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L’origine des grandes bibliothèques scientifiques de Paris

Albert de Rochas, La Nature, N°976 - 13 février 1892

Mis en ligne par Denis Blaizot le jeudi 26 février 2009

La plupart des bibliothèques dépendant des grands établissements scientifiques de Paris contiennent des ouvrages anciens ornés de magnifiques reliures dont il est difficile d’expliquer la provenance quand on ignore comment ces bibliothèques ont été formées.

Un des premiers actes de la Révolution française avait été de mettre tous les biens ecclésiastiques à la disposition de l’État (décret du 2 novembre 1789), Parmi ces biens, se trouvaient les riches bibliothèques des couvents qui, pour la France entière, contenaient six millions de volumes, suivant les uns, dix millions, suivant les autres.

L’Assemblée constituante nomma, pour l’inventaire et la distribution des richesses ecclésiastiques, un certain nombre de Comités, dont l’un, dit des Quatre­ Nations parce qu’il tenait ses séances au palais des Quatre-Nations (l’Institut actuel), devait s’occuper plus spécialement des livres ; mais ces Comités disparurent le 30 septembre 1791 avec l’Assemblée constituante sans avoir rien produit.

Un an après, la Convention nationale remplaçait le Comité des Quatre-Nations par la Commission temporaire des arts qui confia à trois bibliophiles (le savant abbé Mercier de Saint-Léger, Arneilhon, bibliothécaire de la ville de Paris, et le libraire de Bure) le soin de rassembler et de classer les livres provenant des bibliothèques ecclésiastiques de Paris et de ses environs immédiats.


La Commission commença par créer trois dépôts comprenant ensemble 250 000 volumes provenant d’une vingtaine de bibliothèques. Ces trois dépôts étaient :

1 ° le dépôt des Capucins-Saint-Honoré à l’emplacement occupé actuellement par l’Hôtel Continental ;

2° le dépôt de Saint-Louis-la-Culture, actuellement église Saint-Paul :

3° le dépôt des Petits-Augustins, actuellement École des beaux-arts.

Mais ces dépôts ne tardèrent pas à devenir insuffisants. En effet, aux bibliothèques ecclésiastiques vinrent s’adjoindre, par décrets du 27 juillet et du 2 septembre 1792, les bibliothèques des émigrés et celles des anciennes institutions scientifiques, artistiques ou littéraires. Les unes et les autres, réunies, atteignaient le chiffre de 1100 et renfermaient plus de 1 800 000 volumes.

On créa alors huit autres dépôts, de telle sorte qu’en nivôse de l’an II, il y avait dans Paris et la banlieue onze dépôts dirigés chacun par un conservateur spécial. C’étaient :

1° le dépôt des Capucins­ Saint-Honoré porté à 200 000 volumes ;

2° le dépôt de Saint-Louis-la-Culture porté à 600 000 volumes ;

3° celui des Petits-Augustins sur lequel on trouvera d’intéressants détails dans le livre publié en 1880 par M. Labiche sous le titre : Notice sur les dépôts littéraires et la Révolution bibliographique de la fin du dernier siècle ;

4° le dépôt des Cordeliers qui reçut, outre les livres des couvents des Cordeliers et de l’abbaye de Saint-Germain, ceux de l’ancienne Société de médecine, des Breteuil, des Larochefoucauld, des d’Aligre, des de Croy, des de Bougé, des Montmorency-Laval, des de Juigné, des Monaco, etc ;

5° le dépôt de la rue de Lille, fourni surtout par les bibliothèques des émigrés de Gramont, de Broglie, de Vergennes, de Caraman, de Condé, de Boisgelin, de Durfort, de Cénac, de Doudeauville, de Noailles, de Castries, de la Fayette, etc., qui reçut aussi celle du garde-meuble et plus tard les livres de Robespierre ;

6° le dépôt de la rue Saint-Marc, établi dans l’ancien hôtel des ducs de Montmorency-Luxembourg, à l’emplacement du passage des Panoramas, contenant 1 000 000 volumes provenant des bibliothèques des émigrés Montmorency-Luxembourg, Penthièvre, d’Orléans, Maupeou, Saint-Simon, Grimm, Lowendal, etc., et plus tard celles de Danton et de Saint-Just ;

