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Les galets coloriés du Mas-d’Azil : Les symboles. Croix potencées, Serpents

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée N°490 - 17 Avril 1897

Mis en ligne par Denis Blaizot le mardi 20 septembre 2011

Les galets coloriés du Mas-d’Azil portent fréquemment, avons-nous dit, la croix équilatérale et le cercle pointé qu’on peut considérer comme signes représentatifs du dieu solaire. Certains d’entre eux, mais plus rares, portent la croix potencée ou tau qui n’a que trois branches, parfois transformées en rameaux dans un but ornemental (fig. 1). La croix potencée a été rencontrée en Palestine, en Gaule, eh Germanie ; chez les Phéniciens elle était regardée comme un signe de vie et de salut ; peut-être avait-elle déjà un sens analogue chez les peuplades asyliennes.

La croix gammée symbole solaire très fréquent chez les Hindous, les Grecs, les Celtes, les Germains, n’est pas figurée sur les galets coloriés. On sait que, dans cette croix, les extrémités des branches se recourbent à angle droit dans le même sens. Son nom vient de ce qu’elle semble formée de quatre gammas soudés par la base. Le comte Goblet d’Alviella, dans son livre Migrations des symboles, pense qu’elle ne traduit pas seulement le rayonnement de l’astre, mais que ses branches recourbées indiquent en même temps son mouvement de translation.

Dans l’Inde, on la nomme swastika quand ses branches sont dirigées vers la droite ; elle passe pour un signe propice : M. Thomas Wilson, de Washington, va publier prochainement, sur le swastika, un mémoire dans lequel il signale, pour la première fois, la présence de ce symbole dans les monticules de l’Ohio et du Mississippi, dans les Amériques centrale et méridionale, tandis qu’il parait absent au Mexique. D’après l’érudit américain, ce signe a été importé et transmis de tribu à tribu, peut-être à l’époque où l’Atlantide unissait les deux continents. Il n’a pas été une invention indépendante, ni le résultat du parallélisme de la pensée humaine. « L’homme, dit, avec raison, M. Thomas Wilson, est moins un être inventif qu’un être imitatif ». La croix gammée se nomme tétracéle quand ses branches, au lieu d’être anguleuses, s’arrondissent en s’infléchissant dans la même direction. Aucun de ces symboles n’est figuré sur les galets coloriés, cependant ils semblaient connus dès l’époque du renne, ou, du moins, une trouvaille de M. Massenat, à Laugerie-Basse, tendrait à le faire croire. C’est une croix bien voisine du tétracèle, figurée sur une ramure de renne (fig. 2) ; ses branches, courbées dans le même sens, sont formées chacune d’un faisceau de trois rayons convergeant vers un centre laissé en blanc.

Il résulte de tout ce qui précède que le culte du soleil et les symboles qui représentent cette divinité sont beaucoup plus anciens qu’on ne l’avait pensé. Nous les voyons apparaître aussitôt après la période glaciaire, quand le renne habitait encore le midi de la France.

Sur les galets du Mas-d’Azil, on voit souvent des bandes ondulées qui paraissent des formes convenues pour représenter le serpent ; elles ressemblent singulièrement à l’hiéroglyphe déterminatif qui, chez les Égyptiens, signifie serpent, reptile (fig. 3). Parfois, la tête n’a pas été figurée sur certaines, la bande serpentante a été frangée et feuillée pour l’embellir.

Le serpent a été craint et vénéré dans toute l’antiquité ; on voit son image dans de nombreux symboles :et -il inspire encore, dans beaucoup de régions, des craintes superstitieuses. M. Piette raconte, à ce sujet, une intéressante anecdote que nous demanderons au lecteur la permission de citer.

Un jour, je voyageais avec deux de mes ouvriers à la recherche de grottes habitées aux temps glyptiques. Je vis sur la route une vipère rampant lentement vers un buisson. J’avais une canne de jonc. Je m’élançai vers le reptile pour le tuer. Mes deux ouvriers se précipitèrent sur moi et me retinrent par la force jusqu’à ce qu’il eût disparu dans le buisson ; et comme, très surpris, je leur demandais la raison de cette violence, l’un d’eux me dit : « Il ne faut pas faire de mal aux serpents. Cela porte malheur. » Quelque temps après, me trouvant dans les environs de Gourdan, je racontais en riant cette aventure.

Un villageois, en m’écoutant, prit un air grave :

— « Vos ouvriers avaient raison, me dît-il. Il y a quelques mois, dans ce pays même, une jeune fille s’était endormie dans les champs. Un serpent vint s’enrouler autour de sa jambe. Le froid de ce contact la réveilla. Elle appela au secours ; mais au moment où nous arrivions, elle prit le serpent près de la tête et le jeta au loin en criant : « Mauvaise bête ! »

« Nous fûmes peinés en entendant insulter le serpent.

« Quelque temps après, voulant cueillir des cerises, elle monta sur l’arbre. La branche se rompit, et elle se cassa la jambe en tombant.

« Il arrive toujours malheur à celui qui fait mal au serpent ou qui l’insulte.

— Le serpent était donc sur l’arbre ? lui dis-je.

— Non, répondit-il, mais il était sans doute caché dans les environs. Le cerisier était près de l’endroit où elle l’avait insulté. »

Les bandes onduleuses des galets coloriés ne représentent pas une espèce de reptile particulière ; elles n’ont du serpent que le caractère le plus général ; l’absence de pattes et la forme serpentante. Les ancêtres des Asyliens, les hommes de l’âge du renne, paraissent ne pas avoir connu le culte du serpent. Ils en ont gravé et sculpté ; mais jamais ils n’ont représenté un serpent, abstraction faite des caractères de l’espèce. Au contraire, celle-ci est toujours reconnaissable. Telle est la vipère sculptée en bas-relief sur un morceau de ramure de renne trouvé à Lorthet (fig. 4).

F. Faideau

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