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Le jardin familial de plantes médicinales - Introduction

A. Truelle - Supplément à La Nature N° 2657 - 7 mars 1925

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 15 février 2009

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Le jardin familial des plantes officinales
L’ensemble de ces articles est disponible en un volume de 227pages.

Utilité — La création de ces jardins, outre la petite contribution qu’elle apporterait à notre libération de l’étranger, justifierait son utilité par les buts suivants qui ressortissent à la médecine humaine et à l’art vétérinaire. I° Elle mettrait à la disposition de leurs possesseurs un certain nombre de plantes médicinales choisies parmi celles qui sont pourvues de propriétés plus ou moins actives reconnues par des essais thérapeutiques ou bien admises empiriquement par un usage ancestral et constituant souvent la base des remèdes populaires toujours si vivaces dans tous les pays ; 2° Elle permettrait, par leur emploi, de soulager rapidement, en l’absence du médecin, certaines indispositions fugaces, ou d’entreprendre sous sa direction le traitement à longue échéance de maladies d’ordre divers ; 3° Elle donnerait le moyen de tirer parti des propriétés spéciales de plusieurs d’entre elles pour confectionner des condiments et des liqueurs.

Relativement à la médecine animale, le cultivateur trouverait souvent aussi dans l’emploi de ces plantes un remède pour ses bestiaux, en attendant l’arrivée du vétérinaire.

Enfin, en dehors de son utilité directe d’ordre familial, la création de ces jardins présenterait, pour les lycées, collèges et surtout les écoles primaires des campagnes, un intérêt assez grand du point de vue hygiénique et sanitaire, sans compter l’enseignement des premières notions de botanique sous forme d’une attrayante leçon de choses.

Étendue. — Elle serait subordonnée au nombre de plantes qu’on y introduirait et à l’importance donnée à leur culture, mais pour justifier le nom de Jardin familial, ce nombre ne devrait comprendre que les plantes dont les « vertus » sont les plus reconnues et les usages les plus répandus dans la médecine populaire. Il résulterait d’un choix judicieux et adéquat aux besoins de la famille, du personnel à son service et du cheptel, s’il y avait lieu. Pour ces raisons, il est presque impossible d’en fixer l’étendue, mais, quelle qu’elle fût, elle devrait généralement, sinon toujours, constituer un jardin distinct du jardin fruitier, potager ou fleuriste, ce qui serait facile à réaliser dans les grandes propriétés et les fermes importantes. Toutefois, comme il est d’intérêt général et particulier que cette création se répande partout chez nous, quiconque possèderait un jardin devrait y réserver un petit emplacement pour la culture de ces « simples » qu’on a surnommées poétiquement « les sœurs de charité de la nature ». De là, pratiquement, la raison d’être d’un grand et d’un petit jardin familial de plantes médicinales.

Composition.

Grand jardin familial. — Parmi les plantes si abondamment répandues sur notre sol, je limite, conformément aux raisons ci-dessus, à 50 le nombre maximum de celles qui composeraient le grand jardin ; en voici les noms par ordre alphabétique : Absinthe, Angélique, Anis, Armoise, Asperge, Bardane, Bouillon blanc, Bourdaine, Bourrache, Camomille, Centaurée (petite), Chicorée, Cochléaria, Consoude, Coquelicot, Coriandre, Cresson, Douce-Amère, Fenouil, Fumeterre, Gentiane, Guimauve, Houblon, Hysope, Laitue, Lierre terrestre, Mauve, Mélisse, Menthe, Mercuriale, Moutarde, Nerprun, Pavot, Pensée sauvage, Pied de chat, Pyrèthre, Raifort, Réglisse, Reine des prés, Rhubarbe, Saponaire, Sauge, Sureau, Tanaisie, Tilleul, Tussilage, Valériane, Verveine, Violette.

Ce choix pourrait, certes, être modifié, mais tel quel il me paraît répondre largement et sans danger aux besoins d’une thérapeutique immédiate ; toutefois, je ferai remarquer que j’en ai exclu : 1° malgré leurs propriétés bien accusées, les plantes toxiques, comme l’Aconit, la Belladone, la Digitale, etc., à cause précisément de leur toxicité qui défend de les employer sans l’avis formel du médecin. Il en serait tout autrement, s’il s’agissait de leur culture en grand au point de vue commercial ; 2° Les plantes à essence que leurs propriétés rattachent plus à la parfumerie qu’à la droguerie, telles que : la Lavande, la Rose, le Romarin, etc., qu’on peut, d’ailleurs, cultiver dans le jardin fleuriste.

Pour restreindre l’étendue du jardin, il serait facultatif a) d’en retirer les plantes qu’on trouve souvent dans la plupart des jardins potagers : l’asperge, la chicorée, la laitue, le cochléaria, etc. ; b) ou de planter dans les haies formant l’enclos, les arbres ou arbustes dont elles sont les principaux habitats la bourdaine, la douce-amère, le nerprun, le sureau, le tilleul et même le houblon ; la ronce pourrait y pousser par surcroît.

