Sauge officinale

Auguste Truelle, La Nature N°2700 - 2 janvier 1926
Lundi 13 avril 2020

Dans le groupe des Sauges, la plus importante est la Sauge officinale (Salvia officinalis L.) Labiées, qui tire son nom du mot latin « salvare », sauver, rappelant toutes les vertus médicales que lui attribuaient les Anciens pour qui elle était l’herbe sacrée, Ses principaux synonymes sont : Sauge commune, Grande Sauge, Herbe sacrée, Thé de la Grèce, Thé d’Europe. On en connaît deux sous-variétés : la Petite Sauge ou Sauge de Provence, la Grande Sauge, qui ne diffèrent que par leurs dimensions. Parmi les autres sauges, je ne mentionnerai que la Sauge Selarée (Salvia sclarea) ou Toute-Bonne, plus usitée en parfumerie qu’en médecine.

Habitat. — Indigène dans l’Europe méridionale, elle croit surtout dans le midi de la France. On la cultive depuis longtemps dans les jardins de cette région et sur une petite échelle dans la Loire, Seine, Seine-et-Oise, Aisne et Vaucluse.

Description sommaire. — Plante vivace de 0,30m à 0,80m de hauteur, buissonnante. Tige un peu ligneuse, émettant des rameaux quadrangulaires. Feuilles opposées, blanchâtres, épaisses, rugueuses, oblongues, lancéolées, à odeur camphrée pénétrante. Fleura apparaissant de juin à juillet, assez grandes, violettes, plus rarement b1anches, disposées en épis terminaux.

Culture. — Elle est assez facile parce que la sauge vient bien dans tous les terrains, même les plus secs ; elle préfère, cependant, ceux qui sont légers, perméables, chauds et calcaires. L’important est que la plantation soit placée dans une position bien saine et plutôt sèche, car, originaire du Midi, elle est subspontanée sur des coteaux secs et calcaires. Elle supporte bien, ordinairement, le climat parisien, surtout si l’on a soin de la mettre à l’abri de l’humidité et de couvrir son pied de litière.

Multiplication. — Elle a lieu de trois manières différentes : 1° Par semis ; 2° par boutures ; 3° par éclats de souches.

1° Par semis, — Les graines de cette sauge sont presque sphériques et d’un brun noir. Un gramme en contient environ 150, et le litre pèse, en moyenne, 550 gr. La durée germinative est de trois, et quelquefois même de cinq années.

D’après MM. A. Goris et J. Demilly, on sème les graines vers le mois de mars-avril , sur couches, en ayant soin de ne les enterrer, que de leur épaisseur. Celles-ci lèveront au bout d’environ trois semaines et on pourra les repiquer sur de nouvelles couches en les protégeant contre le froid au moyen de châssis. De cette façon, on aura des plants aptes à être mis en pleine terre dans la première semaine de mai. On plantera en lignes serrées de 0,80m en mettant les plants à 0,40m d’écartement.

2° Par boutures. — Ce procédé a l’avantage d’être pratique ; de fournir des plants plus robustes, plus hâtifs, et d’être entrepris au cours de la belle saison, bien que le mois d’avril soit préférable. On prélève sur de vieux pieds les boutures auxquelles on doit laisser quatre feuilles au-dessus de la section. On les met sous châssis à 0,03m d’écartement et on leur donne de l’ombre pour éviter que les rayons du soleil ne les fassent faner. Au bout de 20 à 30 jours les boutures sont enracinées. Les plants obtenus de cette façon donnent déjà une petite récolte à la fin de la première année.

3° Par éclats de souches. — Ce procédé est recommandé pour les petites exploitations, il convient donc bien pour le Jardin familial dans les régions où l’on peut le procurer de ces souches. Toutefois, il n’est pas sans difficulté, parce que les vieux pieds sont souvent tortueux. On plante les éclats, au printemps, en lignes distantes de 0,80m avec 0,40m à 0,50m sur la ligne ou à 0,60m en tous sens. On arrose modérément jusqu’à la reprise complète.

Soins culturaux et durée de la plantation. — Les soins consistent en binages et en sarclages, les premiers au nombre de trois par saison. A l’automne, on fume au fumier de ferme. La plantation peut durer 10 ans, mais il est conseillé de la renouveler tous les 2 ou 3 ans, car, après cette dernière période, le rendement diminue (A. R. et D. B.).

