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Pyrèthre de Dalmatie

A. Truelle - Supplément à La Nature N° 2692 - 7 novembre 1925

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 15 février 2009

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Le jardin familial des plantes officinales
L’ensemble de ces articles est disponible en un volume de 227pages.

Le groupe des Pyrèthres comprend plusieurs plantes de la famille des Synanthérées. Parmi celles qui croissent en France, les deux principales au point de vue médicinal sont la Camomille Pyrèthre (Anthemis pyrethrum) et le Pyrèthre matricaire (Pyrethrum Parthenium), et entre celles cultivées à l’étranger, dont les produits font depuis longtemps l’objet d’une grande importation chez nous, figurent d’abord le Pyrèthre de Dalmatie, puis celui du Caucase. Ne pouvant malgré leur utilité introduire ces différentes plantes dans le Jardin familial, j’ai choisi le Pyrèthre de Dalmatie qui, actuellement, jouit d’une grande vogue par son action insecticide sur les divers déprédateurs de nos jardins, vergers et vignobles, sans oublier les parasites indésirables sur nous et nos animaux domestiques.

Habitat. — Le Pyrèthre de Dalmatie (Pyrethrum cinerariaefolium) est très cultivé dans la péninsule des Balkans où il vient spontanément sur les pentes rocailleuses .des divers pays, notamment sur les côtes Dalmates. On le rencontre aussi dans le Caucase et en Perse à côté du Pyrethrum caucasicum qui présente deux types : les Pyrethrum carneum et P. Roseum.

Description sommaire. — Plante rustique formant une touffe rappelant par plusieurs côtés le port et l’aspect floral de la Grande Marguerite des prés et des bois de notre pays. Feuilles alternes, d’un vert blanchâtre, longuement pétiolées et très divisées. Fleurs en capitules terminaux, peu odorantes à l’état frais, possédant après dessiccation une odeur forte et pénétrante.

Culture. — Depuis les premiers travaux de P. Duchartre et C. Villemot, en 1858, la propagation du Pyrèthre de Dalmatie en France n’a cessé de faire des progrès sous la constante impulsion de chercheurs et de savants dont les plus connus chez nous sont : MM. E. Heckel, A. Juillet, F. Willaume, P. Marchai, Paillot et Faure, Gaumont, Poutier, Régnier, etc. Grâce à eux ’et au puissant soutien qu’ils ont reçu de l’Office national des Matières premières pour la Droguerie, la Pharmacie, la Parfumerie et la Distillerie du Comité interministériel des Plantes médicinales ainsi que des Stations entomologiques de l’Institut des Recherches agronomiques et de plusieurs Offices agricoles, les avantages économiques de la culture familiale ou commerciale sont déjà très importants. On compte actuellement une centaine d’hectares répartis en Languedoc, en Roussillon, en Provence, en Anjou, en Auvergne, dans le Poitou, dans le Dauphiné, en Alsace, etc.

Le pyrèthre a été acclimaté en France, à plusieurs reprises, dans sa zone naturelle de végétation, c’est-à-dire approximativement dans la région de l’olivier, mais M. le professeur P. Marchai a indiqué, en 1923, dans une communication à l’Académie d’Agriculture de France, que cette plante peut prospérer d’une façon remarquable dans la région parisienne tout en conservant ses propriétés insecticides. D’ailleurs, M. H. Faes, directeur de la Station fédérale d’Essais viticoles de Lausanne (Suisse), avait entrepris le premier, en 1912, une véritable culture vers le Nord, dans les terrains les plus ensoleillés du Valais.

Multiplication. — J’emprunte aux intéressants articles de MM. F. Willaume et A. Juillet sur le Pyrèthre de Dalmatie, publiés en 1924 et 1925 dans « Cultures fruitières et industries annexes », une grande partie des renseignements ci-dessous.

La multiplication a lieu d’abord par semis, puis par repiquage des plantes.

Semis. — Jusqu’à présent, on a cultivé le pyrèthre un peu partout en France, en semant au printemps ou à l’automne. Aucun conseil ne peut être donné à ce sujet jusqu’à ce qu’une expérience générale bien conduite, précise la meillleure date pour les semailles, suivant les différentes régions. On sème de préférence en pépinière dans des plates-bandes ensoleillées ou même sous châssis en épandant clair et sans enterrer les graines, qui sont très fines, au delà d’un centimètre, en lignes espacées de 0m.20 (M. Juillet recommande de ne pas les enterrer du tout), puis on tasse le sol et on le paille avec du fumier demi-fait. Les jours suivants on entretient l’humidité par des bassinages effectués le soir, La germination se produit 2 ou 3 semaines après le semis.

On continue les arrosages jusqu’à ce que les jeunes plants possèdent quatre ou cinq feuilles.

Il faut compter en moyenne 920 graines par gramme ; un lot de trois grammes permet d’assurer un minimum de plus de 700 plants capables de couvrir une surface de 150 m2 environ.

