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Armoises

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée N°554 - (9 juillet 1898)

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 20 septembre 2009

Les Armoises sont des herbes et sous-arbrisseaux de la famille des composées, à feuilles alternes, diversement découpées. Les capitules sont très petits, disposés en épis ou panicules, et composés des quelques fleurs toutes tubuleuses. Les extérieures, femelles, ont une corolle à trois dents ; les fleurs centrales, à cinq dents, sont hermaphrodites ou souvent stériles. L’involucre est formé d’écailles imbriquées, scarieuses sur les bords. Les fruits sont des akènes dépourvus d’aigrette.

Le genre Artemisia est l’un des plus nombreux de l’immense famille des Composées. On trouve des Armoises sous toutes les latitudes ; en Norvège (Artemisia norvegica) ; dans les régions arctiques (A. androsacea, A. steveniaca, etc.) ; au voisinage des glaciers alpestres et pyrénéens (A. glacialis ; A. mutellina) ; en Asie, à Madère, etc.

En France, seize espèces d’Armoises sont indigènes. La plus répandue est l’Armoise vulgaire (Artemisia vulgaris), qu’on nomme aussi parfois Herbe de Saint-Jean ou Herbe à cent goûts. C’est une plante de plus d’un mètre ; ses feuilles-vertes en dessus, blanches en dessous sont à longues divisions ; ses fleurs, d’une jaune pâle, se montrent dans tous les endroits incultes dès la fin de l’été.

L’Armoise des champs (A, campestris), qui affectionne les terres pierreuses, est un peu plus petite que la précédente ; ses feuilles sont découpées en minces lanières. L’Armoise maritime, aux feuilles blanches, cotonneuses, est très répandue sur notre littoral.

Toutes ces plantes ont une saveur amère, une odeur forte et aromatique, des propriétés stimulantes qu’elles doivent à leurs canaux oléifères.

On utilise en médecine, comme vermifuge, sous le nom de semencontra, les capitules et les pédoncules desséchés des A. pauciflora, A. ramosa et A. judaïca.

L’Estragon (A. dracunculus), originaire de l’Asie septentrionale, est une plante vivace, à feuilles linéaires, lancéolées, dont la tige herbacée ne dépasse guère 40 centimètres ; ses fleurs sont petites, globuleuses, verdâtres. On emploie ses feuilles et ses jeunes pousses pour mettre dans la salade et aromatiser le vinaigre. Pour ne pas manquer d’estragon pendant l’hiver, on plante, en décembre, des touffes levées en mottes, dans des coffres placés à bonne exposition.

De toutes les Armoises, la plus connue est l’Absinthe (Artemisia absinthium) qui sert à préparer la trop fameuse liqueur verte aux effets désastreux.

L’absinthe a été employée dans l’antiquité. Les Romains en faisaient infuser les sommités dans leur vin, et cette coutume existait encore en France au moyen âge (vin herbé).

Au XIVe siècle, l’infusion d’absinthe n’était guère en faveur, du moins à en croire Rabelais. Recherchant l’origine du nom des plantes, il dit plaisamment : « Les aultres (plantes) ont leur nom par antiphrase et contrariété, comme absynthe, au contraire de pynthe, car il est fascheux à boire. » L’étymologie lui donne d’ailleurs raison ; le mot absinthe provenant du grec apsinthion, signifiant « qu’il est impossible de boire. »

L’Armoise absinthe dégage une odeur forte, pénétrante, et possède une saveur très amère. On récolte ses feuilles et ses sommités fleuries, de juillet en août ; on les emploie en médecine comme stomachique, tonique et vermifuge. Sa préparation alcoolique constitue l’apéritif si répandu, dont l’abus conduit à une intoxication profonde et à la folie.

L’absinthe donne à la chair des animaux qui la broutent, une saveur désagréable. On l’a préconisée quelquefois pour remplacer frauduleusement le houblon dans la bière.En Orient, une feuille d’absinthe remplace souvent le bétel comme masticatoire.

Après dessiccation, l’absinthe conserve son odeur forte ; une petite botte de tiges feuillées et fleuries, placée dans une armoire, empêche l’attaque des étoffes par les mites ; dans un tas de blé, elle en éloigne ; dit-on, les charançons.

L’Artemisia indica est cultivée en Espagne et sert à préparer un délicat parfum.

Quelques Armoises sont employées comme plantes d’ornement pour les jardins potagers.

Comme Armoises ornementales, il faut citer en premier lieu l’Armoise aurone (A. abrotanum). vulgairement aurone mâle ou citronnelle, arbuste de 1 mètre, à feuilles élégamment découpées en lobes linéaires très fins, à fleurs jaunes, en capitules ovoïdes réunis en grappes terminales. Son odeur agréable rappelle à la fois celles du camphre et du citron. Originaire du midi de l’Europe, elle demande une terre légère et substantielle et une exposition chaude.

L’Armoise à port de Gnaphalium (A. gnapholoides), de l’Amérique du Nord, est remarquable par son feuillage satiné ; il en est de même de l’Armoise argentée, de Madère.

L’Artemisia pectinata, que reproduit notre gravure, est une jolie petite plante qui a une odeur fort agréable. On la distingue aisément de ses congénères par ses feuilles glabres, à divisions pennées simples. Ses fleurs sont axillaires, solitaires et sessiles.

Cette Armoise est originaire de Sibérie, ainsi que l’A. borealis et l’A. alba, espèces très rustiques dont l’emploi ornemental est encore trop limité.

F. FAIDEAU Artemisia pectinata