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Tilleul

A. Truelle - Supplément à La Nature N° 2706 - 13 février 1926

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 15 février 2009

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Le jardin familial des plantes officinales
L’ensemble de ces articles est disponible en un volume de 227pages.

Dans le groupe des Tilleuls, le plus employé de beaucoup comme plante médicinale est le Tilleul d’Europe (Tilia europaea L.). Tiliacées, qu’on appelle parfois Til, Tillet, Tillaut ; viennent ensuite ses variétés : Tilleul sauvage, Tilleul à petites feuilles (Tilia sylvestris), Tilleul à larges feuilles ( Tilia platyphylla) ; argenté (Tilia argentea), sans compter les variétés américaines.

Habitat. — Tous ces tilleuls sont cultivés en France, mais les premiers, notamment le tilleul sauvage, sont communs dans presque toutes nos forêts ; on les rencontre dans les parcs et les jardins publics ; quant au tilleul argenté, il est originaire de la Hongrie où il est abondant ainsi que dans l’Europe orientale.

Description sommaire. — Les tilleuls sont de beaux arbres qui, en dehors de nos forêts, contribuent à l’ornement des avenues et promenades publiques, leur hauteur peut atteindre chez les tilleuls sauvages, quand ils croissent dans des terrains convenables, 15 à 20 m. Ch. Baltet, cite un tilleul de Hollande ( Tilia platyphylla) existant à Gérardmer (Vosges), et mesurant 30 m. de hauteur et 8 in. de circonférence du tronc. Feuilles alternes, pétiolées, cordiformes, dentées en scie, velues à l’aisselle. Fleurs apparaissant en juillet, d’un blanc un peu jaune, disposées en corymbes, accolées à leur base par une bractée dont elles semblent naître ; calice à cinq divisions caduques ; corolle à cinq pétales concaves. Fruit (capule) globuleux, indéhiscent à cinq loges contenant une ou deux graines.

Culture. — Les tilleuls prospèrent dans les terrains légers, profonds, riches et assez frais, mais à condition de n’être pas trop exposés aux intempéries. Dans le Jardin familial sa place est dans les haies et surtout dans celles de la ferme.

Multiplication. — Elle peut être effectuée de trois façons différentes : a) par semis ; b) par marcottes ; c) par greffage ; comme les deux premières sont les plus employées, je ne parlerai que d’elles seules.

Par semis. — Etant donné que la durée germinative de la graine est très variable en raison de sa qualité, il importe, d’après Baltet, de la stratifier aussitôt après la récolte ; on peut alors attendre vingt mois, s’il le faut, pour faire le semis en pleine terre. Il a remarqué que la graine récoltée peu de temps avant sa maturité, si on la stratifie à part, germe souvent plus vite au premier printemps. On sème dru, par rayons, à l’air libre, plutôt au nord, mais en terre légère ; on repique au printemps.

Par marcottage. — On butte la cépée de tilleul au printemps ; on sépare à la fin de l’été ; on met en jauge, immédiatement, et l’on repique en mars avec écimage du plant. Le tilleul, même assez développé, subit facilement la transplantation, à condition que l’on ne coupe les racines qu’à une certaine distance du tronc, i m. à i m. 20 environ.

Récolte. — Elle comprend les fleurs seules qui constituent alors les fleurs mondées, ou, ce qui est le cas le plus fréquent, les fleurs avec la bractée (c’est-à-dire la petite feuille d’où les fleurs semblent sortir), on leur donne le nom de « tilleul bractées ». On procède à la cueillette du 15 juin au 15 juillet, selon la région, en juillet dans celle de Paris, mais toujours avant que toutes les fleurs de l’inflorescence se soient épanouies, et, en tout cas, avant que le fruit ne soit formé, car, autrement, le tilleul ne serait par marchand. Il faut, en outre, apporter dans cette récolte une certaine précaution, car le bois de tilleul est assez cassant et, d’autre part, l’on ne peut cueillir sur l’arbre les fleurs une à une à cause du temps que cela demanderait. On recourt, alors, à une échelle double et à un sécateur, ou encore, en raison de la hauteur des branches, à un croissant bien affilé et pourvu d’un long manche afin de pouvoir couper l’extrémité des branches chargées de fleurs. L’émondage terminé, on procède à la cueillette en séparant les fleurs des bractées ou en mélangeant les deux selon le genre de tilleul qu’on veut obtenir. Séchage. Rendement.

