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Henri de Parville (1838-1909)

Mis en ligne par Denis Blaizot le samedi 26 décembre 2009

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Henri de Parville

Henri de Parville était le pseudonyme de François Henri Peudefer, né à Evreux le 27 janvier 1838 et mort en 1909.

Il fut rédacteur en chef de La Nature à compter de janvier 1897.
Il fut également rédacteur scientifique au Journal Officiel et a publié de très nombreux articles dans les revues La Nature, La science illustrée, la Revue scientifique, au Constitutionnel , au Moniteur , au Journal des débats et correspondant aux Annales .

Nommé chevalier de la Légion d’honneur, à 30 ans, en 1868, il devenait officier en 1900.

On lui doit également :

L’Académie des sciences remet un prix qui porte son nom. Ce prix quadriennal destiné à récompenser des travaux ou un ouvrage d’histoire des sciences ou d’épistémologie.


Le lundi 12 juillet 1909, le journal des débats politiques et littéraires publie le texte suivant :


La mort, après de longues souffrances vaillamment supportées, de notre éminent collaborateur et vieil ami Henri de Parville, est une douloureuse épreuve pour le Journal des débats. C’en sera certainement une pour nos lecteurs aussi. Ils partageront notre deuil car ils appréciaient et aimaient depuis longtemps celui qui nous quitte. De solides liens l’unissaient à eux, qui, depuis de longues années le lisaient chaque semaine ; bien souvent ils se mirent en relations avec lui à propos de ses articles, et beaucoup qui furent de ses correspondants, et, comme il le disait volontiers, de ses collaborateurs, sont ainsi devenus ses amis.

Il occupait une grande place dans le journalisme contemporain ; dans son domaine il fut facile princeps et régna près de 40 ans. C’est qu’il avait l’art de se faire lire, de rendre légères les choses graves, et attrayants, les sujets austères. Évitant les termes et les considérations trop techniques, il dépouillait les questions scientifiques de ce qu’elles ont d’aride et de sec, excellant dans l’art de servir la moelle en gardant pour lui toute la peine de casser l’os.

Ce fut un incomparable vulgarisateur. Nul n’a autant fait que lui pour répandre les connaissances nouvelles.

Dire que les circonstances le servirent n’est nullement diminuer son mérite ; c’est, plus exactement, constater qu’il fut à la hauteur de la situation.

Au moment de son entrée dans le journalisme — cette carrière qui mène à tout, à condition d’en sortir, a-t-on dit, mais qui donne tant de joies que l’on renonce souvent à bien des chose pour y rester, et ce fut le cas de de Parville qui lui resta fidèle jusqu’à son dernier souffle — la science et ses applications commençaient à prendre l’essor que chacun sait.

La matière était abondante, variée, infiniment intéressante ; et le public avait besoin d’être renseigné, pour ses intérêts, pour sa culture, pour son plaisir aussi. A point nommé notre se trouva là pour raconter semaine à semaine, la merveilleuse histoire à mesure qu’elle se déroulait ; et comment il comprit son devoir ; et avec quel talent il sut remplir son rôle d’historiographe de la science, trente-huit années de feuilletons des Débats le font voir.

Il reçut une solide éducation scientifique et avait un goût tout particulier pour l’astronomie et la météorologie. Ingénieur civil des mines, il devint par la suite ingénieur expert près le tribunal. Il s’intéressa aussi à diverses entreprises industrielles en France et à l’étrange. Mais ce ne fut pas là l’essentiel de sa vie.

C’est dans le journalisme qu’il devait le plus dépenser son activité, parce que c’était là que ses talents naturels trouvaient le mieux leur emploi.

