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Liserons

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée n°494 - Mai 1897

Mis en ligne par Denis Blaizot le mercredi 11 mars 2009

Le Liseron des champs (Convolvulus arvensis) est une des plantes les plus connues et les plus populaires en France et dans toute l’Europe tempérée. Dès la fin de mai, on aperçoit au pied des haies, et dans les champs, Sa tige enroulée autour des graminées, ses feuilles semblables à des fers de flèche et ses jolies fleurs en entonnoir, où le blanc domine, mais qui sont souvent rosées ou marquées de pourpre. Rien ne passé plus vite que les roses, dit le proverbe ; la corolle du petit liseron est plus éphémère encore. Plissée comme un filtre en papier avant sa complète floraison, elle ne s’épanouit qu’au soleil et, dès qu’est accomplie l’œuvre mystérieuse de la fécondation, elle se reploie en dedans et se referme comme une b ourse.

Née le matin, elle est flétrie le soir et son délicat parfum d’amande amère ne se répand dans l’air que pendant quelques heures. Cette suave odeur, qui lui est bien particulière, a toujours été hautement appréciée.

« Je demandais un jour à Victor Hugo, dit Alphonse Karr, quelle était l’odeur qu’il préférait entre toutes.

« C’est, me dit-il, celle qu’exhale, de ses fleurs roses et blanches, le petit liseron des champs, au pied des haies. »

On sait que Victor Hugo a donné depuis ce goût et cette préférence, partagés par bien des personnes, à l’héroïne des Travailleurs de la mer.

Le Grand Liseron ou Liseron des haies (C. sepium) affectionne le bord des eaux ; il se plaît à l’ombre des saules et fait grimper sur leurs branches à l’écorce grise ses grandes feuilles en cœur et ses larges fleurs évidées en cloches blanches comme la neige.

La fragilité de ces corolles est extraordinaire ; à peine les a-t-on cueillies qu’elles se flétrissent et qu’une teinte jaune sale uniforme succède à l’éclatante blancheur qui leur a fait donner le nom poétique de Manchettes de la Vierge.

On trouve en France une dizaine d’espèces de liserons ; seules les deux dont nous venons de parler se rencontrent partout. Le Liseron rayé (C. lineatus) à la corolle, blanche, rayée de rose, le Liseron de Biscaye (C. Cantabrica), aux fleurs roses ou blanches disposées en groupes, ne croissent qu’en Auvergne et dans la région méditerranéenne ; le Liseron Guimauve (C. altltæoides), assez commun sur le littoral de la Provence, est une plante très élégante par son feuillage léger, découpé, et le vif coloris de ses fleurs.

Les liserons sont répandus dans le monde entier ; il est remarquable que les espèces des pays chauds ont leurs fleurs violettes ou bleues, tandis que celles des régions tempérées les ont blanches ou roses ; Bernardin de Saint­ Pierre en donne une raison assez curieuse : La forme conique de la corolle des liserons constitue, selon lui, un réflecteur qui renvoie la lumière et la chaleur solaire sur les organes de la fécondation et dont l’action est très forte ; surtout quand la fleur est blanche, Les étamines et le pistil des liserons des pays chauds seraient grillés par cette réverbération, si la nature n’avait pas eu la précaution de peindre leur corolle en bleu ou en violet, couleurs qui absorbent beaucoup la chaleur, et par suite, la réfléchissent peu.

Un grand nombre de liserons sont volubiles à droite. Tous ne grimpent pas cependant. L’élégant Convolvulus fruticosus de Sibérie, que représente notre gravure, est dans ce cas. Il offre d’ailleurs deux autres particularités intéressantes : ses feuilles alternes, linéaires, sont épaisses, comme celles des plantes vivant dans les endroits secs ou dans les terrains salés ; sa corolle gamopétale est suffisamment dentée et plissée, contrairement.à celle de la plupart des liserons pour permettre de distinguer les cinq lobes dont elle se compose.

Après la fécondation cette corolle se flétrit, laissant bientôt apercevoir le fruit, qui est une volumineuse capsule à deux loges.

Les usages des liserons sont assez restreints.

L’un d’eux, le C. scoparia, qui croit en Orient, fournit le Bois de Rhodes, employé en parfumerie.

La Scammonée (C. Scammonia), bien connue des anciens, laisse écouler de sa racine incisée, un latex purgatif.

Le grand et le petit liseron ont des propriétés analogues et font partie des remèdes populaires.

On récolte leurs racines et leurs feuilles en juillet et en août.

Dix grammes de feuilles écrasées, infusées dans l’eau et mélangées à un peu de miel ou de graines de lin forment une bonne potion purgative.

En dehors de ces usages bien délaissés, les liserons sont employés surtout pour l’ornement des jardins, des balcons, des fenêtres.

On cultive, en particulier, le Volubilis (C. purpureus), dont les grandes fleurs blanches, bleues, pourpres ou panachées, se succèdent sans interruption depuis l’été jusqu’à la fin de l’automne. Ses guirlandes, unies à celle des capucines, des cobéas, du haricot d’Espagne et du pois de senteur forment, pendant toute la belle saison, le gracieux encadrement de maintes fenêtres parisiennes.

La Belle-de-jour ou Liseron de Portugal (C. tricolor) est aussi une plante annuelle très appréciée et d’une culture facile. Elle convient très bien comme bordure ; elle orne les corbeilles, les plates-bandes et les massifs, Les fleurs, qui ne s’épanouissent que pendant le jour, d’où leur nom, ont le tube jaune, la gorge blanche et le limbe bleu.

Le Liseron Guimauve et le Liseron de Biscaye se cultivent aussi dans la région parisienne, mais moins aisément ; ils sont vivaces et l’hiver leur est presque toujours funeste.