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Guimauve officinale

A. Truelle - Supplément à La Nature N° 2671 - 13 juin 1925

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 15 février 2009

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Le jardin familial des plantes officinales
L’ensemble de ces articles est disponible en un volume de 227pages.

La Guimauve officinale (Althœa officinalis. L.) Malvacées tire son nom du mot grec « althaia » de « althein », guérir. On l’appelle parfois Mauve blanche. Il en existe d’autres espèces qui croissent dans les champs.

Habitat. — Elle est commune dans les marais et lieux humides des côtes de la Méditerranée et de l’Océan. Elle est souvent cultivée dans les jardins depuis longtemps et aujourd’hui dans quelques départements.

Description sommaire. — Plante vivace atteignant selon les terrains 0m.60 à I m. 50 de hauteur ; tige et feuilles tomenteuses, celles-ci grandes, épaisses, arrondies, les inférieures à 5 lobes, les supérieures à 3 seulement. Fleurs blanches, parfois avec une teinte rosée. Racine longue, blanche en dedans et recouverte d’un épiderme jaune, charnue et branchue.

Culture. — Peu difficile sur la nature des sols, la guimauve préfère cependant des terres profondes et fraîches, pas trop humides, mais elle se développe mal en terrains secs. Pour avoir une bonne récolte, il est nécessaire de bien ameublir et fumer le sol.

Multiplication. — Elle se fait de deux façons : 1° par semis ; 2° par éclats de souches.

I° Par semis. — C’est à eux qu’on recourt quand on veut entreprendre une plantation de début et qu’on ne peut disposer de souches. Ils ont lieu au printemps ou à l’automne avec des graines d’un an ou deux, Dans le premier cas, de mars à mai, en pépinière. Les graines germent assez vite et l’on peut mettre les petits plants à demeure peu de temps après en les espaçant de 0m.40 dans le rang avec une distance de 0m.80 entre les rangs. On sème aussi en juillet-août, ou encore à l’automne, mais plutôt alors sous châssis.

2° Par éclats de souches. — On ne peut le faire que lorsque la plantation est âgée de deux et plutôt de trois ans, au moment de la récolte des racines en octobre. On sépare les souches en plusieurs éclats pourvus à leur partie supérieure d’un ou deux bourgeons et on les plante aux distances indiquées ci-dessus. Si l’on tient à les conserver pendant l’hiver, on les stratifie dans du sable et on les place dans un endroit sain et aéré. Il faut les surveiller parce qu’ils peuvent s’altérer ; on les repique au printemps. (A. R. et D. B.).

Étant donné la multiplicité des emplois de la guimauve, c’est elle qui doit occuper la plus grande place dans le Jardin familial.

Énnemis. — Cette plante est souvent attaquée par un champignon, le Puccinia malvacearum, qui se développe sur les feuilles et nuit beaucoup à leur végétation. MM. A. Goris et J. Demilly recommandent de ne pas planter « trop serré » pour éviter la contagion.
Les champignons du Pourridié peuvent, d’après MM. A. Rollet et D. Bouret, altérer ses racines • d’autre part, M. Diffloth a indiqué en i 9o I que, dans le Nord, les feuilles sont attaquées par des pucerons et par une altise et il a recommandé de les combattre avec l’émulsion pétrole-savon-nicotine.

Récolte. —

Feuilles. — Elle a lieu aux mois de juin-juillet avant l’épanouissement des fleurs.

Fleurs. —- Commencée à partir du mois de juillet, la récolte peut durer sans interruption jusqu’à la mi-septembre.

Racines. — C’est surtout pour ses racines que la guimauve est cultivée. Il faut attendre au moins la deuxième année pour en faire l’arrachage, mais la troisième est préférable. On doit y apporter assez de soin pour ne pas en laisser des fragments dans la terre.

Production. — Dans l’arrondissement de Valenciennes où sa culture comprend 170 à 180 hectares, on a cité un rendement de 1 200 kg de racines et de 400 kg de fleurs à l’hectare, ce qui représente un produit brut de 1400 francs environ, et un déboursé de 400 francs pour les frais. D’autre part, M. Blin a évalué rendement et frais comme suit : racines 900 kg, fleurs 450 kg ayant donné un produit brut de 1719 francs pour des frais s’élevant à 376 francs.

Séchage. — On fait sécher les feuilles et les fleurs en les étalant sur des claies en couche mince dans un endroit bien aéré ; on les remue souvent, afin que l’air soit très renouvelé surtout pour les feuilles qui sont épaisses et mucilagineuses. Pour les racines brutes, on peut ou les laver avant de les mettre sécher, ou bien les étaler à l’air sur le sol jusqu’à ce que la terre desséchée puisse être enlevée avec une brosse de chiendent. Pendant ce temps, on les remue fréquemment avec un râteau. A cause du mucilage qu’elles contiennent le séchage à l’air chaud est préférable quand on peut le pratiquer, afin qu’il soit aussi rapide que possible. Pour cette dernière raison, après avoir enlevé leur épiderme jaunâtre, on fend les plus grosses ou bien on les coupe en petits fragments de quelques centimètres. Dans la culture en grand dans le Nord, on emploie des tourailles ayant quelque ressemblance avec celles des malteries ou des producteurs de chicorée (A. R. et D. B.).

