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La plante de la résurrection

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée n° 279 — 1er avril 1893

Mis en ligne par Lauryn le dimanche 12 octobre 2014

Récréations botanique

Tout le monde connaît la rose de Jéricho qui, d’abord, n’est pas une rose. C’est une plante de la famille des Crucifères, ses petites fleurs blanches sont assez semblables à celles de la bourse-à-pasteur, si commune sur le bord de nos chemins. Sa hauteur est d’environ 0m,1 ; elle croit dans certaines régions sablonneuses de l’Arabie, de l’Égypte et de la Syrie.

Ses propriétés hygroscopiques sont des plus remarquables.

Sous l’action de la sécheresse, ses rameaux se crispent, se rapprochent les uns des autres, s’entrelacent et forment un peloton arrondi dont la ressemblance avec une rose est fort difficile à entrevoir. Quand le temps se met à la pluie - ou plus rapidement encore si l’on plonge dans l’ eau l’extrémité de la racine - les rameaux se gonflent, s’allongent et s’étendent comme les bras d’un poulpe (fig. 1), pour se contracter de nouveau par la sécheresse.

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On conçoit aisément que ces changements de forme, curieux assurément, aient, pu passer pour merveilleux auprès des gens superstitieux ; de là, la grande célébrité de cette plante et les légendes auxquelles elle a donné lieu. Autrefois, les pèlerins qui revenaient de Jérusalem ne manquaient jamais d’en rapporter ; aujourd’hui encore, on peut se la procurer chez certains horticulteurs et grainiers, et avoir ainsi chez soi une sorte de baromètre ou plutôt d’hygromètre qui indiquera avec autant - ou aussi peu de certitude que beaucoup d’autres du même genre, si le temps est au beau ou à la pluie.

Ces mouvements n’existent pas uniquement pour l’amusement des enfants et de leurs parents, ils jouent un rôle très utile pour la plante, car ils assurent la conservation de son espèce.

Si les graines mères, s’échappant des capsules tombaient sur la terre sèche, elles seraient perdues, brûlées par le soleil très ardent en ces régions ; mais les tiges se recourbent, se rapprochent, les capsules se maintiennent fermées tant que dure la sécheresse. Dès qu’arrivent les pluies, les tiges se dilatent, les capsules s’ouvrent, disséminent les graines qui tombent sur le sol humide et y germent très rapidement. En moins d’un jour, la radicule a percé les téguments de la graine et le développement de la plante est assuré.

La rose de Jéricho n’est pas seule sujette à ces singuliers phénomènes. On vend depuis quelques mois, chez les marchands spéciaux, sous le nom de plante de la Résurrection, un végétal dont les mouvements ne sont pas moins curieux.

C’est une fougère mousseuse originaire de l’Amérique du Sud. Lorsque la quantité d’eau qu’on lui fournit est suffisante, elle forme une rosette extrêmement jolie, d’un vert tendre et velouté.

Sous l’action de la sécheresse elle se roule en un peloton informe, plus ou moins arrondi, jaunâtre, n’ayant en rien l’aspect d’une plante (fig. 2) ; mais, si l’on fait plonger ses racines dans un verre contenant de l’eau, elle s’épanouit de nouveau au bout de quelques heures (fig. 3).

On peut la faire passer ainsi un grand nombre de fois par ces phases de mort apparente et de résurrection.

Ces fougères vivent très bien en France sur les rochers artificiels qu’on emploie pour orner les jardins, et il suffit de les arroser largement : mais si l’on cesse les arrosages pendant quelques jours et que le temps soit très sec, les rochers dénudés ne portent plus que quelques maigres boules jaunâtres, d’un aspect indéfinissable. C’est alors le moment de mystifier légèrement quelques invités.

On leur fait remarquer, avant le déjeuner, l’aspect lamentable des fougères, qu’ils retrouvent vertes et resplendissantes après le repas. Inutile de dire qu’on les a fait arroser clans l’intervalle.