7° le dépôt de la rue de Thorigny, établi dans l’ancien hôtel de Juigué devenu l’École centrale, renfermait 66 000 volumes parmi lesquels on remarquait ceux des émigrés, Polignac, d’Espagnac, La Luzerne, Villedeuil ;

8° le dépôt des Enfants de la Patrie, aujourd’hui l’hôpital de la Pitié, avait 60 000 volumes dont 31 000 provenant de l’abbaye de Saint-Victor ;

9° le dépôt de l’Arsenal, le seul resté constitué en bibliothèque, se composait de 120 000 volumes pris en très grande partie au comte d’Artois ;

10° et 11° deux dépôts de banlieue, l’un à Versailles, l’autre à l’abbaye de Saint-Denis.

La première bibliothèque, sortie de ces dépôts, fut celle du Muséum fondée par décret du 22 prairial an 1 (17 juin 1795) ; puis vinrent celles de l’École des ponts et chaussées, de l’Ecole des mines et de l’École centrale des travaux publics.

Cette dernière, qui un peu plus tard prit le nom d’École polytechnique, fut fondée par décret du 21 ventôse an 2 ( 11 mars 1794) et autorisée, par décret du 7 prairial an III (26 mai 1795) à prendre dans les dépôts, après le choix des bibliothèques publiques, les livres dont elle aurait besoin ( Tous les documents relatifs à la formation des bibliothèques de Paris à l’aide des dépôts littéraires, ont été recueillis et classés à la bibliothèque de l’Arsenal sous le titre : Archives des depôts litteraires (manuscrits)). Elle y puisa pendant dix ans et en tira plus de 10 000 volumes parmi lesquels on peut citer une partie des bibliothèques de Mesdames de France, filles de Louis XV, dont les livres étaient reliés en maroquin vert ou rouge par Pasdeloup, la magnifique suite des gravures, dite le Cabinet du Roy, offerte par Louis XVI à M. de Vergennes, son Ministre des affaires étrangêres, de beaux livres militaires provenant des Condé, une histoire de Pologne aux armes du roi Stanislas, une grande partie des fonds de l’ancienne Académie des sciences et de l’ancienne Académie royale d’architecture, des éditions très rares d’anciens mathématiciens, et quelques bijoux comme édition et reliure ayant appartenu au grand historien de Thou ou à madame du Barry.

Mais ses plus beaux ouvrages proviennent de nos conquêtes en Italie.

En vertu du traité de Tolentino passé le 19 février 1797 entre le pape Pie VI et la, République française représentée par le général Bonaparte, le pape s’était engagé à payer une contribution de guerre considérable dont une partie pouvait être soldée en objets d’art, livres et manuscrits.

Une Commission de savants et d’artistes français fut alors envoyée à Rome pour choisir ces trophées destinés à orner nos bibliothèques et nos musées, Monge, un des membres du Conseil de l’École polytechnique, en faisait partie ( La bibliothèque de l’Ecole polytechnique possède la lisle originale des Manuscrits dit Vatican qui furent livrés aux commissaires français. ), et il choisit pour l’Ecole une centaine d’ouvrages du plus haut prix provenant presque tous des bibliothèques particulières de Pie VI et du cardinal Albani et comprenant de grands livres d’architecture et d’archéologie romaine, en exemplaires de dédicace offerts au pape par les dessinateurs et les graveurs, presque tous gouachés à la main et ornés de splendides reliures.

L’une des plus remarquables reliures est celle d’un Vitruve de 1511 dont nous donnons la reproduction (fig. 1). Elle est en maroquin vert et a été exécutée au petit fer pour le célèbre bibliophile Thomas Maioli dont elle porte la marque si fameuse :

avec la devise,

THO. MAIOLI ET AMICORUM

INGRATIS SERVIRE NEFAS

qu’on pourrait traduire,

Il est fâcheux de servir à des profanes.

L’édition elle-même n’est point sans intérêt, car elle est ornée de nombreuses gravures sur bois nous montrant l’antiquité sous un aspect assez imprévu, ainsi qu’on peut en juger par la figure 2, qui représente Archimède pesant la couronne de Hiéron.

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