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Mélisse officinale

A. Truelle - Supplément à La Nature N° 2674 - 4 juillet 1925

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 15 février 2009

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Le jardin familial des plantes officinales
L’ensemble de ces articles est disponible en un volume de 227pages.

La mélisse officinale (Melissa officinalis, L.), Labiées, est également connue sous les noms de Mélisse citronnelle, Citronnelle, Citronnade, à cause-de l’odeur de citron que répandent ses feuilles quand on les froisse entre les mains. On l’a appelée aussi le « Thé de France ».

Habitat. — Elle croît à l’état subspontané dans presque toute la France, mais spécialement dans les lieux incultes frais du Midi, dans les Alpes, les- Pyrénées ; on la rencontre même aux environs de Paris. Elle est cultivée depuis longtemps dans nombre de jardins et depuis quelques années dans les champs de plusieurs départements.

Description sommaire. — Plante à tige rameuse, carrée, plus ou moins velue, haute de 0m.30 à 0m.80. Feuilles pétiolées, opposées, ovales, crénelées. Fleurs de juin à septembre, d’abord jaunes puis blanches, parfois bleu pâle, axillaires 6 à 12 ; corolle moitié plus grande que le calice, à lèvres inégales, bi ou trifides. Fruit formé de 4 achaines. Les graines sont brunes, oblongues, en nombre d’environ 2000 dans un gramme ; le litre pèse, en moyenne, 550gr.Leur durée germinative ordinaire est de quatre années.

Culture. — Bien qu’elle ne soit pas très difficile sur la nature du terrain pourvu qu’il ne soit pas très humide, la mélisse préfère une terre profonde, saine, un peu fraîche, bien exposée et même ensoleillée, car elle est sensible aux froids de certaines de nos régions. Il faut éviter les sols légers et secs, à moins qu’ils ne soient -arrosables, parce que les feuilles y jaunissent et l’on n’a qu’un faible rendement.

Dans les champs où on la cultive en grand, on recommande, d’après MM. Rolet et Bouret, de les préparer par un premier labour de 0m.30 à 0m.35 et au second d’enfouir 30 000 kg de fumier de ferme, 400 de scories et 75 de sulfate de potasse par hectare. Dans le Jardin familial, il suffit de fumer avec 3 à 4 kg de terreau par mètre carré avec un peu de nitrate de soude quelque temps avant la plantation.

Multiplication. — Elle comporte deux procédés : par semis et par division des touffes.
Par semis. — Il paraît préféré par les cultivateurs de la région parisienne. On le pratique de trois façons : a) on sème les graines sous châssis au mois de février et, si l’on réussit, on peut avoir dans un châssis de 1m. 30 X 1m. 30 mille petits plants prêts à mettre en pleine terre au 20 mai (A. G. et J. D ) ; b) on sème en juillet en pépinière et on plante en octobre ; c) ou bien, ce qui est plus rare, on sème en place en avril ; cependant, à cause de sa simplicité, on pourrait l’adopter dans le Jardin familial bien exposé.

Dans les champs, la plantation a lieu sur des planches de 1 m. 50 à 1 m. 80 de largeur, mais de 1 ni. 20 à I ni. 50 dans le jardin, sur des lignes écartées de 0m.50 à 0m.60 avec une distance de 0m.30 entre les plants ; on arrose pour favoriser la reprise.

Par division des touffes. — On opère sur des touffes de deux ans de plantation qui peuvent donner en raison de leur volume 15 à 20 éclats en moyenne. On les plante à l’automne aux mêmes distances que ci-dessus ; d’aucuns, cependant, mettent entre les pieds un espace de 50 cm en tous sens.
Les soins culturaux consistent en binages et sarclages répétés pour protéger les plantes contre les mauvaises herbes. On arrose aussi quand le terrain est sec, sans en abuser cependant, l’excès d’eau étant nuisible à la qualité. Si l’exposition du terrain laisse à désirer, il sera prudent de rabattre les plantes à l’approche des gelées et de couvrir la souche au moyen de feuilles sèches et de paille.

La plantation peut durer Io ans, il est préférable de ne la garder que quatre ans pour en avoir un meilleur rendement. La mélisse mérite, après la guimauve, la camomille, la menthe et la bourrache, d’occuper une grande partie du Jardin familial. Elle figure d’ailleurs officiellement parmi les plantes médicinales dont la culture doit être tentée tout d’abord.

Récolte. — On coupe la plante aussitôt l’apparition des premières fleurs, de manière que les feuilles de la base qui sont les plus larges ne soient ni étiolées, ni jaunies, plus tard, les sommités fleuries prendraient un vague relent de punaise. On a tout intérêt à couper de bonne heure lorsque la plante est en pleine vigueur, ce qui permet de faire deux coupes. La première a lieu en fin mai ou commencement de juin, la seconde en septembre.

Production. — On estime que les deux coupes peuvent donner dans une culture soignée 15 000 et même 20 000 kg à l’hectare. Il faut opérer, comme pour la généralité des plantes, par un beau temps et quand la rosée est tombée, afin d’éviter que les feuilles mouillées ne noircissent en séchant.

