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Les formes animées dans les plantes

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée n° 295 — 22 juillet 1893

Mis en ligne par Lauryn le lundi 13 octobre 2014

Récréations botaniques

Une étude, même peu approfondie, des formes extérieures des végétaux permet aisément de découvrir, dans leurs différentes parties, des ressemblances frappantes avec une foule d’objets connus.

Qui n’a remarqué le petit parapluie qui surmonte la graine du pissenlit et du salsifis des prés, la crosse authentique formée par les jeunes feuilles des fougères, la petite sandale des fleurs de la calcéolaire et la belle pipe allemande qui sert de fleur à l’aristoloche siphon !

Les orchidées, ces singes du monde végétal, comme les a appelées M. Ed. Grimard, ont des fleurs qui reproduisent toutes sortes d’objets inanimés : « ce sont des pantoufles mignonnes, des lampes fantastiques, des berceaux lilliputiens, des corbeilles, des gobelets, des cassolettes, des girandoles, et, pour représenter tous ces objets, toutes les matières sont également imitées, depuis la soie et le velours jusqu’aux métaux et aux pierres fines : acier blanc, bronze fauve, argent niellé, or éclatant, topaze, émeraude et rubis ».

Dans le règne végétal, les formes animées sont tout aussi fréquentes. Les chatons du noisetier tombés sur le sol ont l’air, parmi les feuilles jaunies du dernier automne, d’énormes chenilles dont le promeneur se détourne parfois ; la graine du ricin (fig. 1) avec ses veinules, disposées comme des sillons d’élytre, ressemble à un petit coléoptère, et celle des stellaires un peu grossie (fig. 2) imite, avec ses nombreuses papilles, une chenille enroulée.

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Deux petites plantes de la famille des légumineuses, le lotier corniculé, dont les jolies fleurs jaunes, légèrement odorantes, ornent les prés pendant toute la belle saison, et l’ornithrope délicat si commun sur le bord des routes, ont des gousses en chapelet, écartées les unes des autres par trois ou quatre, avec des allures de pattes d’oiseau. Aussi le paysan, qui ne nomme les plantes qu’à bon escient et donne aux mêmes choses les mêmes noms, a-t-il appelé la première pied-de-poule et la seconde pied d’oiseau.

Jetez maintenant un coup d’œil sur la figure 3.

Vous vous demanderez ce que vient faire là l’aigle double du drapeau autrichien ?

Quand, en été vous irez en forêt, vous rencontrerez souvent des massifs entiers d’une fougère dont les grandes feuilles, finement découpées - qu’on prend parfois, et à tort, pour des tiges munies de plusieurs feuilles ont fréquemment plus de 2 mètres de hauteur. Coupez près du sol le pétiole général d’une de ces feuilles gigantesques ; si la section est nette vous apercevrez, formées par les vaisseaux, les armoiries représentées par notre gravure. Cette belle plante a reçu le nom de fougère aigle (pteris aquilina).

La vue de certaines fleurs cause aussi parfois une grande surprise par l’image animée qu’elles évoquent et une vive admiration des procédés de la nature pour arriver à des effets bizarres dont l’intention nous échappe.

D’avril en octobre et partout, dans les fossés, sur le bord des chemins, à l’orée des bois, mélangé à l’ortie dont il a les feuilles, mais non les poils aux caresses perfides, vous trouverez le lamier blanc. Sa tige est carrée, ses fleurs blanches, sans pédoncule, groupées en couronne sous les feuilles, sont peu apparentes bien qu’assez grandes. Arrachez l’une d’elles, que vous choisirez vers le milieu de la tige de façon que ses deux lèvres soient écartées, mais non trop, et regardez.

Au fond d’une sorte de capuchon d’une profondeur mystérieuse, deux yeux noirs brillent, fixés sur vous ; c’est le regard de quelque sorcière cherchant sur qui jeter un sort, La lamie ’des anciens, ce monstre à corps de serpent et à tête de femme, qui dévorait les petits enfants, a servi de marraine à la plante, Le capuchon est formé par la lèvre supérieure de la fleur, les yeux par les anthères foncées très rapprochées des quatre étamines (fig. 4).

Un grand nombre de plantes de la famille des scofularinées ont des fleurs en forme de masque antique ou bien encore de mufle d’animal comme le muflier des jardins ou gueule-de-loup. Les fleurs des linaires, vues de profil, sont de véritables petites têtes de lapin surmontées de leurs deux oreilles, formées par la partie supérieure de la corolle, et dont la disposition et la longueur pourraient presque permettre de déterminer l’espèce à laquelle appartient la plante (fig. 5).

Dans la linaire cymbalaire, les oreilles sont de bonne grandeur, gentiment écartées de la tête, comme celles d’un lapin qui se laisse vivre et ne pense qu’à brouter ses choux ; dans la linaire couchée, elles sont énormes et surchargent l’animal, qui penche mélancoliquement la tête ; petites, très écartées l’une de l’autre, comme agitées, elles semblent ; dans la linaire striée, manifester la plus vive inquiétude ; enfin la linaire vulgaire les a ramenées sur le devant de la tête dans l’attitude du lapin songeur que préoccupe la solution de quelque grave problème.

Mais c’est pour la fleur des orchidées que la nature a réservé ses combinaisons les plus originales. Avec un calice formé de trois pièces et une corolle à trois pétales dont l’inférieur très grand ou labelle est extrêmement variable, elle parvient à représenter les animaux les plus gracieux et les plus fantastiques.

On trouve en France de mai en juillet dans les prés, dans les bois, l’orchis moucheron, l’ophrys freIon, l’ophrys araignée, l’ophrys mouche, dont les noms indiquent suffisamment les ressemblances ; le loroglosse à odeur de bouc dont la hampe élevée, couverte de fleurs au labelle découpé, semble un mât garni d’oriflammes multicolores que fait flotter une brise légère.

Les fleurs de l’ophrys abeille, vues de face, ressemblent à de gros bourdons dont les ailes sont formées par les sépales latéraux et les deux pétales roses, le thorax par le stigmate et l’anthère, l’abdomen par le labelle (fig. 6). Si l’on regarde la fleur de côté, on éprouve une nouvelle surprise : l’anthère et le stigmate soudés font saillie au milieu et figurent un petit oiseau dressé sur le bord de son nid (fig 7).

Enfin l’aceras homme pendu, orchidée assez rare qui fleurit en été dans les prés secs et dans les bois, doit trouver place dans cette rapide revue des fleurs à formes animées. Sa tige florale est une sorte de potence à laquelle sont pendus des pantins macabres que le moindre vent fait s’entre-choquer.

Celle apparence curieuse est due au labelle (fig. 8), qui semble un de ces bonshommes grotesques que, les jours de pluie, les enfants s’amusent à découper dans du papier, puis à attacher par une ficelle à une boulette de papier mâché et à lancer ensuite au plafond où la boulette se colle laissant pendre le pantin sous elle.

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