Plantation à demeure. — On choisit un terrain chaud exposé au midi, caillouteux et perméable, car le pyrèthre se plaît dans les sols maigres, caillouteux, silico-calcaires. Cependant, il prospère aussi dans des sols différents, M. P. Marchai a obtenu un rendement de 900 kg de fleurs fraîches à l’hectare dans un terrain froid et compact, sablo-argileux avec excès de sable. 11 est bon de fumer le terrain avec des superphosphates qui augmentent la teneur des fleurs en principes actifs. Le repiquage a lieu sur des lignes espacées de 0m.60 en plaçant les plantes en quinconce à 0m.50 de distance. On réserve 10 pour 100 des plantes en vue de combler les vides qui peuvent se produire ; on a même conseillé 15 à 30 pour 100. On arrose modérément et l’on bine le sol de temps à autre. Malgré la longévité des pyrèthres, il est préférable, au point de vue pratique, de retourner la plantation après quatre récoltes pour éviter l’envahissement progressif par les mauvaises herbes.

Récolte. — Il faut attendre deux ans avant que la plantation soit en plein rapport et alors on peut faire deux -récoltes. (M. Juillet estime que dans le midi de la France, il n’y a qu’une récolte vraiment utilisable.) On l’effectue au moment où la majorité des fleurs est épanouie ; on choisit un temps sec et ensoleillé et l’on coupe les pédoncules au niveau supérieur des feuilles. Dans les champs, on se sert de la faucille, mais dans le jardin familial, un sécateur suffit. Chaque touffe peut porter 200 fleurs de 4 cm de diamètre, en moyenne. On fait sécher la récolte en l’étendant à l’ombre sous un abri sain, afin d’éviter les fermentations. On a recommandé de conserver les capitules à l’abri de l’air et de la lumière dans des flacons bien bouchés. C’est bien pour une très petite production, mais si elle était importante, il faudrait de grandes conserves en verre comme il y en a encore dans les vieilles pharmacies de province, ou, de préférence, des boîtes ou des estagnons en fer-blanc fermant hermétiquement.

Si l’on veut obtenir de la graine, il faut réserver une partie de la récolte et ne couper les fleurs qu’après complet épanouissement et début de dessiccation. On peut obtenir 3 kg 5 de semences par 50 m2 de plantation.

Rendement. — En France, M. Juillet a obtenu dans une exploitation de 10 hectares, en région méditerranéenne, 350 kg de capitules secs ou 1100 kg de tiges fleuries, à l’hectare, et M. P. Marchai 900 kg de fleurs fraîches : MM. Paillot et Faure ont pu fabriquer 56 kg de poudre brute en partant de la récolte d’un champ de pyrèthre de 300 m1 de superficie, soit 19 kg, environ, par 100 m2.

Préparation de la poudre. — Lorsque la récolte est, complètement sèche, on la soumet, quand elle est importante, à un broyage à la meule qui la réduit en poudre, mais on manque d’un petit appareil permettant ce travail à la ferme, car le moulin de ménage et la râpe d’épicier ne donnent pas de très bons résultats, selon M. Juillet qui en obtient de meilleurs en écrasant entre les doigts les capitules secs. La poudre doit être renfermée dans des récipients hermétiquement clos et remplis jusqu’au bord, afin d’enfermer le moins d’air possible et de lui conserver toute son efficacité qui est due à une huile essentielle et à une oléo-résine solubles dans l’éther. Elle peut se conserver longtemps, mais il est prudent de l’employer au fur et à mesure de sa fabrication.

Modes d’emploi. — Aux premiers emplois de la poudre de pyrèthre consistant pendant longtemps en produits insecticides connus sous les noms d’ « insecticides Vicat », de « poudre persane », de poudre à punaises limités surtout aux parasites de l’homme et de l’animal, ont succédé ceux qui concernent les innombrables ennemis que comptent les différentes branches de l’agriculture.

Ces emplois ont conduit à plusieurs préparations, sans danger pour l’homme et les animaux, préconisées par leurs inventeurs, MM. Faes, Willaume. Malgré leur modalité différente, elles possèdent une grande activité. On les désigne sous le nom générique de « Savon Pyrèthre « dont je ne puis, présentement, parler avec détails.

Propagation. — Dans le but de diffuser sa culture et de vulgariser son exploitation pour nous affranchir de l’importation de la poudre des Balkans qui a atteint, par an, de 100 à 130 tonnes, je ne saurais trop recommander de lui faire une large place dans le jardin familial, à côté des plantes médicinales, en raison des grands services qu’il peut rendre comme le représentant d’un de nos meilleurs insecticides. Pour obtenir des graines ou des plants à repiquer, il faut s’adresser aux Offices agricoles de l’Hérault ou de Seine-et-Oise.

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