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Nerprun cathartique

A. Truelle - Supplément à La Nature N° 2687 - 3 octobre 1925

dimanche 15 février 2009, par gloubik

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Le jardin familial des plantes officinales
L’ensemble de ces articles est disponible en un volume de 227pages.

Le Nerprun cathartique (Rhamnus catharticus L.), Famille des Rhamnacées, a plusieurs synonymes : Nerprun purgatif, Noirprun, Bourgépine , Bourguépine, Epine de Cerf, Rhamnée.

Si l’on en croit la tradition, ce serait une plante historique et sacrée : les branches épineuses de l’arbrisseau auraient servi à tresser la couronne d’épines du Christ.

Habitat. — Le nerprun est fréquent dans les bois, les haies, les taillis humides d’une grande partie de la F rance.

Description sommaire. — Petit arbre très rustique atteignant 2 à 4 m., à tige dressée, rameuse, branches opposées, grisâtres, terminées en pointe épineuse à leur sommet. Feuilles pétiolées, caduques, ovales, opposées sur les jeunes rameaux, fasciculées sur les anciens, dentées. Fleurs apparaissant d’avril à juin, d’un jaune verdâtre, petites, plus souvent dioïques que polygames, groupées en petits paquets à la base des jeunes rameaux. Fruits (baies) de la grosseur d’un pois, d’abord verdâtres, puis devenant noirs à la maturité, en septembre-octobre, contenant 2 à 4 graines, trigones, marquées du côté extérieur d’un sillon plus large à la base.

Culture —. Dans le Jardin familial la place du nerprun est dans les haies où ses épines jouent un rôle assez défensif contre les animaux Sa culture est facile étant donnée sa rusticité et qu’il ne craint pas le froid. Il prospère dans tous les terrains, bien qu’il préfère un sol frais ; il se plaît à toutes les expositions. Comme le sirop de nerprun est employé souvent dans la médecine vétérinaire, il est utile dans les fermes importantes d’avoir plusieurs pieds de ces arbrisseaux pour être sûr de recueillir une quantité suffisante de baies.

Multiplication. — Elle peut avoir lieu de trois façons : par marcottes ou boutures, par semis.

Par marcottes. — On les fait par buttage en cépée et par couchage simple qu’on peut entreprendre à peu près toute l’année, mais plutôt au printemps ; on les relève au printemps suivant.

Par boutures dites « boutures-plançons ». On aiguise les branches à la base, et, après un court séjour le pied dans l’eau, on les met en place en les enfonçant dans le sol à force de bras, ce qui est plus facile si, auparavant, l’on a pris soin d’arroser le terrain. 11 est encore plus simple de faire, préalablement, un trou au moyen d’un pieu ou d’une pince pour y planter la bouture ; finalement, on tasse la terre tout autour avec le pied.

Par semis. —- On choisit des graines assez récentes, car la durée germinatrice est de deux mois. Le litre de ces graines pèse 400 gr. environ. On sème en pleine terre, à l’automne, les graines dépouillées de la pulpe qui les entoure ; on sème dru en rayons ou en paquets. On repique au printemps de la seconde année. Le semis fait en mars avec des graines lavées non stratifiées donne de bons résultats. (Ch. Ballet).

Récolte. — On y procède quand les baies sont mûres, pendant les mois de septembre et d’octobre. Si la récolte est abondante, on choisit les plus grosses, les plus luisantes, les plus riches en jus. Étant donnée leur violente action purgative, on ne doit pas en manger, les enfants surtout, de crainte qu’il ne se produise de graves inflammations de l’appareil intestinal. A l’état frais, les baies ont une odeur désagréable, un peu nauséabonde, une saveur amère et âcre. Elles renferment un suc visqueux, d’abord safrané, puis qui passe successivement aux diverses nuances du rouge et devient finalement rouge violet.

Séchage. — Pour les divers usages auxquels on les destine, il est ’préférable de beaucoup de s’en servir à l’état frais, d’autant plus que d’après le D’ Héraud elles perdent en partie leur propriété par la dessiccation. Cependant, comme l’on en vend dans le commerce à l’état sec, il peut être utile de les dessécher. On les traite alors comme les baies aqueuses et mucilagineuses en leur faisant subir une température assez élevée, puis en les exposant au soleil (en septembre) et en terminant le séchage à une douce chaleur.

Composition chimique. — Le suc des baies, qui constitue aujourd’hui la seule partie servant de base aux préparations pharmaceutiques, contient : rhamnégine, cathartine, acide acétique, mucilage, sucre, matière azotée (D’ H.). Les recherches de Winckler en ont extrait la rhamno-cathartine qui est le principe purgatif. C’est un produit fort complexe composé d’émodine, de rhamnégine, de rhammosine, de gestérine, de rhamnogénine, de rhamnose.