Récolte et rendement. — La récolte est subordonnée au produit qu’on veut obtenir : feuilles seules ou sommités fleuries. Dans le premier cas, les feuilles sont cuellies avant la floraison, laquelle arrive, selon les régions, de juin à juillet. Cette façon de faire a pour avantage l’obtention de plus belles feuilles. Quant aux sommités fleuries, on les coupe au début de la floraison. Pour le Jardin familial cette dernière récolte est préférable.

Dans les plantations importantes, on peut faire trois coupes par an. Le rendement de la première peut donner à l’hectare 1500 kg, la seconde autant, mais la troisième est moins abondante. (A. G. et J. D.). Dans les petites plantations on ne fait qu’une seule coupe, fin août, sous le climat de Paris et, sous celui du Midi, vers le 24 juin.

Séchage. — Les feuilles sont étendues sur des claies ou sur un plancher propre dans un grenier ou un autre endroit bien aéré on a soin de les remuer souvent pour hâter le séchage. Les sommités fleuries sont réunies en Petits bouquets suspendus en guirlandes dans l’endroit sus-indiqué.

La plante entière perd la moitié de son poids par la dessiccation ; d’autre part, 10 kg de feuilles fraîches donnent 2,200kg de feuilles lèches. La dessiccation ne fait rien perdre des propriétés de la plante.

Composition chimique. — La sauge renferme acide gallique, extractif, huile essentielle, etc. Cette dernière est jaune verdâtre ou ambrée ; on y a dosé du salviol ou camphre de sauge, des terpènes (salicol, thuyone, etc.).

Propriétés thérapeutiques. — La sauge est une des plantes les plus renommées de l’antiquité grecque et romaine par les nombreuses vertus qu’on lui attribuait : « diurétique, emménagogue, stomachique, vulnéraire, hémostatique, aphrodisiaque, utile dans la léthargie, la paralysie, propre à favoriser la conception et à faciliter l’accouchement. » L’École de Salerne a résumé l’immense confiance qu’on avait en elle dans ce vers fameux mais quelque peu hyperbolique.

Cur morietur homo cui Salvia crescit in horto ? (Pourquoi mourrait-il l’hornme qui possède la sauge dans son jardin ?) Bien que descendue de ce piédestal polychreste, la sauge est encore très populaire dans certaines régions, grâce à ses propriétés toniques, stomachiques et stimulantes dans les affections des voies digestives, les sueurs nocturnes des phtisiques, qui l’ont fait classer parmi les plantes aromatiques antisudorales. Signalées pour la première fois par Van Swieten, ses propriétés antisudorales ont été confirmées depuis par plusieurs médecins, notamment par le Dr Meurisse qui, d’après M. H. Leclerc, a constaté que son effet se fait sentir rapidement, 2 heures environ après l’ingestion, et que le bénéfice de cette action se conserve quelques jours après qu’on en a suspendu l’emploi. Par son essence, elle est également vulnéraire . et résolutive et utilisée en lotions, fumigations et bains.

Préparations pharmaceutiques. — Les parties employées sont les sommités fleuries et les feuilles. On prépare nec elles, pour l’usage interne, une tisane par infusion de 5g par litre d’eau bouillante, contre les cas d’atonie de l’estomac et, contre les sueurs, une teinture et un extrait fluide de sauge stabilisée. Le Dr H. Leclerc qui recommande les deux derniers médicaments prescrit de prendre la teinture par 50 gouttes, 2 heures avant le moment présumé de leur apparition, et le second par cuillerée à café le soir au coucher. Pour l’usage externe, en lotions et fomentations, la dose est de 15 à 60g par litre d’eau bouillante, en infusion. Elle entre aussi dans divers alcoolats, notamment dans le Vulnéraire et l’Arquebuse.

La cuisine se sert de la sauge comme condiment, surtout dans le Midi, pour aromatiser certains mets et légumes, tels la soupe à l’ail, le gibier, les châtaignes, les fèves, les flageolets, etc.

Observations commerciales. — La Sauge officinale est comprise parmi les plantes dont la culture a été recommandée officiellement par le Ministère de l’Agriculture, dès 1916. À cette époque, le prix du kilogramme de feuilles mondées était fixé à 0,50fr, avec la mention vente forte. L’an dernier (1924) l’herboristerie de la région de Lyon a payé aux récolteurs 1 fr à 1,25 fr le kilogramme. J’ajouterai, comme indication générale, que la parfumerie, qui emploie la Sauge sclarée pour la distillation de son essence, a offert 5 fr pour les feuilles mondées et 1,25 fr à 2,50 fr pour la plante entière, le kilogramme.

Auguste Truelle