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Réglisse officinale

A. Truelle - Supplément à La Nature N° 2696 - 5 décembre 1925

dimanche 15 février 2009, par gloubik

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Le jardin familial des plantes officinales
L’ensemble de ces articles est disponible en un volume de 227pages.

La Réglisse officinale (Glycyrrhiza globra. L.), Légumineuses Papilionacées, tire son nom de deux mots grecs « Glucus » doux et « riza » racine ; elle possède plusieurs synonymes : Réglisse glabre, Bois doux, Racine douce, Racine bonne, Racine sucrée. Il en existe plusieurs espèces.

Habitat. — Elle est indigène dans le Midi de l’Europe, notamment dans la Sicile, l’Espagne, etc. On la cultive depuis longtemps en France dans le département d’Indre-et-Loire. D’après la Notice du Ministère de l’Agriculture sur le Commerce des produits agricoles, la culture, en 1906, était de plus en plus délaissée, la surface cultivée était d’environ 12 hectares. Les principaux centres étaient Ingrandes, Bourgueil, la Chapellesur-Loire et principalement Benais et Restigné.

Description sommaire. — Racines vivaces, rampantes, atteignant 1 à 2 m., brunes à l’extérieur, jaunes à l’intérieur, à saveur sucrée et agréable ; tiges annuelles presque ligneuses, pouvant atteindre 1 m. à 1 m. 50. Feuilles alternes, glabres, à 4-7 paires de folioles ovales lancéolées. Fleurs (juin-août) petites, violettes ou bleu pâle, disposées en grappes pédonculées, atteignant la moitié de la longueur des feuilles. Fruit (gousse), 2 à 3 cm de long, comprimé, contenant 3 à 4 graines brunes.

Culture. — Elle est relativement facile parce que la réglisse, étant très rustique, ne craint pas les gelées. Elle demande, cependant, des sols profonds, silico-argileux, fertiles et meubles pour que ses racines puissent s’étendre, mais elle redoute les terres trop compactes, trop humides ou trop sablonneuses, sujettes à se dessécher pendant l’été. On doit défoncer à 50 ou 60 cm à l’automne et labourer en février ou mars, et comme cette plante est épuisante, on fume abondamment au fumier de ferme à demi décomposé.

Multiplication. — On y procède de deux façons : 1° Par éclats de souches ; 2° Par semis.

1° Par éclats de souches. — C’est le procédé le plus employé. On se sert d’éclats suffisamment pourvus de bourgeons et de racines que l’on a mis de côté, lors de l’arrachage effectué la troisième année après la plantation. Les meilleurs éclats ont 2 à 3 bourgeons. On les plante par 4 ou 5 à la fois, de l’automne à la fin de l’hiver ou au printemps, selon les régions, à 30 ou 35 cm sur des lignes espacées de 60 cm ; ou à 50 cm en carré, et on les enfouit de 4 à 5 cm (A. R. et D. B.).

Sous le climat de Paris, ces éclats sont plantés pendant le mois de mars sur des lignes écartées de 80 cm et à 50 cm de distance les uns des autres (A. G. et J. D.).

Soins culturaux. — Ils consistent en binages qu’on exécute au cours du développement de. la végétation. A l’automne, quand les tiges ont pris la teinte jaune foncé indiquant qu’elles se dessèchent, on les coupe au ras du sol, puis on donne un léger labour, à la bèche dans le Jardin familial, à la charrue dans les champs. On étend du fumier en couverture et on l’enterre au mois de mars par un deuxième labour. Ces soins sont continués pendant les deux premières années.

2° Par semis. — On sème en mars ou en avril sur une terre bien préparée, en planches de 1 m. 20 de largeur, mais lorsqu’on peut opérer sous châssis on gagne du temps, car la germination en est avancée de 15 jours.

Récolte et rendement. — La récolte a lieu à la fin de la troisième année, car c’est à ce moment que les racines ont acquis les qualités requises : On arrache les racines à l’automne au moment de la chute des feuilles. Il faut y apporter assez de soin pour ne point briser les racines dont la longueur et la grosseur sont des facteurs de la qualité marchande. On trie les plus belles qu’on destine à la vente et on réserve les plus petites pour le renouvellement de la plantation. On enlève les bourgeons et le chevelu, puis la terre ; on lave, s’il y a lieu, et on fait sécher au soleil ou au grenier. On peut aussi les conserver à l’état vert, dans du sable fin et bien sec.

Le rendement à Bourgueil a été de 4000 à 5000 kg de racines sèches, mais la Notice dont j’ai parlé plus haut a indiqué une production de 12 000 kg à l’hectare tous les 4 ou 5 ans ; le poids a été pris, très probablement, à l’état vert.

