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Bourrache officinale

A. Truelle - Supplément à La Nature N° 2665 - 2 mai 1925

Mis en ligne par Denis Blaizot le lundi 7 juillet 2014

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Bourrache officinale en fleurs
Photographie réalisée sur le bord du Trottebecq à Tourlaville (50 Manche)

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Le jardin familial des plantes officinales
L’ensemble de ces articles est disponible en un volume de 227pages.

La Bourrache (Borrago officinalis L.), famille des Borraginées, a pour étymologie deux mots arabes : Abou, père, et rash, sueur, de même que son nom latin dérive de « cor ago », par allusion à de prétendues propriétés cordiales.

Habitat. — Originaire du Levant, la bourrache a été introduite dans l’Afrique du Nord, puis en Espagne avec les Maures, en Corse et en France où elle est très répandue. Aimant les sols riches en azote, on la rencontre dans les champs cultivés, sur des tas de décombres et dans un grand nombre de jardins ; elle se sème d’elle-même.

Description sommaire. — Plante annuelle de 0,30m à 0,70m de hauteur, couverte de poils rudes et piquants, d’odeur légèrement vireuse, de saveur herbacée et mucilagineuse. Tige ronde, épaisse, creuse, juteuse, très rameuse ; feuilles alternes, hérissées, ovales, épaisses à la base, plus petites vers la tige. Fleurs grandes, en grappes, d’un beau bleu de ciel, rarement roses ou blanches, étamines à anthères noires munies d’un appendice. Fruit composé de quatre achaines noirs à la maturité. Racine longue, pivotante et blanche.

Culture.

Multiplication. — Le procédé employé est le semis. Plante à végétation rapide, la bourrache demande une bonne terre exposée de préférence au midi, ayant reçu deux labours, le premier à l’automne, le second vers la fin du mois de mars. Le semis a lieu, soit fin mars au début d’avril (A. G. et J. D.) soit, préférablement, à l’automne (A. R. et D. B.). On y procède à la volée ou en lignes dans les petites cultures, tandis que dans les grandes on l’effectue, d’après J. Demilly, en ligne au moyen du semoir à haricots, en surveillant la tombée des graines qui sont beaucoup plus petites que celles du haricot.

Dans le jardin familial, on peut la propager en une ou plusieurs planches de 1,20 m à 1,40 m entourées des sentiers nécessaires pour en faciliter la récolte. Dans la culture en grand, les planches ont 1 m. 40 et les rangées sont distantes d’environ 70 cm et, dès que les plants apparaissent, on les éclaircit à la binette, tandis qu’on le fait à la main dans le jardin. On a soin, alors, de laisser entre eux un écartement de 25 à 30 cm. Malgré cette précaution, les sujets bien soignés finissent par prendre un tel développement qu’ils parviennent à se toucher.

Récolte. — Elle porte surtout sur les feuilles, les fleurs, les sommités fleuries, mais elle comprend souvent aussi la plante entière et les racines.
On y procède pour les feuilles et les sommités quand les fleurs sont à peine épanouies ; pour les fleurs séparées, à partir de la fin de mai, date de leur première apparition, jusqu’à la mi-juillet, temps durant lequel la floraison est continuelle, et pendant toute la belle saison pour les tiges non fleuries. Dans plusieurs régions, on arrache aussi les racines au moment de la floraison. Les possesseurs d’un jardin familial peuvent se borner à récolter les fleurs et les sommités fleuries qui contiennent les principes de la plante en plus grande quantité.

Production. — Dans l’Aisne, où cette plante est cultivée sur une grande échelle, on estime qu’un hectare de bourrache bien cultivé peut produire 5000 kg de sommités fleuries fraîches.

Séchage. — Comme les feuilles et les sommités sont remplies d’un abondant suc mucilagineux, il faut les dessécher avec les précautions générales que j’ai indiquées précédemment, car la bourrache mal séchée est jaune ou noire. Il importe donc de renouveler fréquemment la surface des plantes exposées à l’air libre sur des claies, à moins que les sommités n’aient été mises en bouquets suspendus en guirlandes. La dessiccation doit, généralement, être terminée à l’étuve ou au four en s’assurant bien qu’il n’est pas trop chaud. Quant aux fleurs, l’attention doit être encore plus grande, afin de leur conserver leur belle coloration bleue.

Rendement. — La bourrache est peut-être la plante qui donne le plus faible rendement en matière sèche : 10 kg de plantes fraîches laissent 1,115 kg et 10 kg de fleurs fraîches, 960 g de fleurs sèches.

Conservation. — Voici quelques observations d’ordre général. Lorsque la dessiccation est complète, ce que l’on constate par la façon dont les différentes parties sont devenues cassantes, on laisse celles-ci durant quelques heures à l’air extérieur et à l’ombre jusqu’à ce qu’elles aient absorbé un peu de l’humidité atmosphérique, puis on les conserve différemment en raison de leur nature.

Pour la consommation familiale, la seule à considérer ici, on met les fleurs dans des boîtes ou des estagnons en fer-blanc, dans des bocaux en verre ou dans des vases en terre vernissée (faïence, grès, porcelaine) fermés par une coiffe de papier ou de parchemin. Les feuilles et les sommités fleuries sont placées dans des sacs en toile ou en papier fort ; les tiges, écorces et racines dans des caisses en bois ou en métal. Le tout doit être tenu à l’abri de la lumière, de l’air, des poussières, des insectes, etc., dans un local frais et très sec.

