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Gaston Tissandier

Nécrologie publiée dans La Nature N°1372 du 9 septembre 1899

Mis en ligne par Denis Blaizot le samedi 21 février 2009

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C’est sous le coup d’une douloureuse émotion, qu’il nous faut annoncer une bien triste nouvelle. Le fondateur de La Nature vient de s’éteindre après une longue maladie. Gaston Tissandier est mort mercredi 30 août, entouré, de l’affection des siens. C’est une perte. Elle sera ressentie non seulement par ses nombreux amis, mais nous n’en doutons pas, par les fidèles lecteurs de ce journal auquel il consacra la meilleure partie de son existence. Les regrets sont profonds autour de nous, et notre deuil aura de l’écho en France et à l’étranger.

La vie de Gaston Tissandier a été trop courte. Mais s’il disparaît dans la force l’âge, du moins laissera-t-il derrière lui des admirateurs, des amitiés très vives et par-dessus tout un nom honoré et très sympathique. Il a rendu des services à tous, il a été toujours bon et accueillant ; il a encouragé les hésitants et conduit souvent ceux qui avaient désespéré dans le chemin de la fortune. Il a fait des heureux.. Aussi de tous côtés arrivent pour sa mémoire d’innombrables témoignages de gratitude et des hommages que nous accueillons avec piété. Tissandier est de ceux dont il est permis de dire qu’il laissera une trace durable. Il a travaillé avant tout, pour la diffusion des connaissances humaines, n’ayant d’autres préoccupations que d’élever le niveau intellectuel et moral de son pays. Nous ne ferons pas devant cette tombe, encore entr’ouverte, un éloge banal de Tissandier ; il nous semble le voir se dresser devant nous et interdire à notre plume de parler de lui dans le journal qu’il créa et qu’il sut conduire à un succès retentissant. L’œuvre parle assez, en effet, en l’honneur de son fondateur. Nous voudrions simplement rappeler brièvement, et même citer comme un exemple à suivre pour les jeunes, cette existence si dignement remplie.

Gaston Tissandier naquit à Paris le 21 novembre 1843. Son père était conseiller général de la Marne. Il était arrière-petit-fils de Lhéritier de Brutelles, membre de l’Académie des sciences. Il fit de solides études au lycée Bonaparte. Il opta pour les sciences et s’adonna à la chimie. Il eût pu, comme tant d’autres, devenir professeur, fonctionnaire, et s’immobiliser dans une carrière où l’on gravit les échelons à l’heure prescrite.

Tissandier aimait Ia vie libre et était plein d’initiative ; il entendait se faire seul une situation selon ses goûts et ne la devoir qu’à ses mérites personnels. Il entra au Conservatoire des Arts et Métiers dans le laboratoire de M. P.-P. Dehérain ; en même temps il fut un fidèle des cours de la Sorbonne et du Collège de France. Puis la place de préparateur étant vacante au Laboratoire d’essais et d’analyse chimiques de l’Union nationale, il l’accepta. Un an après, à l’âge de vingt et un ans, on le nommait directeur de cet important établissement. Il fut chargé des travaux et des expertises de la Chambre syndicale de produits chimiques de Paris. II trouva encore le temps de poursuivre quelques recherches personnelles. Il découvrit notamment une nouvelle matière colorante jaune tirée du goudron et du marc de pommes.

Passionné pour la Physique autant que pour la Chimie, et convaincu que l’on ne ferait progresser la Météorologie qu’en observant les phénomènes à grande hauteur, il résolut de s’élever dans les airs et d’y porter ses investigations. Cela l’ut le début des ascensions qui rendirent bien vite son nom populaire Il monta en ballon, pour la première fois, avec Duruof le 16 août 1868, et, profitant des courants contraires superposés, il manœuvra de façon à montrer que souvent on pourrait obtenir une sorte de direction naturelle des ballons.

Gaston Tissandier n’a pas exécuté par la suite moins de 44 excursions aériennes, le plus grand nombre avec son frère, notre collaborateur, M. Albert Tissandier, qui de son Côté se faisait connaître, peu après, par ses divers grands voyages d’exploration autour du monde.

La guerre survint. MM. Tissandier exécutèrent quatre ascensions soit pour sortir de Paris, soit pour tenter d’y rentrer ; ensuite ils furent incorporés dans l’armée de la Loire, comme aérostatiers militaires. Après l’année fatale, Gaston Tissandier reprit ses travaux ordinaires et ses ascensions en inaugurant le Zénith. Le 23 mars 1875, il accomplissait le voyage aérien de longue durée qui est resté célèbre dans les annales aéronautiques. En compagnie de Crocé-Spinelli, de Sivel, d’Albert Tissandier et de Jobert, il effectuait le trajet de Paris à Arcachon en restant dans l’air le temps alors inconnu de 25 heures. Trois semaines après, le 15 avril 1875 à une ascension de longue durée, on substitua une ascension à grande hauteur. Celle-là appartient à l’Histoire, hélas ! Gaston Tissandier, Crocé-Spinelli et Sivel partirent seuls. On avait emporté, sur le conseil de Paul Bert, des sacs pleins d’oxygène pour respirer ce gaz quand on parviendrait dans les hautes altitudes. Tout le monde se rappelle encore les évènements ( [1]). Les trois aéronautes atteignirent 8600 mètres. Quand l’aérostat eut pris contact avec le sol, on trouva dans la nacelle deux morts et le troisième aéronaute sans connaissance. Les deux morts. c’étaient Crocé-Spinelli et Sivel ; le troisième Gaston Tissandier. Il faut lire, racontés par le survivant de ce drame, les détails de cette fatale catastrophe.