Composition chimique. — La racine contient de la glycyrrhizine, saccharose, mannite, fécule, huile, asparagine, résine, albumine, acide malique, matière colorante, sels, etc. La saveur sucrée est due à la glycyrrhizine qui s’y trouve à l’état de glycyrrhizate d’ammoniaque

Propriétés thérapeutiques. — On lui reconnaît des propriétés pectorales, béchiques et adoucissantes ; on la classe parmi les plantes béchiques. Théophraste la préconisait déjà pour calmer la toux, et, à ce point de vue, elle constitue encore un remède populaire sous forme de jus noir.

Préparations pharmaceutiques. — La partie usitée est la racine qu’on appelle habituellement bois de réglisse. On doit la ratisser préalablement pour lui enlever l’écorce qui lui donne de l’amertume. La tisane peut être préparée de trois manières : par infusion, macération et décoction. Le dernier Codex de 1908 prescrit une macération de 5 heures avec 10 gr. de racines par litre. C’est sous cette forme que la tisane est la plus agréable, parce que, à froid, l’eau ne dissout pas le principe âcre dû à la résine. On en fait aussi une infusion à la manière ordinaire à la dose de 15 à 60 gr par litre. Grâce à la glycyrrhizine, la racine de réglisse sert surtout à édulcorer les tisanes auxquelles on l’ajoute quand elles sont tièdes. D’après Gubler le glycyrrhizate d’ammoniaque a, sur le sucre, l’avantage de résister aux fermentations, notamment aux spores de l’oïdium albicans. La racine forme avec l’orge et le chiendent la base des tisanes les plus employées dans les hôpitaux.

La décoction n’est guère employée que pour la préparation de l’extrait de réglisse, bien plus connu sous les noms de « suc ou jus de réglisse, jus noir, sucre noir ». On le fabrique dans le commerce sous forme de bâtons de 12 à 15 cm de long et de 1,5 à 2 cm d’épaisseur. Cet extrait ou « suc » est usité tel quel ou sous forme de pâte, pastilles, etc. Le D’ H. Leclerc recommande au début des trachéites et des bronchites légères, comme très adoucissante, la boisson obtenue en faisant fondre 2 gr. d’extrait de réglisse dans une tasse de lait bouillant, et il ajoute à ce sujet l’anecdote suivante que j’emprunte à son excellent Précis de Phytothérapie. « Un vieux praticien que j’ai connu dans mon enfance donnait à ce mélange le nom de « lait de corbeau ». Cela lui avait attiré de la part d’une de ses clientes, assez peu au courant de la zoologie, cette observation vaudevillesque : « Voyous, Docteur ! Ce ne sont pas les corbeaux, mais les corneilles qui ont du lait ! »

La poudre de réglisse sert souvent d’excipient pour les pilules et à les enrober ; elle entre dans la composition de la Poudre de réglisse composée, qui constitue un agréable laxatif dont voici la formule : réglisse pulvérisée 60gr. ; Séné pulvérisé 60gr. ; Fenouil pulvérisé 30gr. ; soufre lavé 30gr. ; sucre en poudre 180 gr. Dose une à deux cuillerées à café.

La boisson rafraîchissante si populaire connue sous le nom de « Coco », parce qu’on la débitait jadis dans une tasse faite d’une noix de coco. (D’ H. L.), a pour base aujourd’hui une macération de racines de réglisse, additionnée de coriandre, anis et citron, mais en ’voici la formule primitive donnée par Antoine Pasquier dans son Traité des Boissons, publié en 1742. Les mesures anciennes ont été transformées en modes nes par C. B. Renaudet. Racines de réglisse 200 gr., Eau-de-vie un quart de litre ; Ecorce de deux citrons ; Orge perlé 125 gr. En médecine vétérinaire, la poudre de réglisse associée à celle de guimauve et au kermès minéral est conseillée contre la toux des chevaux et des ruminants. Par suite, étant donné les différents emplois de cette plante tant pour la médecine humaine que vétérinaire, je conseille de lui accorder une assez grande place dans le Jardin familial, et surtout dans celui des fermes qui possèdent un important cheptel.

Observations commerciales. — Les bottes de racine de réglisse cultivées en France mesurent 1 m. 50 à 2 m., pèsent de 50 à 100 kg et valent 45 fr. les 200 kg. Chez les droguistes, la racine sèche vaut o fr. 80 le kilogramme ; mondée au vif 2 fr. 80. (A. R. et D. B.).
Je suis étonné que la culture de la Réglisse officinale n’ait pas été recommandée, en 1916, par les Feuilles officielles du Ministère de l’Agriculture au même titre que beaucoup d’autres plantes, car nous importons de
différents pays : Espagne, Turquie, Russie, Grèce, Italie, une grande quantité de racines et de jus de réglisse. Pour en donner une idée, je relaterai que la Statistique agricole annuelle de 1919, la dernière qui rend compte de nos importations et exportations,
indique pour les premières, au Commerce spécial 25 157 quintaux métrique de racines pour 32 123 700 fr. et 3041 quintaux de jus de réglisse pour 4 561 500 fr. Plus que jamais, il est à souhaiter que ces 36 millions ne sortent pas de France.

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