Composition chimique. — La bourrache contient, surtout au moment de la floraison, un suc épais et mucilagineux, des sels organiques et une forte proportion de nitre.

Propriétés thérapeutiques. — La bourrache, médicament très populaire, est classée, aujourd’hui surtout, comme sudorifique, dépuratif et diurétique, mais on lui reconnaît aussi des propriétés émollientes, béchiques, expectorantes. Le Dr Henri Leclerc, dans son excellent Précis de Phytothérapie, relate que J. Bauhin recommandait la conserve de ses fleurs contre toutes les fièvres et pour purifier le sang, et que Dom Alexandre prescrivait un verre de son suc aux pleurétiques pour exciter la sueur qui les guérit. Et, à propos de cette dernière propriété, le savant thérapeute qu’est le D’ Leclerc ne m’en voudra pas si je rapporte le fait suivant dont il fut témoin dans sa jeunesse.

« C’était dans le service de Brissaud : une infirmière s’efforçait de faire accepter un bol d’infusion de bourrache à un pneumonique qui repoussait le breuvage salutaire en termes énergiques : « Laissez-moi tranquille avec votre sale tisane, hurlait-il, vous me faites suer à la fin ! » A ces mots, Brissaud se tourna vers ses élèves et leur dit : « J’espère maintenant, Messieurs, qu’aucun de vous ne mettra en doute les vertus diaphorétiques instantanées de la bourrache. »

Ses propriétés ont été tour à tour exaltées et dénigrées au cours des âges, mais de nos jours le Dr de Savignac l’a recommandée comme un dépuratif utile dans les manifestations cutanées de la scrofule et de l’herpétisme, et le Dr Pic comme un bon diurétique, ce qui est rationnel, étant donné sa forte. proportion do nitrate de soude.

Parties les plus employées. — Ce sont les fleurs et les feuilles, puis les sommités fleuries ; on se sert aussi des racines dans quelques régions.

Préparations pharmaceutiques et doses. — L’infusion de fleurs, à la close de 5 g par litre pendant une demi-heure (Codex 1908) ; dose qu’on porte souvent à 10 et 15 g ; la décoction de feuilles et de sommités fleuries, sèches 5 à 15 g, vertes 30 à 90g sont toujours des remèdes très populaires et fréquemment employés pour favoriser la transpiration dans les maladies inflammatoires, rougeole, scarlatine, etc. On a prescrit également l’extrait à la dose de 1 à 4 g ; l’hydrolé 50 à 125 g ; le sirop 10 à 50g ; le suc de bourrache seule 50 à 100 g. Ambroise Paré conseillait déjà « d’user de bouillons auxquels auront cuit bourrache, buglosse, etc. On prépare parfois un suc dépuratif composé avec des feuilles fraîches de bourrache, de cresson et de pissenlit pilées ensembles puis exprimées.

En dehors des emplois thérapeutiques, les feuilles et fleurs de bourrache répondent à des usages culinaires : damas la région méditerranéenne et en d’autres pays, les feuilles à l’état jeune et vert, sont mangées en salade, ou cuites, en guise d’épinards, tandis que les fleurs servent comme celles de la capucine à l’ornementation des salades.

Observations commerciales. — La culture de la bourrache est une de celles qui, d’après la Feuille du Ministère de l’Agriculture, peuvent être entreprises, en première ligne, sur une grande échelle, ce qui s’explique tout naturellement puisque les Services de Statistique de la Direction générale des Douanes mentionnent qu’on importait encore, en 1922, 17 000 kg de fleurs de bourrache. Cette publication, dans un aperçu du prix des plantes médicinales les plus communément employées, estimait, en 1916, le prix des fleurs à 3,50 fr [1] le kilogramme et celui des feuilles de bourrache à 0,75 fr, avec la mention vente forte pour les premières et vente bonne pour les secondes.

Toutefois, il importe beaucoup de savoir que les plantes médicinales sont l’objet de très grandes variations dans leur cours qui, dans une même année, peut subir de grandes fluctuations. Aussi, ne faut-il voir, dans les prix que je cite aujourd’hui pour la bourrache et citerai plus tard pour d’autres plantes, que de simples indications pour fixer les esprits, attendu qu’ils peuvent être considérablement modifiés dans le sens de la baisse comme dans celui de la hausse.

Voici, dans cet ordre d’idées, les prix approximatifs qui ont été pratiqués en 1924 pour le kilogramme : feuilles mondées, 1 fr. 50 à 1 fr. 60 ; sommités fleuries, 1fr. 50 à 1 fr. 60 ; fleurs mondées, 5 à 6 fr. ; racines, 1fr. 75 à 2 fr. Si ces prix se maintenaient, la culture en grand de cette plante serait bien rémunératrice.


[11 fr de 1925 équivalait, en terme de pouvoir d’achat, à environ 0,80€ (voir Pouvoir d’achat de l’euro et du francsur le site de l’express. Mais vous pouvez trouver la même information sur d’autres sites.)

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