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Saules

Ferdinand Faideau, La Science Illustrée N°537 — mars 1898

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 6 septembre 2009

Le mot Saule vient d’un mot sanscrit qui signifie eau ; on le fait aussi dériver du celtique sal lis qui veut dire près des eaux. Ils affectionnent, en effet, pour la plupart, le bord des eaux ; il en est cependant qui végètent sur les pentes élevées des montagnes les plus arides.

Les saules sont connus, utilisés et cultivés depuis l’antiquité la plus reculée. Dans le célèbre psaume Super flumina les Hébreux captifs parlent ainsi : « Assis au bord des fleuves de Babylone, nous versions des larmes en nous souvenant de Sion. Nous avions suspendu nos harpes aux saules du rivage ... »

Ces saules, dont l’espèce a été nommée Saule de Babylone par les botanistes, en mémoire de ce psaume, étaient, chez les anciens, un symbole de tempérance ; ils en jonchaient leurs couches et s’en couronnaient dans plusieurs cérémonies. Ils sont, pour nous, l’emblème de la mélancolie. Les poètes, auxquels tout est permis, affirment que le saule de Babylone aime à tremper « ses longs cheveux dans les flots murmurants » ; ils représentent, aussi l’affliction poétique, la douleur rêveuse ; il est le Saule pleureur qui sc penche, comme un ami, sur les tombeaux.

Le saule d’Ermenonville, qui couvrit longtemps de son ombre les cendres de Rousseau, peut être rangé parmi les célébrités de l’espèce. Il en est de même du saule de Musset planté devant son mausolée au Père Lachaise, sur la demande expresse du poète contenue dans les beaux vers si connus ... « J’aime son feuillage éploré, - la pâleur m’en est douce et chère ... »

Hélas ! le sol du grand cimetière parisien n’est guère favorable à la végétation des saules, et « l’ombre » qu’en reçoit l’auteur des Nuits est, en effet, fort « légère ». Le premier arbre planté par ses amis et ses admirateurs, ne tarda pas à mourir et plusieurs, depuis, ont eu le même sort.

« Si je dois mourir sur ce rocher, disait Napoléon pendant sa dure captivité, qu’on m’enterre au-dessous de ces saules, près du ruisseau. » Les saules de Sainte-Hélène, furent, jusqu’au moment du retour des cendres en 1840, l’objet d’un pèlerinage de la part de tous les navigateurs abordant dans l’île ; jamais ils ne s’en éloignaient sans leur dérober quelques branches, qui étaient ensuite, comme des reliques, distribuées à des amis. « Saules sacrés dont les feuilles, a dit Victor Hugo, s’éparpillent dans l’univers. »

Tous ces souvenirs poétiques auxquels des saules se trouvent mêlés, nous ont peut-être entraînés un peu loin. Revenons à la botanique et proposons-nous d’établir les caractères généraux de ces plantes.

Ce son t des arbres qui atteignent jusqu’à 25 mètres, comme le Saule blanc, ou des arbustes ne dépassant guère un mètre, comme le Saule bleuâtre, ou même des plantes minuscules : le Saule herbacé des Alpes, du Mont-Dore et des régions arctiques varie de 3 à 10 centimètres.

Les régions tempérées et froides de l’hémisphère boréal leur conviennent très bien, mais ils sont rares dans l’hémisphère austral et encore plus entre les tropiques. On en compte en France vingt-cinq espèces ; mais, par la culture, on en a obtenu un grand nombre d’hybrides et de variétés.

Leurs feuilles sont alternes, à limbe entier, penninerve, rarement lobé, à stipules libres, tantôt petites et caduques, tantôt plus grandes et persistantes. A l’extrémité des nervures, elles possèdent une région sécrétante, laissant exsuder un liquide sucré. A cause de cette disposition, les saules sont visités toute l’année par des abeilles ; dès le premier printemps elles butinent sur les chatons dont les bractées sont munies de nectaires ; plus tard, elles cherchent leur nourriture sur les feuilles.

Les saules ont des fleurs unisexuées et sont dioïques ; cependant comme il n’est pas de règle sans exception, on trouve parfois quelques fleurs femelles mélangées aux fleurs mâles de certains chatons. On y rencontre même des fleurs hermaphrodites.

Ces fleurs sont nues et disposées en épis. cylindriques il l’aisselle de bractées très serrées. La fleur mâle comprend au moins deux étamines ; la fleur femelle se compose de deux carpelles latéraux, formant un ovaire surmonté d’un style court et de d eux stigmates. Le fruit est une capsule s’ouvrant en deux valves qui s’enroulent vers le bas. Les graines, très petites, portent de longs poils soyeux qui les enveloppent entièrement et facilitent leur dissémination par le vent : ces filaments les empêchent aussi de se mouiller lorsqu’elles tombent à l’eau et leur permettent de flotter. Elles sont mises, par là même, dans les conditions les plus favorables pour leur germination.

Le Saule à feuilles d’Epine-vinette (SaIix berberifolia), que reproduit notre gravure, est une très belle espèce russe que l’on commence à utiliser pour la décoration des jardins.

Elle diffère profondément de nos espèces françaises par la forme et la disposition de ses feuilles et de ses chatons. Dans un prochain article nous étudierons les principales espèces du genre saule et leurs usages.

F. FAlDEAU.
Salix Berberifolia