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Armoise commune

A. Truelle - Supplément à La Nature N° 2662 - 11 avril 1925

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 15 février 2009

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Le jardin familial des plantes officinales
L’ensemble de ces articles est disponible en un volume de 227pages.

L’Armoise commune (Artemisia vulgaris L.), Synanthérées-Sénécionidées, tire son nom de la déesse Artémise, divinité grecque correspondant à la Diane des Romains, laquelle secourait les femmes avec cette plante. Le populaire lui a donné les surnoms suivants : Couronne de Saint Jean, Ceinture de Saint Jean, Herbe de Saint Jean, Fleur de Saint Jean, Herbe à cent goûts, Herbe de feu, Remise.

Habitat. — Elle est spontanée en Europe et très commune dans les lieux incultes et plus spécialement dans les terrains qui avoisinent les habitations, le long des chemins, près des vieux murs, dans les décombres, sur les talus des chemins de fer, etc...

Description sommaire. — Plante vivace, herbacée, à saveur amère et à odeur aromatique peu agréable. Tiges nombreuses formant souvent de larges touffes hautes de 0m.60 à 1 m. et plus, très ramifiées, cannelées, souvent rougeâtres et chargées d’un duvet blanchâtre. Feuilles alternes, d’un vert sombre en dessus, cotonneuses en dessous. Fleurs en petits capitules ovoïdes, verdâtres, axillaires, formant une grappe ou panicule irrégulière et étroite. La floraison dure depuis le mois de juin jusqu’en automne.

Culture. — L’armoise demande un terrain de bonne qualité, léger, profond, à une exposition découverte. Il est bon de préparer le terrain par un labour en automne et de le fumer au fumier de ferme ou avec un compost de gadoues ou de décombres si possible. L’expérience a montré qu’un engrais potassique lui est très favorable on pourrait le lui fournir sous forme de sulfate de potasse, si sou développement laissait à désirer. L’armoise poussée dans les terrains secs est plus active que dans les autres sols.

Multiplication. — Elle se fait : 1° par semis ; 2° par éclats de vieilles touffes.
1° Par semis. — On y procède en pépinière du mois de mars au mois de mai. Quand on opère en grand, on sème clair à la volée sur des planches de 0m. 20 de largeur, après qu’on a eu soin d’en rendre la surface bien plane, et comme le. semences fines ne demandent pas à être enterrées, on se sont’ nte de les plomber légèrement pour les faire mieux adhérer à la terre. Au bout d’un au dans la pépinière, lorsque les plantes sont assez fortes, on les soumet à l’habillage et on les place à demeure, en les espaçant de 50 cm sur des lignes distantes entre elles de 50 à 70 cm. Au cours de la croissance des jeunes plants, on doit s’attacher à maintenir le sol propre et, pour cela, on exécute plusieurs binages à la main dans le jardin, tandis que sur le champ on les entreprend avec la houe à cheval.

2° Par éclats. — L’opération se fait, au mois de septembre, sur de vieilles touffes ,figées de trois ans. On observe les mêmes distances que ci-dessus dans leur plantation et on prend les mêmes soins pour leur culture.
J e dois ajouter, cependant, qu’il y a des régions en France où l’armoise est naturellement si commune qu’il n’y a pas lieu de la cultiver ; il est préférable de la récolter à l’état sauvage.

Récolte. — L’armoise peut donner, dès la première année, une assez bonne récolte. Les parties usitées en thérapeutique sont : les feuilles mondées, les sommités fleuries et les racines, mais surtout les deux premières.
La cueillette des feuilles st lieu en juin dès l’apparition des boutons, celle des sommités fleuries au moment de la floraison ; les racines sont arrachées à l’automne.

Séchage ou dessiccation. — Il faut le faire avec soin afin d’obtenir des produits bien secs en pleine possession de leur valeur médicinale et commerciale. Un kilogramme de feuilles fraîches laisse après dessiccation entre 220 et 240g de feuilles sèches.

Règles générales à suivre. — C’est ici le lieu de donner une fois pour toutes les règles générales qu’il est indispensable de suivre pour une dessiccation normale, opération souvent délicate, car, pour que les plantes ou leurs parties conservent leur qualité et leur valeur, il faut qu’elles aient gardé leur couleur et leur bonne odeur naturelles, ou du moins autant qu’il est possible, étant donnés les procédés que l’on emploie actuellement.
Voici ces règles très succinctement :

1° Ne laisser jamais en tas les plantes ou leurs par-lies, mais les débarrasser, aussitôt la récolte terminée, par mondage ou lavage, de tout ce qui peut nuire à leur valeur thérapeutique et commerciale.

2. Procéder à leur séchage le plus rapidement possible et à la plus basse température appropriée à leur structure anatomique et à leur composition chimique.