Un autre aurait renoncé aux aventureuses expéditions à travers l’atmosphère. Gaston Tissandier poursuivit ses recherches et, avec M. Albert Tissandier, recommença ses observations. Le problème de la dimension des ballons n’était pas sans le préoccuper. la solution est liée à la découverte d’un moteur léger et puissant. II fit construire un petit ballon allongé qui se déplaça sous l’action d’un moteur électrique alimenté par des piles. Ce ballon fonctionna pendant toute la durée de l’exposition d’électricité de 1881. Il s’agissait d’un modèle. On recommença ensuite sur plus grande échelle. Avec son frère, et à frais communs, un aérostat allongé fut construit et partit de l’avenue de Versailles, le 8 octobre 1883. Une hélice était mue par un moteur Siemens alimenté à l’aide d’une pile au bichromate. L’air était calme et le ballon évolua facilement. Il put ensuite tenir tête à une brise d’environ 5 mètres à la seconde. La même expérience fut recommencée avec succès le 9 avril 1884. Ces essais servirent de point de départ aux expériences du ballon militaire de Chalais-Meudon.

Les résultats des divers travaux de Gardon Tissandier out été consignés dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences. Il était consulté chaque fois qu’il s’agissait d’expériences aérostatiques. On le nomma président de la « Société française de navigation aérienne », dont il avait reçu en 1876 la grande médaille d’or, fondation Janssen. Son premier mémoire sur l’application de l’électricité à la navigation aérienne fut couronné par l’Académie des sciences. En 1886, il fut nommé membre de la Commission d’aérostation au ministère de la Guerre ; il fut même désigné pour faire partie de la Commission civile d’Aéronautique, fondée en 1880 par le ministre de l’intérieur. Il convient aussi de mentionner au courant de la plume ses Mémoires et son livre sur les « poussières de l’air », et ses expériences photographiques en collaboration avec M. Duconi sur la possibilité de relever le plan d’une région au moyen d’épreuves instantanées.

Auteur il était à ses moments de loisir, car il a publié de nombreux volumes. A la librairie Hachette : l’ « Eau », « Traité de Chimie » avec son maître P.-P. Dehérain, les « Fossiles », la « Photographie »,la « Houille »,la « Navigation aérienne ». A la libraire Masson, les « Récréations Scientifiques » traduites en plusieurs langues et répandues à plus de 25 000 exemplaires ; l’« Océan aérien », études météorologigues, et les « Recettes utiles », la « Science prati­que », « Nouvelles recettes utiles ». A la librairie Maurice Dreyfous les « Martyrs de la Science », les « Héros du Travail », l’ « Histoire de mes ascencions ». Enfin « Souvenirs et récits d’un aérostatier militaire de l’armée de la Loire ». A la librairie Launette et Cie « Histoire des ballons », deux gros volumes illustrés superbement, et plusieurs antres, etc., etc.

Gaston Tissandier était membre de la plupart des Sociétés scientifiques de Paris, vice-président de la Société météorologique, il était membre des jurys de nos grandes Expositions. Il était chevalier de le Légion d’honneur depuis 1872. Enfin, dans sa séance générale du 9 juin 1893, sur un rapport très favorable de M. le colonel Laussedat, la Société d’encouragement pour l’Industrie Nationale lui avait décerné la grande médaille d’Or.

Pour compléter cette esquisse rapide, il nous faut revenir un peu en arriére.

Nous sommes aprés la guerre. On répétait partout que nous avions été vaincus par « le maître d’école allemand ». Un mouvement irrésistible s’était produit en faveur de la science. L’Association française pour l’avancement des sciences venait d’être créée. Elle prenait pour devise significative :« Pour la Patrie et pour la Science ». Gaston Tissandier avait été faire des conférences en province, à Lille, à Arras, à Boulogne, Roubaix, Chartres, etc. La plupart furent publiées. C’est alors qu’il trouva le moment venu de créer un organe indépendant qui diffuserait dans tous les grands centres d’activité intellectuelle les connaissances scientifiques, les découvertes et les inventions. Il avait été collaborateur d’Edouard Charton au Magasin pittoresque. Il résolut de fonder un Magasin pittoresque exclusivement consacré à la science, c’est-à-dire une Revue large­ment illustrée, à la fois élémentaire et savante, rédigée par des spécialistes ayant déjà fait leurs preuves. G. Tissandier fonde La Nature avec son frère Albert et quelques amis. Le titre était bon, et le fondateur principal déjà très apprécié.

A peine né, le journal eut la bonne fortune de trouver un concours puissant. M. Georges Masson s’intéressa au jeune recueil ; il le prit sous son haut patronage, et il n’a pas peu contribué à faire, avec Gaston Tissandier, de La Nature la Revue que l’on sait répandue aujourd’hui dans le monde entier.

C’est bien tristement que nous avons résumé trop brièvement à notre gré cette vie si remplie. Nous perdons personnellement un vieil ami de plus de trente ans. Mais nous avons la confiance qui il n’abandonnera pas la maison qu’il a tant affectionnée. Sa pensée ne nous quittera jamais. Et comme s’il était encore présent au milieu de nous, il aura toujours ici la place qui lui revient de droit le place d’honneur.

Henri de Parville


[1Voy. N°97 du 10 Avril, N°99 du 24 Avril et N°100 du 1er Mais 1875 T1. p. 293,334, 352

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