Propriétés thérapeutiques. — Elles sont connues depuis longtemps. Selon le D’ H. Leclerc, Mathiole a enseigné le premier le moyen de préparer avec le nerprun un sirop propre à « évacuer le flegme et les humeurs grosses et visqueuses », mais c’est Alibert qui l’a considéré comme un purgatif très énergique « à réserver aux individus robustes qu’il est difficile d’émouvoir ». Les baies constituent donc un purgatif énergique, drastique qui occasionne des coliques assez vives quand on l’administre en nature. Aussi l’irritation, que les préparations de nerprun causent dans tout le canal intestinal, nécessite-t-elle l’usage, immédiatement après la purgation, d’une boisson mucilagineuse telle qu’eau de veau ou infusion de fleurs de guimauve. L’emploi de ce médicament est indiqué pour obtenir une tris forte purgation dans les paralysies et les hydropisies.

Préparations pharmaceutiques. — La principale est le sirop de nerprun qu’on prépare en chauffant à feu doux parties égales de suc clarifié et de sucre. La dose est de 20 à 60gr.que l’on prend le matin à jeun dans une tasse de thé. Une mixture purgative fréquemment prescrite est la suivante : eau-de-vie allemande r o à 20 gr. ; sirop de nerprun 20 à 40gr.On la prend également dans une tasse de thé ; c’est une purgation qu’il ne faut absorber qu’après conseil d’un médecin.

Le suc clarifié s’emploie à la dose de 15 à 30gr.après l’avoir édulcoré avec du sucre, du miel ou de la mélasse. Le rob ou extrait de nerprun, qui jouit jadis d’une certaine reputation comme dépuratif, était préparé pat évaporation en consistance de miel du suc de nerprun préalablement filtré.

Les baies de nerprun constituent un remède populaire dans les campagnes de certaines régions ; 15 à ’20 baies fraîches suffisent pour produire une foi te purgation. Dans les Vosges, les paysans se purgent en prenant le matin dans leur soupe une trentaine de baies desséchées.

De l’arbrisseau, on a encore employé jadis l’écorce moyenne à laquelle on a reconnu les propriétés émétocathartiques de laBourdaine (Rhamnus frangula), et les feuilles qui, prises en infusion, jouissaient d’une action anti-laiteuse ; elles passaient pour diminuer et meme arrêter la sécrétion lactée des nourrices. Dans cette crainte, on a même attiré l’attention des cultivateurs sur ce fait, en leur recommandant de ne -pas laisser manger ces feuilles par les vaches et les chèvres. Je n’ai pas observé dans les fermes normandes, dont les haies renferment souvent des nerpruns, que l’on ait pris des précautions contre cette très fâcheuse influence, si elle est justifiée.

En dehors de la médecine humaine, la médecine vétérinaire fait un fréquent usage du sirop de nerprun, notamment pour les chiens auxquels on en fait absorber comme purgation, selon la force des animaux, 15 à 60gr.en mélange dans du lait.

L’industrie utilise les baies de nerprun pour la préparation du vert de vessie en faisant agir sur elles la chaux et l’alumine, et l’écorce de l’arbrisseau fournit à la teinture une couleur jaune. La chimie s’est servie du sue de nerprun comme réactif pour reconnaître la présence des acides et des alcalis les acides le rougissent et il verdit par les alcalis. Dois-je rappeler, maintenant qu’elle n’existe plus, la fraude qui consistait à se servir des baies comme colorant du vin, au mépris de la sauté des consommateurs.

Observations commerciales. — Les haies de nerprun fraîches sont vendues aux droguistes et aux pharmaciens des campagnes qui préparent eux-mêmes le suc de nerprun. Les baies sèches ont un cours très variable, 1 fr. 25 à 1 fr.75 le kilogramme ; cependant l’année dernière (1924), l’herboristerie en gros de la région de Lyon les a payées 3 fr. à 3 fr. 50 le kilogramme. Il est à peine besoin de dire qu’elles ne doivent pas, comme cela s’est produit parfois, être mélangées à de petites prunelles et à des baies de troène. La fraude est d’ailleurs Facile à reconnaître, car les prunelles n’ont qu’un . noyau, les baies de troène deux et les baies de nerprun deux à quatre et plus souvent trois.

C’est surtout aux « ramasseurs » de plantes qu’il importe d’apporter la plus grande attention pour ne pas confondre les baies de nerprun et de troène au moment de la récolte ; les premières sont rassemblées à la base des rameaux, tandis que les secondes sont groupées en panicule terminale.

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