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Henri de Lacaze-Duthiers

Henri de Parville, La Nature N°1471 - 3 août 1901

Mis en ligne par Denis Blaizot le jeudi 3 février 2011

Henri de Lacaze-Duthiers

L’amour de la science, la passion des découvertes dépassent en général l’entendement des hommes. Quoi,vous travaillez depuis un demi-siècle et vous ne désirez pas, sur vos vieux ans, prendre votre retraite et jouir enfin de l’existence ! C’est ce que l’on entend dire si souvent à ceux qui ont fait fortune. Ceux-là ont consacré leur existence à amasser de l’argent. C’était le but. La tâche remplie, on s’en va se reposer les mains pleines. On a fructueusement employé son temps dans un but personnel qui n’en a pas moins son influence sur la richesse publique. Mais travailler, étudier à l’âge où les autres se reposent, c’est ce que n’a jamais compris et ne comprendra jamais le commun des mortels. Le véritable homme de science ne se préoccupe pas du but final ; il a la passion de l’étude, la soif de la vérité et il les conserve jusqu’à la mort.

On pourrait citer comme un bon exemple de cette disposition de l’esprit, de cette persévérance dans le culte absolu de la science, l’éminent naturaliste qui vient de s’éteindre à l’âge de 81 ans, le 20 juillet dernier, dans sa modeste propriété de Las-Foul en Périgord, après une maladie de quelques jours. Une semaine avant de s’aliter, Henri de Lacaze-Duthiers poursuivait encore ses recherches dans son laboratoire de Banyuls, dans toute la plénitude du savoir acquis, dans toute cette’ puissance intellectuelle qui faisaient l’admiration et l’étonnement de ses nombreux élèves. Il était resté à 80 ans le maître vénéré et applaudi de tous les zoologistes français.

Le baron Henri de Lacaze-Duthiers était né à Montpezat (Lot-et-Garonne) le 15 mai 1821. Il fit ses études de médecine à Paris, devint interne des hôpitaux et se consacra bientôt par goût à l’étude des zoophytes. En 1854, il fut nommé professeur de zoologie à la Faculté des sciences de Lille. Le gouvernement lui confia alors, sur son désir, une mission sur les côtes de la Méditerranée pour étudier la genèse des coraux. Pendant des mois, il parcourut les côtes algériennes et il revint à Paris avec d’innombrables documents. Nous le voyons encore communiquant ses recherches à l’Académie et dessinant au tableau noir dans leur moindre détail, l’évolution des coraux. Son grand ouvrage « Monographie du corail » fut le point de départ de sa renommée. Il fut nommé maître de conférences à l’École normale supérieure, en 1864 ; l’année suivante, professeur de zoologie au Muséum. En 1868, il changea sa chaire du Muséum contre celle de la Sorbonne. Enfin, en 1871, l’Académie des sciences lui ouvrait ses portes et lui donnait le fauteuil de Louget. La carrière de Lacaze-Duthiers avait été rapide et belle. Il présida l’Académie des sciences et fut aussi élu Membre libre de l’Académie de médecine en 1866.

On lui doit un certain nombre d’ouvrages qui résisteront au temps. En dehors de son « Histoire naturelle du corail », on peut mentionner : l’ « Histoire de l’organisation et du développement des mœurs du Dentale », « le Monde de la mer et ses laboratoires », etc. En 1875, il fonda la Revue intitulée : « Archives de la zoologie expérimentale ». Ses communications à l’Académie sont trop nombreuses pour que nous ne puissions en faire une énumération même abrégée.

On peut avancer qu’il a exercé une influence prépondérante sur le développement de la zoologie. La science l’avait saisi à tel point que, sans compter, il y consacrait tous ses moments et même son argent. Il s’était fait l’apôtre de la zoologie et il ne craignait pas d’aller solliciter des dons pour fonder des laboratoires. On lui doit le premier laboratoire d’été vraiment digne de ce nom à Roscoff, sur le côté nord de la côte de Bretagne. Nous avons décrit ce laboratoire. Un grand nombre de zoologistes de Paris et de l’étranger ont passé des mois à Roscoff à étudier les animaux marins sous
la direction du maître. Après Roscoff, Lacaze-Duthiers créa la belle station de Banyuls-sur-Mer, dans les Pyrénées-Orientales. De ses deniers, et grâce aux libéralités de généreux donateurs, il finit par faire de Banyuls une station modèle : laboratoires, aquariums, bibliothèque de travail, chambres de naturalistes, lumière électrique, cabinets de photographie, scaphandres, bateaux d’exploration, etc. Les étrangers ont reçu à Banyuls une large hospitalité. Ils ont tenu à remercier le fondateur de Roscoff et de Banyuls. Il y a deux ans, dans une fête intime à la Sorbonne, les représentants de l’Université de Barcelone, de Madrid, de Rome, etc., célébrèrent dignement l’œuvre considérable de Lacaze-Duthiers. Le ministre de l’Instruction publique, qui présidait cette cérémonie en quelque sorte internationale, rendit hommage en ces termes au savant zoologiste :

Il est peu de carrières en ce siècle qui aient été aussi brillantes et aussi fécondes que celles de l’illustre maître que nous fêtons aujourd’hui. Les adresses qui lui arrivent de tous les points de l’univers et qui sont signées des plus grands noms dont s’honore notre temps l’attestent avec éloquence.

M. de Lacaze-Duthiers a voué sa vie à la science. Il lui a tout sacrifié : son repos, sa fortune, sa Jeunesse.

Il a eu du moins la pure joie de voir ses travaux couronnés de succès qui accroissent notre patrimoine de gloire nationale... Pour tout dire d’un mot, il a été un initiateur.

Il a ouvert des voies nouvelles. Il y a marché d’un pas sûr, et comme la route était droite et claire le monde savant tout entier l’y a suivi.

Je le prie d’agréer l’hommage d’admiration respectueuse et de reconnaissance que je lui apporte en mon nom personnel et au nom du gouvernement de la République.

Nous l’avons dit : c’est dans son laboratoire de Banyuls que travaillait encore Lacaze-Duthiers quelques jours avant sa mort. C’est à côté de cc laboratoire qu’il a voulu demeurer pour l’éternité.

L’homme était à la hauteur du savant. Sa parole était vive, intéressante, elle a fait de nombreux adeptes à la zoologie. Il savait exposer et donner de l’intérêt à ses communications. Il était aimable, accueillant. Ceux des lecteurs de ce journal qui ont fait partie du « voyage scientifique de La Nature » en 1899 se rappellent encore la réception qu’il réserva aux excursionnistes. Il leur fit visiter tout son laboratoire, les initia aux recherches en cours avec un entrain et une affabilité qui frappa tout le monde. Il avait déjà 78 ans !

La plupart des naturalistes contemporains ont été ses élèves, y compris ceux qui siégeaient à l’Académie à côté de lui. Il continua son enseignement jusqu’à la dernière heure, sans souci de la fatigue, sans compter avec son âge.

La mort de Lacaze-Buthiers laissera un très grand vide à l’Académie, en France et à l’étranger.

Henri de Parville

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