer le lendemain et d’autres soirs encore, jusqu’à ce que la fécondation soit achevée et que les fleurs commencent à se flétrir ; mais après une journée de pluie il faut attendre quelques jours pour réussir à enflammer l’essence.

Cette expérience réussira sans doute bien des soirs cette année si la température se maintient aussi élevée qu’au début du printemps : c’est une expérience pour l’été faisant pendant à l’inflammation de l’essence d’écorce d’orange que vous avez pu réaliser cet hiver.

F. Faideau