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La machinerie des temples

A. de Rochas, La Nature N°528 — 14 juillet 1883

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 6 juillet 2014

A. Rich rapporte, dans son Dictionnaire des Antiquités romaines et grecques, au mot Adytum, que beaucoup de temples anciens possédaient des chambres connues seulement des prêtres et qui servaient à la production de leurs prestiges. Il a pu en visiter une parfaitement conservée, à Alba, sur le lac de Fucino dans les ruines d’un temple où elle était ménagée sous l’absis, c’est-à-dire sous la grande niche semi-circulaire qui ordinairement abritait l’image du dieu au fond de l’édifice.

« Une partie de cette chambre, dit-il, s’enfonce en quelque sorte au-dessous du pavé du corps principal du temple (cella) et l’autre s’élève au-dessus. Celle-ci devait apparaître alors aux adorateurs réunis dans le temple seulement comme un soubassement occupant la portion inférieure de l’absis et destiné à tenir dans une position élevée la statue de la divinité dont l’édifice portait le nom. Ce sanctuaire d’ailleurs n’avait ni porte ni communication visible qui ouvrit sur le corps du temple. On n’y entrait que par la porte dérobée d’une enceinte fermée de murs sur les derrières de l’édifice. C’était par là que les prêtres s’introduisaient avec leurs machines sans être vus ni reconnus. Mais il est un fait remarquable, un fait qui prouve sans réplique la destination de l’adytum ; c’est qu’on y trouve une quantité de tubes ou de conduits creusés dans les murs qui communiquent de ce réduit avec l’intérieur du temple, qui aboutissent aux différentes parties des parois de la cella et qui permettent ainsi à une voix de se faire entendre dans tout endroit du temple pendant que la personne et la place d’où partent la voix restent cachés ».

Quelquefois l’adytum était simplement une chambre située derrière l’absis comme dans un petit édifice qui existait encore à Rome au seizième siècle et dont un architecte de cette époque, Labbacco, nous a laissé la description.

Le colonel Fain m’a dit avoir visité lui-même en Syrie un temple antique où l’on avait ménagé, à l’intérieur de tous les murs d’étroits couloirs par lesquels un homme pouvait faire le tour du bâtiment sans être vu.

Dans le temple de Cérès à Eleusis, le pavé de la cella est brut et beaucoup plus bas que le niveau du portique voisin ; de plus les murs latéraux présentent des trous, des rainures verticales et horizontales dont il est difficile de préciser l’usage mais qui servaient peut-être à établir un plancher mouvant comme celui dont parle Philostrate dans la Vie d’Apollonius (I. III, ch. V). « Les sages de l’Inde, dit-il, conduisent Apollonius vers le temple de leur dieu, ·en chantant des hymnes, et formant une marche sacrée. La terre qu’ils frappent en cadence de leurs bâtons, se meut comme une mer agitée et les élève presque à la hauteur de deux pas, puis se rassoit et reprend son niveau ».

Les statues des dieux, quand elles étaient de grandes dimensions, présentaient des cavités dans lesquelles les prêtres pénétraient par des conduits cachés pour ’rendre des oracles (Théodoret , Hist. Eccl., vol. XXII).

On lit dans Pausanias (Arcadica, I. VIII. Ch. XVI) qu’à Jérusalem le tombeau d’une femme du pays, nommée Hélène, avait une porte de marbre comme le reste du monument et que cette porte s’ouvrait d’elle-même, à certain jour de l’année et à une certaine heure, par le moyen d’une machine pour se refermer quelque temps après. « En tout autre temps, ajoute-t-il, si vous aviez voulu l’ouvrir vous l’eussiez plutôt rompue ».

Suivant Pline (XXXVI, 14) les portes du labyrinthe de Thèbes étaient organisées de telle manière que, lorsqu’on les ouvrait, elles faisaient entendre un bruit semblable à celui du tonnerre.

Héron, dans ses Pneumatiques, nous donne l’explication de quelques-uns de ces prodiges.
La figure 1 dont la description porte pour titre : VOICI COMMENT ON PRODUIT LE SON DE LA TROMPETTE QUAND ON OUVRE LA PORTE D’UN TEMPLE, est suffisamment claire pour me dispenser de reproduire ici le texte de l’ingénieur grec. On voit que, lorsqu’on ouvre la porte, un système de cordes, de poulies de renvoi et de tringles fait enfoncer dans un vase plein d’eau une calotte hémisphérique à la partie supérieure de laquelle est fixée la trompette ; l’air comprimé par l’eau s’échappe à travers l’instrument ct le fait sonner. Les figures 2 et 3 sont également empruntées aux Pneumatiques de Héron et correspondent à l’appareil qui a pour titre : CONSTRUCTION D’UNE CHAPELLE TELLE QU’EN ALLUMANT DU FEU LES PORTES S’OUVRENT TOUTES SEULES ET SE FERMENT QUAND LE FEU EST ÉTEINT.

L’autel est creux, comme cela est indiqué en E dans la figure 2 ; quand on allume du feu au-dessus, l’air contenu dans l’intérieur se dilate et vient presser sur l’eau dont le globe, situé au-dessous, est rempli. Cette eau se rend alors par un tube recourbé dans une sorte de marmite suspendue à une corde qui passe sur une poulie et se dédouble ensuite pour s’enrouler sur deux cylindres mobiles sur des pivots et formant le prolongement des axes autour desquels tournent les portes. Autour des mêmes cylindres son t enroulées en sens contraires deux autres cordes qui se réunissent également en une seule, avant de passer sur une poulie. et de pendre verticalement pour soutenir un contrepoids.

Il est clair que, quand l’eau du globe arrivera dans la marmite, la marmite dont le poids sera ainsi augmenté, descendra et tirera la corde ; celle-ci a été enroulée autour des cylindres de manière à faire ouvrir les portes quand elle est tirée dans ce sens.

Voici maintenant comment les portes se refermeront. Le tube recourbé qui met en communication le globe et la marmite forme un siphon dont la plus longue branche plonge dans le globe. Lorsque le feu s’éteint sur l’autel, l’air contenu dans l’autel et dans le globe se refroidit et diminue de volume [1] ; l’eau de la marmite est alors attirée dans le globe ; le siphon, se trouvant ainsi naturellement amorcé, opère jusqu’à ce que toute l’eau de cette marmite soit repassée dans le globe. À mesure que la marmite s’allège, elle remonte sous l’influence du contrepoids ; or les cordes qui l’y relient en passant par les cylindres sont enroulées de manière à faire fermer les portes quand le contrepoids descend.

Héron dit que l’on se sert quelquefois de mercure, an lieu d’eau, parce que le mercure est plus lourd.

A. de Rochas.


[1« quand le feu sera éteint, dit Héron, l’air raréfié s’échappera par les vides des parois du globe et le siphon attirera le liquide contenu dans le vase suspendu afin d’occuper la place des vides qui se sont produits »

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