Par « rapidement », il faut entendre une durée de 5 à 6 jours au plus à l’air libre, sans quoi l’on s’exposerait à détruire les principes médicamenteux actifs : alcaloïdes, glucosides, huiles essentielles, etc., dans une proportion plus ou moins grande. Par « basse température », il faut comprendre, le plus souvent, l’air ou la température extérieure dans un milieu sec et très aéré, tels qu’un grenier, un hangar, une grange,. quand on opère sur des quantités relativement faibles ou des séchoirs de formes très diverses, ou des étuves, s’il s’agit de grandes quantités.

Cependant, lorsque les années sont pluvieuses, ou quand les plantes sont très aqueuses ou sujettes à un noircissement rapide, il est prudent d’utiliser un courant d’air chaud, d’abord à la température de 20° à 15°, puis de 30°, 35° et même 40°, au moyen d’une étuve ou, préférablement, d’un séchoir à chaud du type recommandé par le Syndicat général de la droguerie française. Toutefois, quand on ne dispose que de quelques plantes, on emploie le four de boulanger, mais à la condition expresse que les températures précitées soient observées, afin de ne point cuire les végétaux dans leur eau de végétation ; on a soin, auparavant, d’enlever les cendres qui pourraient s’y trouver.

Pour les petites quantités récoltées dans le jardin familial, la dessiccation à l’air libre suffira dans la plupart des cas, surtout si l’on prend les précautions suivantes.

Racines, rhizomes. — Enlever la terre, le collet, les radicelles ; couper en deux ou en quatre les racines charnues, les étaler sur des claies ou en faire des chapelets traversés par une ficelle et suspendus.

Bois, écorces, tiges. — Les étendre sur des claies le séchage est facile et rapide.

Feuilles, sommités fleuries, plantes entières. —. Les étaler sur des claies en couches minces, ou en faire des « bouquets s suspendus en guirlandes à l’abri des intempéries et des poussières.

Fleurs. — Les étaler sur des toiles plutôt que sur des claies, ou encore dans des tamis au-dessus d’une feuille de papier gris, le tout recouvert d’une autre feuille. Leur dessiccation est délicate et certaines exigent des précautions particulières que j’indiquerai quand il en sera question. Ne les exposer ni au soleil, ni à la lumière vive ; recourir, en cas de besoin, à un courant d’air de 20° à 25° et les remuer le moins possible ; 12 à 24 heures suffisent souvent. Cette digression utile étant terminée, je reviens à l’armoise.

Composition chimique. — L’armoise doit son activité à une essence de saveur amère et brûlante contenant du cinéol, et, en outre, à un autre principe amer.

Propriétés thérapeutiques. — Cette plante a été préconisée dès la plus haute antiquité, d’abord par Artémise II, reine d’Halicarnasse, en Carie, 353 ayant Jésus-Christ, puis par Hippocrate, Dioscoride, Pline, l’Ecole de Salerne, etc., qui en ont fait un puissant emménagogue, on y a même vu d’autres propriétés plus actives, mais à tort. L’armoise a toujours joui dans la médecine populaire d’une réputation qui est encore vivace, et elle donne des résultats satisfaisants dans l’aménorrhée chlorotique. Elle est encore employée comme stimulant, antihystérique, vermifuge, etc. La racine passe même pour antiépileptique, contre la danse de Saint Guy.

Préparations pharmaceutiques et doses. — L’armoise fait partie des espèces emménagogues ; armoise , absinthe, feuilles d’ambroisie du Mexique, 10gr. de chaque, safran 0gr.50. Son principal emploi est l’infusion durant une demi-heure 10gr. par litre d’eau bouillante (Codex 1908), mais cette dose s’est élevée jusqu’à 30gr.On tend aujourd’hui à la remplacer par son extrait aqueux, sous forme de pilules, à la dose de 0gr.60 à 2 gr. par jour.

On administre 2 à 8 gr. de poudre par 24 heures dans du vin chaud ; 30 à 60gr. de sirop ; 30 à 150gr.d’eau distillée comme véhicule de potion ; 15 à 30gr.de suc frais ; un ou plusieurs petits verres de vin par jour ; 20 gr. en infusion dans un demi-litre d’eau, en lavement. En Allemagne, la poudre de Bresler : poudre de racine d’armoise 50 gr., sucre eu poudre, 200 gr. à prendre 4 cuillerées à café par jour, e été vantée comme antiépileptique.

A l’extérieur, on la fait servir à des fumigations spéciales dans la proportion de 50 à 100gr.pour un litre d’eau. Le résidu cotonneux, formé par le duvet mêlé de fibres qu’on obtient pendant la pulvérisation des feuilles, servait autrefois à préparer des « moxas sortes de cautères usités en Chine et au Japon.

L’armoise a été employée quelquefois en cuisine comme condiment : on en a farci des volailles, notamment des oies, pour rendre leur chair plus tendre.
Les bestiaux la mangent quand elle pousse avec d’autres herbes. D’après Sédir, dans le Bocage normand, l’armoise cueillie la veille de la saint Jean détruisait les maléfices qui empêchaient les vaches de donner du beurre ! La vente de l’armoise est importante en herboristerie.