Il avait débuté comme écrivain scientifique au Constitutionnel ; il écrivit ailleurs aussi, au Moniteur, à l’officiel, au Correspondant, aux Annales. C’est au mois d’août 1871 qu’il entrait aux Débats, et c’est dans ses feuilletons du mercredi qu’il faut voir la partie la plus importante de son œuvre d’écrivain et de savant. Le meilleur de celle-ci a été réuni, méthodiquement regroupé, dans 28 volumes de Causeries scientifiques, qui resteront, et où l’on trouve l’histoire des progrès des sciences théoriques et appliquées pendant une période où leur évolution a été singulièrement féconde et rapide : un répertoire immense de faits infiniment variés, clairement exposés et expliqués, de faits acquis accompagnés de l’exposé des idées nouvelles et des vues qui s’en dégagent.

Notre collaborateur n’était point homme à limiter volontairement son horizon ; il promenait dans tous les domaines son esprit très averti, sa curiosité toujours en éveil ; de là la variété et l’intérêt de ses articles. Astronomie, médecine, mécanique, biologie, météorologie, technologie, physiologie, anthropologie, industrie, et le reste, tout l’attirait, et partout il découvrait des nouveautés qu’il s’empressait d’exposer à ses lecteurs. Avec quelle conscience, avec quelle aisance et quelle clarté, ils le savent tous et ne l’oublient pas.

Il est un domaine, dans la science, qui l’attira tout particulièrement : la météorologie. Et c’est à lui, et lui seul, qu’est due la notion des « Dates critiques » bien connues de nos lecteurs. Il est d’autant plus nécessaire de le dire que, ces temps derniers, il put sembler que d’autres s’en attribuaient le mérite. La vérité est que l’idée des Dates critiques a été conçue par notre ami en 1860, et publiée en 1863. Il y a donc 46 ans que la notion est acquise, et que les Dates critiques sont publiées par les Débats — et régulièrement reproduites par quelques Observatoires régionaux. Ces dates critiques, reposant sur des données astronomiques, sont celles où se produisent de préférence les mauvais temps, les perturbations générales et aussi les tremblements de terre.

Henri de Parville, en dehors de ses 28 volumes de Causeries scientifiques, a publié d’autres œuvres. L’une d’elles, la clef de la science, en 1889, lui a valu le titre de lauréat de l’Académie française. Dès 1865, il publiait les Habitants de la planète Mars, et un autre, la même année, était consacré aux Découvertes et inventions modernes. En 1867 et en 1869, à propos des deux Expositions Universelles, publiait encore des études d’ensemble sur le bilan de la Science et de l’Industrie, tel qu’il se présentait en ces occasions. En 1882, on avait eu de lui un volume sur l’Électricité et ses applications.

Nommé chevalier de la Légion d’honneur, à 30 ans, en 1868 ( il était né, à Évreux, le 27 janvier 1838), il devenait officier en 1900. Pendant un temps, il dirigea la revue La Nature. Il était membre de la Société des Gens de Lettres, et reçut de la Société d’encouragement nationale une de ses plus hautes récompenses : la médaille d’or.

Notre ami ne tenait pas seulement un rang hors pair dans le journalisme scientifique dont il était le maître par son talent et son autorité ; il avait parmi ses camarades et confrères conquis une place privilégiée qu’il devait à ses qualités de cœur et d’esprit. Nul ne fut plus fidèle en amitié. D’humeur enjouée, spirituel, vif, enthousiaste, infiniment bon et obligeant, il ne comptait que des amis. Nous l’aimions tous.

Ce n’est pas seulement le collaborateur éminent que nous saluons aujourd’hui ; c’est encore l’ami éprouvé, fidèle ; le plus ancien de ceux dont la signature revenait régulièrement dans le journal, notre doyen, celui que nous avions depuis longtemps pris la douce habitude de voir parmi nous, toujours alerte, passionné parfois, mais indulgent et serviable, épris de sa tâche et s’en acquittant toujours à son honneur et à celui de notre maison.

Le Journal des Débats perd le plus vieux de ses amis et l’un de ceux qui l’ont le mieux et le plus sincèrement servi.

Le 24 Juillet 1909, La Nature publie sa nécrologie. Dans aucune des deux revues ne figure la date exacte de sa mort.