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Le laboratoire de St-Vaast-de-la-Hougue

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée N°455 — 15 août 1896

Mis en ligne par Denis Blaizot le mardi 14 octobre 2014

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Le laboratoire maritime de Tatihou
Format A5
34 pages
4,20 €

Un émule de Bernardin de Saint-Pierre s’extasiait un jour sur la bonté de la Providence qui a pris soin de faire passer les cours d’eau précisément au milieu des grandes villes ; il aurait pu, avec autant de raison, lui reprocher de n’avoir pas établi les grands centres scientifiques au bord de la mer ; car si la faune terrestre et celle des eaux douces offrent un choix des plus variés aux travaux du zoologiste, leur richesse est loin d’être comparable à celle de la faune marine, qui comprend des Mammifères, des Reptiles, la plus grande partie des Poissons et des Mollusques, une foule de Crustacés et de Vers, tous les Échinodermes, la plupart des Cœlentérée et un nombre immense de Protozoaires.

En France, la faculté des sciences de Marseille est la seule qui soit établie dans une ville maritime ; celles de Montpellier et de Caen sont très rapprochées de la mer, pas assez cependant pour y entreprendre un travail continu sur le faune marine ; toutes les autres, y compris Paris, la plus importante, en sont à une distance considérable.

C’était là, avant l’invention des chemins de fer, un sérieux obstacle à l’étude des animaux marins, si intéressante et si indispensable pour la comparaison des formes vivantes, La locomotive a remédié en partie à cet inconvénient ; grâce à sa rapidité, les laboratoires reçoivent, presque chaque jour, leur provision d’animaux récemment pêchés, et même parfois conservés vivants dans l’eau de mer.

Mais pour capturer, sur commande, pour ainsi dire, les espèces nécessaires aux travaux des professeurs et des étudiants, pour préparer intelligemment les envois, il faut un personnel dévoué, fixé dans un petit port de pêcheurs, muni d’un outillage spécial et ayant des notions suffisantes de zoologie. D’un autre côté, si les animaux ainsi reçus après un long trajet, sont excellents pour les études anatomiques. Ils ne peuvent être généralement d’aucun secours Pour les travaux physiologiques ; leurs mœurs, les particularités de leur reproduction, de leur développement, ne peuvent s’observer que dans les lieux mêmes où ils vivent, c’est-à-dire au bord de la mer.

Ces diverses raisons, et d’autres encore qu’il serait trop long d’énumérer ici, ont rendu nécessaire la création de laboratoires zoologiques, installés au bord de la mer, dans des villes ou villages en communication rapide avec les centres intellectuels. En France et à l’étranger, leur nombre s’accroît rapidement, et les services qu’ils ont rendus aux naturalistes et à la science sont déjà considérables.
L’un des plus intéressants, à cause de sa situation insulaire, est celui de Saint-Waast-de-la-Hougue (Manche), fondé en 1887, par M. Edmond Perrier ; c’est actuellement une dépendance du Muséum d’histoire naturelle de Paris. Il est installé dans les vastes bâtiments de l’ancien lazaret de l’île de Tatihou, désaffecté et cédé au Muséum par le gouvernement. Le laboratoire et ses annexes sont entourés par un mur d’enceinte percé de nombreuses meurtrières d’un aspect des plus belliqueux ; il entoure une surface énorme, plus de la moitié de l’île. Celle-ci est séparée de Saint-Waast par un bras de mer d’environ 1 200 mètres qui assèche complètement à marée basse, découvrant des parcs à huîtres, au milieu desquels est un passage, le Rhun, permettant d’aller à pied sec à Saint-Waast.

L’établissement se compose d’un grand nombre de bâtiments séparés : maisonnettes pour le concierge, les matelots, le garçon de laboratoire ; maison d’habitation pour le sous-directeur, M. Mallard ; grand corps de logis avec jardin pour le directeur et sa famille, immense hangar servant de magasin, salle des machines, salle des collections, bibliothèque, salle de conférences ; enfin laboratoire proprement dit, que nous reproduisons ici d’après des photographies qui nous ont été obligeamment communiquées par M. Secques.

C’est une maison à deux étages comprenant, au rez-de-chaussée, à gauche, la salle des aquariums d’eau de mer ; à droite la salle de travail en commun pour les étudiants, qui logent dans les mansardes où il n’y a pas de canalisation d’eau.
Au premier étage sont les chambres des élèves ; chaque chambre, meublée très. simplement, possède un lit, une ou deux chaises, et une longue table en ardoise munie, à l’une de ses extrémités, d’un robinet pour l’eau douce et, à l’autre, d’un robinet à eau de mer. Ce bâtiment peut loger 18 personnes. On a songé, en effet, non seulement au travail des élèves, mais encore à leurs besoins matériels, ils peuvent même – ce qui n’existe nulle autre part – prendre leurs repas, moyennant une modique rétribution, sans· sortir de l’établissement. Un bâtiment spécial contient la cuisine et deux réfectoires, l’un pour les étudiants, l’autre pour les professeurs.

L’eau de mer est élevée dans un réservoir par une machine à vapeur ; elle est ensuite répartie constamment aux aquariums.

Pour ses expéditions et pour son ravitaillement, le laboratoire possède deux canots la Comatule et la Favorite, qui attendent les travailleurs dans le petit port de l’île. Pour draguer, en attendant que l’établissement possède un bateau à vapeur convenablement installé, on utilise une barque de pêche montée par trois hommes ; le patron reçoit pour chaque déplacement une indemnité de 25 francs.

Le laboratoire de Saint-Waast, magnifiquement situé dans une région à faune très riche, disposant d’un immense emplacement, et habilement dirigé par l’éminent professeur du Muséum, est appelé à un brillant avenir. Comme tous les laboratoires zoologiques français, il est ouvert aux étudiants et aux savants de tous pays qui en font la demande ; ils y trouvent gratuitement des animaux, des instruments, des réactifs, des livres, des conseils et le logement. On ne saurait en dire autant des établissements scientifiques analogues établis à l’étranger.