Petit jardin familial. — Il serait composé des vingt plantes. arbres ou arbrisseaux choisis dans les 50 énumérées ci-dessus, dont les propriétés absolument médicamenteuses correspondent le mieux aux usages les plus divers de la thérapeutique ordinaire, base de la généralité des remèdes populaires. Ce sont, par ordre alphabétique :
Absinthe, Anis, Armoise, Bourdaine, Bourrache, Camomille, Douce-Amère, Guimauve, Houblon, Hysope, Mélisse, Menthe, Nerprun, Pyrèthre, Réglisse, Sauge, Sureau, Tilleul, Valériane, Violette.

De la sorte, comme la culture ne porterait réellement que sur quatorze plantes réunies, les six autres faisant partie des haies, la surface du terrain en serait assez réduite. Enfin, comme dernière limite, même dans le jardin potager le plus ordinaire, il serait toujours possible de réserver un petit emplacement, ne serait-ce qu’en bordure, pour y cultiver quelques touffes des sept plantes les plus utiles d’entre elles : anis , armoise, bourrache, camomille, guimauve, mélisse et menthe, dont les usages sont, pour ainsi dire, journaliers ; elles figurent déjà dans nombre de jardins potagers ou maraîchers.

Culture. — Étant donnée l’impossibilité dans laquelle on se trouve d’accorder à chaque plante le terrain et le milieu qu’elle possède à l’état naturel, le terrain du jardin serait découvert, aéré et non ombragé, de fertilité moyenne qu’il est toujours facile d’augmenter par une fumure appropriée aux exigences du végétal.

Lorsqu’il s’agit de culture en grand, la division du terrain se fait en planches dont la largeur varie de 1m.50 à 2m. en raison du développement que les plantes sont susceptibles d’acquérir, mais pour ce jardin il suffirait que ces planches aient une largeur de 1m.20 à 1m.50 et soient séparées entre elles par un sentier de 0m.35 à 0m.50. La distance de plantation irait de 0m.25 à 0m.40 dans la rangée avec un écartement de 0m.60 à 0m.80 entre les rangées. Quant au nombre d’exemplaires de chaque plante, il est très difficile de le fixer, car il dépendrait des propriétés médicinales qu’on lui reconnaîtrait et des emplois qu’on en ferait. Il est certain que chacune des sept plantes sus-désignées mériterait une surface de quelques mètres pour elle seule, tandis qu’une demi-douzaine de touffes suffirait pour la plupart des autres plantes ; mais ce serait au possesseur du jardin d’en décider en toute connaissance de cause. Il aurait à tenir grand compte de ces données lors de la création du jardin, parce qu’elles contribueraient essentiellement, d’une part, à déterminer la surface du terrain qu’il doit occuper et, d’autre part, à faciliter les opérations culturales : semis, repiquage, binage, récolte, que réclament les plantes.

Classement des plantes. — Dans tout jardin botanique, qu’il soit d’ordre médical ou non, le classement et la mise en place des plantes reposent presque toujours sur les embranchements et les familles botaniques d’après le savant dont on adopte le système ; il pourrait en être de même dans le « Jardin familial des plantes médicinales », encore bien que leur groupement, suivant leurs principales propriétés thérapeutiques, paraisse a priori d’ordre plus pratique.

On y grouperait ensemble, par exemple, les plantes apéritives et dépuratives, les plantes adoucissantes et béchiques, les plantes digestives et stimulantes, les plantes emménagogues, vulnéraires, etc. Malheureusement, ces propriétés sont rarement uniques dans la même plante qui, au contraire, en réunit plusieurs. Ainsi, pour n’en citer qu’un exemple, la mélisse, qui est une plante populaire par excellence, au point qu’on en dit, parait-il, dans le Dauphiné : « Si femme savait ce que vaut la mélisse, elle en mettrait jusque dans sa chemise » (A.. Rollet et D. Bouret) ; cette plante qui doit son action à un principe amer et à une essence à fonction d’aldéhyde, le citral, est considérée à la fois comme stimulante du système nerveux, carminative, digestive, stomachique, céphalalgique, antispasmodique, sudorifique, emménagogue et vulnéraire !...

Aussi, en présence des difficultés d`un tel classement, le plus simple, à mon avis, est de placer ces plantes par ordre alphabétique, et c’est lui que je suivrai dans cette étude que, pour les raisons d’utilité sus-énoncées, je commencerai par celle des sept plantes les plus utiles du « Petit jardin familial », les autres suivront dans le même ordre.

Enfin, en dehors de sa culture, chaque plante comportera l’indication de sa composition chimique, de ses propriétés thérapeutiques et de ses principaux emplois pharmaceutiques et autres.

Si cette étude pouvait inciter quelques personnes à entreprendre en grand la culture de ces plantes, je leur recommanderais deux excellents livres portant le même titre « La culture des plantes médicinales », l’un, par MM. A. Goris et J. Demilly ; l’autre, par MM. A. Rollet et D. Bouret, que complèterait très utilement, surtout par ses beaux dessins coloriés, la publication « Nos plantes médicinales de France », sous la direction du Comité interministériel des plantes médicinales et à essences.

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