Pour la consommation familiale, le procédé le plus simple est de former plusieurs petits faisceaux des racines entières très propres et de les suspendre dans un four quelque temps après la sortie du pain, afin d’éviter un excès de chaleur qui les cuirait. Il sera souvent utile de mettre de côté les racines les plus droites et les plus grosses pour servir de hochets aux enfants lors du travail de la dentition, Dans les fermes où l’on dispose presque toujours d’un coupe-racines, on coupera les racines fraîches en petits morceaux après les avoir bien nettoyées et décortiquées, de manière que la dessiccation marche rapidement.

Conservation. — Selon la quantité récoltée, on conserve les racines sèches dans des tonneaux ou des caisses, les fleurs dans des ,estagnons ou des boîtes en métal ou en bois fermant hermétiquement, en ayant soin de maintenir les récipients dans un endroit très sec et aéré. Si l’on désire conserver une petite quantité de racines à l’état frais, il n’y a qu’à les stratifier en couches minces dans du sable sec, mais il faut avoir soin de surveiller le tas de temps en temps pour enlever celles qui pourraient moisir ou pourrir.

Rendement. — On estime, au regard de la dessiccation, que 100 kg de racines fraîches donnent 40 kg de racines sèches et 100 kg de fleurs fraîches 70 kg de fleurs sèches.

Composition chimique. — La racine contient une quantité de mucilage beaucoup plus grande que les autres parties de la plante, et, en outre, de l’amidon, matière colorante jaune, albumine, asparagine, sucre, huile fixe (Dr A. H.). Laroque y a trouvé, de plus, la bétaïne et une matière azotée jouant le rôle d’un ferment puissant.

Propriétés thérapeutiques. — Les Anciens faisaient le plus grand cas de la guimauve comme l’indique son nom. Théophraste, puis Albert le Grand en ont fait ressortir les propriétés émollientes et lénitives. L’École de Salerne la recommandait contre la scrofule, la pierre, la grosseur du sein, etc. Aujourd’hui, elle est classée surtout parmi les plantes béchiques. Elle doit à l’abondance de son mucilage l’ensemble de ses propriétés et la raison de ses nombreux et fréquents emplois tant internes qu’externes pour les affections de la gorge, des voies respiratoires et intestinales ; en résumé, contre tout état inflammatoire.

Préparations pharmaceutiques et doses. — Les parties employées sont les feuilles, les fleurs et les racines, mais en proportion inverse de cette transcription. On prépare I° avec les racines, un gargarisme émollient : on en fait bouillir 10gr. avec une demi-tête de pavot dans 150gr.d’eau durant Io minutes, on passe et l’on ajoute 50gr.de miel blanc, une décoction pour lavages, lavements, etc., 30 à 45 gr. par litre ; 2° avec les fleurs, une tisane par infusion d’une demi-heure, de Io gr., qu’on peut remplacer par autant de racines (Codex 1908). On a conseillé de leur substituer la macération à froid de la racine pulvérisée qui donnerait ainsi un liquide onctueux, assez limpide, mais dont le goût et l’aspect seraient bien plus agréables. Les fleurs entrent dans la composition des « espèces pectorales » plus connues sous le nom populaire de « fleurs pectorales » qui comprennent : bouillon blanc, coquelicot, guimauve, mauve, pied de chat, tussilage, violette, 100 gr. de chacune (Codex 1908). Bien que ces fleurs soient au nombre de 7, on les désigne souvent encore sous le nom de « quatre fleurs ». Le sirop de guimauve 30 gr pour 1000 ; enfin, on en prépare aussi de la pâte et des pastilles.

A l’extérieur, pour les bains locaux, la dose de racines est de 30 à 60gr.en décoction ; celle-ci peut également servir à délayer la farine de lin pour faire un cataplasme.

Les feuilles ont fait partie des « espèces émollientes » ; on en préparait des cataplasmes, mais elles ne sont plus guère usitées aujourd’hui.

La médecine vétérinaire prescrit la poudre de guimauve en mélange avec celle de gentiane et une certaine quantité de kermès minéral pour combattre les affections des voies respiratoires des chevaux et des bovidés.

Observations commerciales. — La culture en grand de la Guimauve ne saurait être trop recommandée, car ses fleurs et ses racines sont l’objet d’une grande vente, tellement ses emplois sont divers dans toutes les classes de la Société. En 1916, la Feuille d’Information du Ministère de l’Agriculture cotait les fleurs entre fr. 50 et 3 francs le kilogramme. L’an dernier, les feuilles ont valu, le kilogramme o fr. 90 à franc ; les fleurs 8 francs à 8 fr. 50 ; les racines 2 fr. 50 à 3 fr. 25, mais les prix sont très variables surtout pour les racines, selon leur blancheur, et selon qu’elles sont entières ou coupées. Les prix de gros par 100 kg peuvent varier entre 1 franc et 1 fr. 75, mais sans engagement.