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Louis de Bussy (1822-1903)

Henri de Parville, La Nature N°1563 — 9 mai 1903

jeudi 25 mars 2010, par gloubik

Celui que tant d’illustrations scientifiques ont tenu à accompagner mardi 28 avril à sa dernière demeure était presque ignoré du grand public. C’est que doué d’une extrême modestie, dédaigneux du bruit et des honneurs, il sortait peu de son cabinet de travail et on ne le rencontrait guère que dans des circonstances rares, dans les grands Congrès scientifiques, dans des Comités techniques ou encore là où il pouvait rendre des services par sa présence ou faire le bien discrètement. Il a vécu avant tout une vie de labeurs, auprès des siens qu’il affectionnait, au milieu d’une famille charmante. Son frère fut longtemps curé de Saint-Gervais, à Paris ; il est aujourd’hui chanoine de l’église métropolitaine de Notre-Dame. Une de ses filles es religieuse. Son fils Paul est prêtre. Son autre fils capitaine, officier d’ordonnance du général commandant la 39e brigade ; son petit-fils, M. Louis Beard du Désert, enseigne de vaisseau. C’est dans cet entourage pieux et uni qu’il chercha et trouva le bonheur. Pendant quinze ans , chaque lundi, j’eus l’honneur d’échanger avec lui quelques mots pendant les séances de l’Académie des sciences. Son fauteuil était le second à droite du Bureau et
j’étais assis derrière lui. Il manquait très rarement les séances académiques ; il arrivait à sa place vers 3h 15 et tout en écoutant, il travaillait encore sans relâche. Sa conversation était pleine d’esprit. Il était bienveillant, indulgent ; je ne l’ai jamais vu qu’une fois répondre avec certaine vivacité à un inventeur fantaisiste qui voulait. absolument lui faire adopter ses idées. Toujours d’une politesse exquise, il ne regardait pas à prodiguer ses conseils à ceux qui les lui demandaient. Et c’est cet homme de haute valeur, qui a exercé pendant près d’un demi-siècle une véritable influence sur la marine de notre pays, dont le nom a échappé au plus grand nombre alors qu’il excitait l’admiration parmi les ingénieurs du monde entier.

Louis de Bussy était né en 1821 ; il est mort âgé de 82 ans. Bien que fatigué depuis deux ans surtout, il ne portait pas son âge et il avait conservé toutes ses facultés intellectuelles. Après de brillantes études, il était entré à l’École Polytechnique et il en était sorti classé dans le génie maritime. Nous ne suivrons pas les débuts de sa carrière ; il l’a franchie pas à pas, étape par étape, en grande partie à Lorient. C’est seulement vers 1872 que ses travaux le mirent en relief. Il fit les projets et construisit le Redoutable, puis la Dévastation et le Foudroyant qui depuis s’appela Amiral Courbet, Ce fut un grand succès. Il perfectionna considérablement les formes et les cuirasses. Il eut surtout l’honneur d’introduire l’acier dans les constructions navales. Ce fut là un grand progrès. Il fut appelé à Paris où ses mérites le désignèrent comme directeur des Constructions navales. On constitua même pour lui un service spécial isolé des autres. C’est alors qu’il fit construire toute une série de petits avisos du type Forbin, puis des croiseurs torpilleurs du type Faucon, Vautour, Condor, deux croiseurs protégés Davout, Suchet, puis le beau croiseur à flottaison cellulaire, le Dupuy-de-Lome, sa dernière œuvre. Atteint par la retraite, il fut nommé inspecteur général du Génie maritime en retraite. Il fut fait grand officier de la Légion d’honneur. Mais sa carrière était loin d’être finie. Des hommes de cette valeur et de cette trempe sont rares. La Société des ateliers et chantiers de la Loire se l’attacha comme Ingénieur-Conseil. Il fit les plans du Masséna. Mais il continua surtout ses premiers travaux sur les cuirasses en acier ; il fit des expériences importantes sur les aciers au nickel dont la résistance à la perforation a été reconnue si remarquable.

L’Académie des sciences dès 1888 avait voulu honorer Louis de Bussy en lui ouvrant ses portes. L’éminent ingénieur succéda au regretté général Perrier. Nous ne pouvons suivre dans ces quelques lignes la carrière si remplie de M. de Bussy. Nous désirions seulement donner sa place véritable à l’ingénieur qui a bien servi son pays et doté la France d’une flotte qui n’a rien à envier à celle des marines étrangères. Le nom de Louis de Bussy est un de ceux qui doit rester dans la mémoire des Français reconnaissants.

Henri de Parville

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