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Méthode pratique pour mettre un melon en bouteille

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée n° 291 — 24 juin 1893

Mis en ligne par Lauryn le lundi 13 octobre 2014

Quand, dans son cours, le professeur de botanique annonce qu’il va parler des cucurbitacées, il voit infailliblement apparaître un sourire sur les lèvres des élèves, et le moment venu de réciter la leçon, il peut être sûr que, si les caractères de la famille sont souvent dénaturés de la façon la plus odieuse, il n’en sera pas de même des noms des plantes qui la composent et que pas un élève n’oubliera de citer le melon et le cornichon.

L’homme, toujours ingrat, se sert, sans savoir pourquoi, du nom de ce fruit délicieux, de ce condiment agréable, pour désigner ceux de ses semblables qu’il croit moins intelligents que lui. Ces épithètes malsonnantes ont rejailli sur la respectable corporation des cucurbitacées tout entière, tant est visible l’air de famille de toutes les plantes qui en font partie.

Leurs feuilles sont alternes, larges, en forme de cœur plus ou moins régulier, leurs tiges velues, condamnées, par la volonté de l’homme, à ramper lourdement sur le sol, sont capables, à l’aide des vrilles dont elles sont munies, d’escalader légèrement un support ; leurs fleurs, jaunes ou verdâtres, ont peu de charme, mais leurs fruits charnus, généralement volumineux, semblent l’image, non de la bêtise, mais de l’abondance et de la bonne santé.

Regardez-les, rangés dans un concours agricole, dans une exposition, partout enfin où l’homme se plaît à réunir les merveilleux produits qu’il a su tirer des végétaux par un travail acharné, ne dirait-on pas quelque imposante assemblée de gros bonnets ?

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Le potiron y étale son ventre énorme ; à côté de lui, la citrouille cherche, en vain, à se donner de l’importance, et des générations de concombres vont s’étageant, depuis les gros jaunes à la peau rugueuse jusqu’aux jeunes cornichons d’un vert éclatant. Plus loin, trône l’importante dynastie des gourdes ; toutes sont là : la gourde de pèlerin avec ses deux renflements, la gourde trompette et la cougourde au corps arrondi surmonté d’un long cou. Tout auprès se tient l’utile confrérie des melons : le sucrin, le coulommiers et le délicieux cantaloup, que la nature, d’après un auteur facétieux, a pourvu de côtes afin qu’on puisse le manger en famille.

Les gourdes ne sont qu’une pure curiosité, les courges, représentées par la citrouille et le potiron, ne valent pas le diable, le concombre a ses défenseurs mais le melon a ses fanatiques, et à juste titre. C’est un fruit sain, rafraîchissant ; on peut le manger solitaire ou en famille, au commencement ou à la fin du repas, avec du sucre ou avec du sel ; on peut même le mettre en bouteille et vous pourrez, à la devanture des marchands de liqueurs et de fruits confits, en voir d’énormes contenus dans de grandes dames-jeannes.

On met aisément du vin en bouteille, mais mettre un melon en bouteille, voilà une opération qui semble réellement peu commode quand on regarde d’une part le ventre rebondi du fruit, et d’autre part l’étroitesse du goulot !

Rien n’est plus facile cependant. Jugez-en plutôt.

Vous semez des melons sur couche en mars ou avril ; dès que les plants sont levés, vous les repiquez, toujours sur couche ; vous les entourez des plus tendres soins, et vous voyez apparaître sur les branches des fleurs jaunes de deux sortes, les unes, petites, à étamines ; les autres, plus grosses, à pistil. Ces dernières se transformeront bientôt en fruits ; sur chaque pied, vous supprimez tous les jeunes fruits sauf un ou deux qui vont. maintenant se partager toute la sève. Profitant de sa jeunesse, vous faites pénétrer l’un d’eux par le goulot d’une grosse dame-jeanne en verre bien clair que vous couchez sur le sol. Elle va jouer le rôle de cloche et concentrer la chaleur, On sait, en effet, que la chaleur lumineuse qui traverse le verre, n’en sort plus dès qu’elle est transformée en chaleur obscure.

Dans cette chaude atmosphère, le melon s’accroîtera rapidement et remplira bientôt complètement sa prison. On coupe alors sa queue, on achève de remplir la bouteille avec un liquide conservateur) de l’alcool par exemple et on bouche à la cire et on place sur une étagère.

La nature du liquide conservateur n’a aucune importance puisque le melon n’est pas destiné à être mangé.