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La pompe à incendie dans l’antiquité

Albert de Rochas, La Nature N°522 — 2 juin 1883

Mis en ligne par Denis Blaizot le mardi 28 janvier 2014

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Il y avait à Rome un corps de pompiers (Siphonarii) qui faisait partie de la cohorte des gardes de nuit (vigiles), établie par Auguste ; il en fait mention dans une inscription rapportée par Muratori (783-3) et dans le Digeste (t. l, tit. XV, ch. III). Pline le Jeune raconte dans une de ses lettres (liv. X, let. 43) que, lorsqu’il commandait en Bithynie, il voulut organiser 150 ouvriers en compagnie de pompiers ; mais l’empereur Trajan ne voulut point l’autoriser, tant le pouvoir ombrageux des empereurs redoutait les corporations ouvrières.

On attribue l’invention de la pompe aspirante et Coulante à Ctesibius, et Vitruve la décrit (X, 7) sous le nom de Ctesibica machina. Héron d’Alexandrie l’avait décrite avant lui dans ses Pneumatiques. C’est cette description qu’on va lire ; elle est beaucoup plus claire que celle de l’ingénieur romain à cause de la figure qui l’accompagne.

« Pompes dont on sert dans les incendies — Elles se construisent de la manière suivante :
« . On prend deux cylindres (pyxides) de bronze, ABΓΔ et EZHΘ, dont lu surface intérieure est travaillée au tour, comme les pyxides des orgues hydrauliques, pour recevoir un piston ; soient MN et KΛ les pistons correspondants. Les cylindres doivent communiquer entre eux au moyen du tube ΞO et être munis de soupapes Π et P, semblables à celles qui ont été décrites plus haut et qui, situées dans ledit tube ΞO, s’ouvrent à l’extérieur des cylindres. Dans la base de ces cylindres on perce des trous circulaires Ξ et T obturés exactement par des rondelles ΥΦ et XΨ, à travers lesquelles on fait passer des tiges Ω soudées ou fixées de quelqu’autre manière aux bases du cylindre et munies d’un arrêt à leur extrémité pour empêcher les rondelles de s’en aller. — Quant aux pistons ; ils sont fixés à des tiges verticales ξ et ζ qu’on attachera à un balancier απ mobile à son centre autour d’un axe fixe δ ; les tiges ζ et ξ se mouvront elles-mêmes autour des axes β et γ. — Le tube XO doit communiquer avec un autre tube vertical ηθ qui se bifurque en θ et qui est pourvu de tubes emboîtés à travers lesquels on peut chasser l’eau, comme cela a été exposé plus haut dans la description de la machine pour lancer l’eau au moyen de l’air comprimé.
« Maintenant, si les cylindres ainsi disposés sont placés dans un récipient plein d’eau ρστν et qu’on imprime au balancier απ, par ses extrémités α et π un mouvement d’oscillation autour de l’axe δ, les pistons en descendant chasseront l’eau en dehors par le tube ηθ et l’orifice mobile μ. En effet, quand le piston MN monte, il ouvre l’orifice T en faisant monter la rondelle ΥΦ et ferme la soupape P. Quand, au contraire, il descend, il ferme le trou T et ouvre P à travers lequel l’eau est obligé de s’élever. Les mêmes effets se produisent avec le piston KΛ. Le petit tuyau μ qui peut tourner en avant et en arrière permet de lancer l’eau à la hauteur, mais non dans la direction voulue, à moins de déplacer la machine toute entière, ce qui apporte des retards fâcheux lorsqu’on est pressé ; aussi, pour que l’eau puisse être facilement lancée vers le point voulu, on fait le tube ηθ en deux parties soigneusement ajustées l’une à l’autre dans le sens de la longueur ; l’une d’elles se fixe au tube qui est bifurqué en θ. Ainsi, le jet d’eau peut être lancé dans une direction quelconque grâce à la rotation du tube supérieur autour d’un axe vertical et celle de l’orifice μ autour d’un axe horizontal. Le tube supérieur, qui reçoit l’autre à frottement, doit être muni d’arrêts pour ne point être projeté par la violence de l’eau ; ces arrêts seront en forme de Γ, fixés au tube supérieur et pourront glisser sur un anneau fixé au tube inférieur.

On a découvert au siècle dernier à Castrum-novum, près de Naples, une pompe semblable à celle dont on vient de lire la description, mais incomplète.

La pompe à incendie parait avoir été inconnue au moyen âge ; la première mention qu’on en trouve dans les temps modernes remonte à l’année 1518. D’après Beckman (Hist. des inventions), on s’en serait servi à Augsbourg à cette époque. Elles devinrent bientôt communes en Hollande ; un prêtre français, Michel de Saint-Martin, raconte dans sa Relation d’un voyage fait en Flandres(1667) qu’il les a vu manœuvrer par des hommes organisés en compagnies sous le nom de Maîtres du feu. Elles furent introduites en France seulement au commencement du dix-huitième siècle par Dumouriez-Duperrier, à qui Louis XIV en acheta douze pour les donner à la ville de Paris.

A. de Rochas