Conservation. — Il importe de faire sécher les fleurs le plus rapidement possible pour éviter qu’elles ne s’échauffent ou brunissent plus ou moins, selon le cas, et n’altèrent sensiblement leur teinte et arome naturels. Bien séchées, les feuilles deviennent vert jaune ambré et les bractées jaune verdâtre, autrement, elles virent à la nuance, rougeâtre. Quelques auteurs conseillent de les exposer une heure ou deux au soleil avant de les étaler à l’ombre en une couche peu épaisse, mais on risque davantage ainsi de leur faire perdre une partie de leur agréable odeur naturelle. La dessiccation est généralement rapide et dure tout au plus une semaine. On admet comme moyenne de rendement 3 kg 200 à 3 kg 280 de fleurs sèches pour io kg de fleurs fraîches. On conserve les fleurs ainsi que leur mélange avec les bractées dans des sacs ou des caisses qu’on suspend ou place dans des locaux secs, bien aérés, à l’abri de l’humidité et de la lumière.

Composition chimique. — Les fleurs de tilleul contiennent : huile volatile ( 38 pour 100 environ), tanin, glucose, gomme, chlorophylle. On y a trouvé assez récemment une oxydase et une forte proportion de sels de manganèse, et ces éléments joints à l’huile volatile odorante autorisent, avec quelque raison, à leur attribuer les effets antispasmodiques du tilleul considéré toujours comme un de nos remèdes les plus populaires.

Propriétés thérapeutiques. — Les fleurs de tilleul ont été employées, de tout temps, pour leurs propriétés calmantes, sudorifiques et surtout antispasmodiques. Nul n’a fait ressortir leur action bienfaisante dans toutes les classes de la société avec plus de justesse, d’observation et de charme pénétrant que le Dr H. Leclerc dans son Précis de Phytothérapie. « La mondaine dont une existence bruyante et vide fait les dents crissantes de névrose, l’homme des champs qui regagne le soir, courbé par un dur labeur, sa chaumière enfumée, le savant dont les veilles prolongées ont ceint le front d’une couronne migraineuse, tous recourent à l’infusion parfumée que son arome gracieux, sa saveur discrète, ses propriétés tempérantes leur font rechercher. »

Préparations pharmaceutiques — Parmi ces préparations, la tisane est celle qui l’emporte de beaucoup. Le Codex de 1908 prescrit 10 gr. par litre en une infusion d’une demi-heure. L’eau distillée sert comme véhicule de potions, 60 à 120 gr. Les fleurs entrent dans les espèces antispasmodiques avec les fleurs de camomille, les feuilles d’oranger et de mélisse. Lorsqu’elles sont pourvues de leurs bractées, elles donnent une boisson moins agréable et moins active que les fleurs seules. L’usage a prévalu, mais à tort, d’employer le tilleul-bractées pour la préparation d’un bain calmant à la dose de 5oo gr. pour la quantité d’eau nécessaire, soit 5 pour 100. On fait servir quelquefois les feuilles et l’écorce pour la préparation de lotions émollientes. Il n’est pas jusqu’au bois qui ne soit utilisé pour fournir un charbon très léger que l’on a recommandé contre la gastralgie et les dyspepsies.

Observations commerciales. — La consommation du tilleul est très importante ; c’est une des plantes que nous importons le plus de l’étranger. D’après les Services de statistiques de la Direction générale des Douanes, nous avons importé d’Autriche et de Moravie 686 700 kg de fleurs de tilleul. On ne saurait donc trop recommander de récolter celles qui s’épanouissent sur les nombreux tilleuls de nos bois et sur ceux qui font l’ornement de nos avenues et places publiques, et d’autant plus que notre tilleul est bien plus apprécié et coté à un prix plus élevé que celui de l’étranger. Il est juste de dire que, depuis la guerre, l’on s’en préoccupe davantage et qu’on récolte un peu partout le tilleul dit de pays. La sorte commerciale la plus estimée provient des départements de Vaucluse, Alpes-Maritimes et Basses-Alpes ; c’est le tilleul de Carpentras recherché pour son parfum très prononcé (A. R. et D. B.). Les prix du tilleul sont très variables en raison de sa qualité et de la récolte de l’année. En 1916, la Feuille d’Informations du Ministère de l’Agriculture cotait, au kilogramme, le tilleul-bractées 2 fr. 50 à 2 fr. 75, le tilleul mondé (fleurs seules) 4 fr. 5o à 5 fr. avec mention : vente forte. Depuis, les prix ont oscillé, en 1921, de 4 fr. à 5 fr., tilleul-bractées, 8 à 10 fr. sans bractées. L’an dernier (1924) l’herboristerie en gros a payé les prix suivants pour les différentes sortes tilleul-bractées double 4 fr. à 4 fr. 25 ; tilleul Pays, Alpes ou Auvergne 6 fr. 5o à 7 fr. ; tilleul Carpentras 7 fr. à 7 fr. 50. Les écorces coupées de tilleul 1 fr. à 1fr, 25 le kilogramme. Les fleurs du ’tilleul argenté se vendent également, mais comme leur qualité et leur prix sont inférieurs, il ne faut pas les mélanger avec les sortes précédentes.

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