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Une plante curieuse de nos bois : l’oxalide petite oseille

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée n° 285 — 13 mai 1893

Mis en ligne par Lauryn le lundi 13 octobre 2014

Au beau mois d’avril, dans une de ces promenades auxquelles les premiers rayons du soleil semblent vous convier, vous trouvez dans les parties couvertes des bois une charmante petite plante avec laquelle, si vous le voulez bien, nous allons aujourd’hui lier connaissance.

Nous conformant à l’une des règles les plus élémentaires du savoir-vivre, nous allons d’abord la présenter. Ce n’est pas, à beaucoup près, une géante : sa taille dépasse rarement 0m,1. Elle porte trois ou quatre petites fleurs blanches ou légèrement rosées. Chacune d’elles, isolée au sommet d’un pédoncule, est munie d’un calice formé de cinq parties vertes ou sépales de même grandeur ; la corolle, régulière, comprend cinq pétales finement striés) non soudés entre eux au centre ; dix étamines, dont cinq plus grandes, entourent un ovaire surmonté de cinq filaments ou styles.

Les feuilles, qui ressemblent de loin à celles du trèfle, sont munies d’un long pétiole semblant surgir de terre. Elles sont formées chacune de trois folioles ayant à peu près la forme d’un cœur et si vous les portez à la bouche et les mâchez, vous percevrez une saveur acidule, rafraîchissante, assez semblable à celle de l’oseille qu’elles peuvent, du reste, fort bien remplacer.

Nous avons bien vu les fleurs et les feuilles, mais où est la tige ? Arrachons la plante, nous voyons qu’elle est terminée par une petite souche écailleuse, rampante, renflée à la naissance des pétioles et munie de nombreux filaments qui sont les racines. C’est celte tige souterraine qui passe l’hiver à l’abri des gelées et rend la plante vivace.

Tel est, aussi complet que possible, le signalement de notre nouvelle amie, nous y joignons même, réduit au quart, son portrait en pied.

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Quel est maintenant son état civil ? Elle appartient à une famille de rien, celle des oxalidées, très pauvrement représentée en France ; les savants l’appellent oxalis acetosella à cause de la saveur acide de ses feuilles ; les paysans qui n’en vont pas chercher si long, l’appellent la surelle, absolument pour la même raison, ou bien encore l’alléluia, parce qu’elle fleurit aux approches de Pâques.

On ne trouve en France que deux de ses parentes, l’ oxalide droite et l’oxalide cornue dont les fleurs jaunes s’épanouissent de juin en septembre dans les champs cultivés ; deux autres étrangères, l’oxalis Deppei à fleurs rouges en ombelle et l’oxalis rosea y sont cultivées depuis quelque temps et employées en bordures.

Pour ne rien devoir à l’étranger, arrachons quelques pieds d’oxalide petite oseille. Nous les planterons autour de notre parterre ou dans les caisses qui ornent nos fenêtres, elles y formeront une jolie bordure, et dès qu’elles seront habituées à leur nouveau milieu, nous pourrons étudier les mœurs, le caractère de la curieuse plante dont nous ne connaissons encore que l’extérieur.

Nous nous apercevrons bien vite que c’est une petite personne dont les habitudes sont très régulières. Chaque soir, au moment où le soleil baisse à l’horizon, nous la verrons, comme un commerçant qui met le panneau à sa devanture, fermer sa corolle, rabattre soigneusement ses trois folioles de façon que, se touchant par leurs faces inférieures, elles tiennent le moins de place possible, et s’endormir jusqu’au matin. (Voir en haut de la gravure à droite. )

Nous remarquerons aussi, sans lui en faire un crime qu’elle n’aime pas être battue. Quand elle est bien épanouie, toutes l’es folioles ouvertes au soleil, qu’on vienne à les frapper à petits coups légers, elle les replie lentement dans la position de sommeil, semblant protester contre la violence qui lui est faite, pour ne les rouvrir, avec prudence, qu’un quart d’heure après.

Le vent lui est aussi fort désagréable et, comme les coups, la fait se replier sur elle-même.

Une petite plante qui n’aime ni la nuit, ni le vent, ni les coups ne doit pas aimer davantage le tonnerre et la pluie. C’est ce dont vous vous apercevrez bien vite. Vous avez, en effet, introduit chez vous un véritable baromètre, plus sensible et moins désagréable que les cors au pied et les anciennes blessures. Doit-il pleuvoir dans la journée, l’oxalide n’ouvrira ni ses fleurs ni ses feuilles. Si après une belle matinée le ciel menace soudain d’un orage, vous ne la prendrez pas au dépourvu, elle refermera en se hâtant lentement, suivant le précepte du sage, ses pétales et ses folioles.

Sans doute, tout cela est curieux et nous voyons que cette plante a une prévoyance merveilleuse dès qu’il s’agit de sa petite personne mais, s’il est bien de penser à soi, il est mieux de penser aux autres. L’oxalide, ou plutôt la nature, en juge sans doute ainsi, car sa prévoyance s’applique aussi à sa descendance.

Vers la fin de juin, à la place des fleurs fanées, sont des capsules à cinq loges contenant un grand nombre de graines. Mettez ces graines sur une feuille de papier et projetez dessus votre haleine pendant quelques instants, vous les verrez toutes disparaître en sautant comme des puces, quelquefois jusqu’à 2 mètres de distance.

Chacune d’elles est entourée d’une membrane élastique ou arillode qui se gonfle par l’humidité. Cette membrane, bientôt distendue, éclate, se retourne brusquement et lance la graine comme un ressort.

Les graines tombent toutes au pied de la plante qui les a formées, elles y restent tant que la terre est sèche mais la pluie vient-elle à tomber, elles sont toutes dispersées par leur membrane, juste au moment le plus favorable à leur germination.