Séchage. — Il doit avoir lieu très rapidement, mais non en plein soleil, contrairement à ce qui a été avancé par certains auteurs. MM. Goris et Demilly, qui le savent par expérience, trouvent cette méthode défectueuse, et ils recommandent d’opérer dans un séchoir à air libre ou à air chaud. On monde auparavant les feuilles et les sommités à peine fleuries ; les premières sont étalées sur des claies et les secondes sont réunies en bouquets et suspendues. L’odeur fine disparaît en partie pendant la dessiccation si la chaleur est élevée, mais la saveur citronnée persiste.

Rendement. — On admet que les feuilles de mélisse fraîche laissent par kilogramme 220 gr. de feuilles sèches. Dans l’Anjou on obtient 1800 kg de feuilles mondées sèches à l’hectare. (A. R. et D. B.).

Composition chimique. — La mélisse contient surtout un principe amer soluble en partie dans l’eau et en partie dans l’alcool, une huile essentielle qui est incolore quand elle a été rectifiée. On en obtient une très petite quantité par distillation, aussi le produit que l’on trouve dans le commerce n’est-il pas pur. C’est, en général, un mélange d’essence de mélisse et d’essence de citron. L’essence pure est plus légère que l’eau, elle renferme du citral et du citronellal à fonction d’aldéhyde.

Propriétés thérapeutiques. — Cette plante a été très vantée par les médecins arabes et recommandée par Dioscoride, Pline, Sérapion, Paracelse, Avicenne parmi les Anciens, et même par Trousseau dans les temps modernes. Entre toutes les vertus qu’on lui a reconnues, les plus importantes la désignent comme cordiale, excitante du système nerveux, antispasmodique, stomachique, céphalagique, sudorifique, etc., cependant celle qui paraît l’emporter aujourd’hui est la propriété antispasmodique, aussi l’emploie-t-on, et surtout ses préparations pharmaceutiques, contre les défaillances, syncopes et vertiges, les digestions pénibles, les maux d’estomac, etc. Pour ces raisons c’est une des plantes les plus populaires, ce que met si ’drôlement en relief le vieux dicton répandu dans le Dauphiné et rapporté par MM. A. Rolet et D. Bouret : « Si femme savait ce que vaut la mélisse, elle en mettrait jusque dans sa chemise. »

Préparations pharmaceutiques et doses. — Les feuilles et les sommités fleuries sont les parties de la plante usitées en thérapeutique. Le nombre des préparations où elles entrent seules est limité. L’infusion se prépare d’après le Codex de 1908 avec 5 gr. de feuilles par litre durant une demi-heure, mais on porte souvent la dose à 10 gr. L’hydrolat ou eau distillée de mélisse 60 à 90 gr. ; l’alcoolat simple 4 à 10 gr., mais ce qui a fait et continue la grande réputation de la mélisse, c’est son alcoolat composé ou « Eau de mélisse des Carmes déchaussés » fabriquée dès 1611 par les Carmes de la rue de Vaugirard.

M. H. Leclerc a pu, avec raison, lui accorder, dans son Précis de Phytothérapie, les lignes suivantes : « Il est resté l’antispasmodique le plus populaire, celui auquel ont recours toutes les classes de la société dans les moments pathétiques de l’existence, dans les indigestions, syncopes, crises de nerfs, scènes de ménage. On l’emploie à la dose de 2, 3 cuillerées à café dans un peu d’eau sucrée, ou encore sur un morceau de sucre bien imbibé.

La mélisse entre dans l’alcoolat vulnéraire du Codex ainsi que dans l’alcoolature vulnéraire ou Eau vulnéraire rouge qui sert à préparer le vin aromatique si usité pour le pansement de certaines plaies. Elle figure à côté de plusieurs autres dans la fabrication de deux liqueurs très répandues, l’Absinthe et la Chartreuse, sans oublier « le Vulnéraire », qui ne répond guère à la préparation pharmaceutique, mais qui eut son heure de vogue sur le comptoir du marchand de vin. Enfin la cuisine n’a pas dédaigné d’en faire un condiment.

A l’extérieur, les alcoolats de mélisse et vulnéraire sont souvent employés en frictions, et la parfumerie utilise son essence pour la composition de ses eaux de senteur.

Observations commerciales. — La Feuille d’Information du Ministère de l’Agriculture, dans son aperçu des prix auxquels les plantes médicinales étaient payées au kilogramme après dessiccation, a indiqué, en 1916, 0 fr. 80 pour les feuilles de mélisse, avec mention de vente forte. Les bouquets valent généralement 0 fr. 90 à fr. le kilogramme et les feuilles mondées o fr. 80 à fr. 50. D’après des renseignements spéciaux, l’herboristerie dans la région de Lyon aurait payé en mars 1924 les bouquets 3 fr. à 3 fr. 25 et les feuilles mondées 5 fr. à 5 fr. 50 le kilogramme, mais. ce sont là des prix très rarement pratiqués dans le commerce.

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