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Les broméliacées

Jules Poisson, La Nature N°570 — 3 mai 1884

dimanche 25 décembre 2011, par gloubik

Il en est des fleurs comme des vêtements. Dans les pays les plus civilisés de l’Europe la mode se renouvelle, elle est acceptée et s’impose d’une façon irrésistible. Mais si l’engouement de telles ou telles plantes change à courte échéance, les connaissances et le goût des produits naturels ne peuvent qu’y gagner et le commerce horticole se développe d’autant que le caprice varie. — Les fleurs, de tout temps, furent toujours les bienvenues, mais on se lassa des fleurs ou plutôt on chercha des jouissances dans le feuillage des plantes, surtout à l’époque où les fleurs sont rares. De là, la mode des plantes dites d’appartement qui sont devenues les indispensables ornements de l’intérieur le moins somptueux.

Les Broméliacées pourraient revendiquer leurs droits à ce rôle, car elles sont éminemment ornementales par leur feuillage et souvent aussi par leurs fleurs.

Pendant longtemps l’on considéra les Broméliacées comme plantes de serre chaude et d’une culture difficile. Cela est vrai peut-être pour quelques-unes, mais beaucoup d’entre elles, et des plus jolies, s’accommodent très bien d’une serre tempérée. Quant à leur culture, les horticulteurs savent qu’il n’y a pas de végétaux moins exigeants, sauf exception, sur les conditions du sol, car, dans la nature, presque tous sont épiphytes ou tout au moins vivent de l’humus fourni par les arbres en décomposition, ou dans des anfractuosités de roches retenant quelques débris organiques. On a vu même, dans nos serres, certaines Broméliacées végéter et fleurir suspendues par un fil de fer, sans aucun substratum et unique. ment alimentées par l’air humide du local qui leur donnait asile.

Au temps de Linné, on connaissait une quinzaine de Broméliacées. Aujourd’hui on estime leur nombre à 350 réparties en 27 genres.

L’espèce la plus célèbre est, sans contredit, l’Ananas introduit à la suite de la découverte de l’Amérique et qui fut toujours, depuis, l’objet d’une culture soignée. Mais la connaissance des espèces ornementales est relativement récente. L’élégance de leur feuillage, l’éclat et la singularité de leurs fleurs développèrent rapidement le goût de ces jolies plantes. C’est surtout parmi les espèces des genres Vriesia, Hohenbergia, Encholirion, Ananassa, Tilllandsia, Hechtia qu’on recrute les premiers, tandis que c’est surtout les genres Æchmea, Bilbergia, Pitcairnia, etc., qui fournissent les espèces à fleurs ! brillantes, et dont la durée est souvent fort longue.

La plante figurée ci-dessus, le Pitcairnia corallina, est une des plus belles Broméliacées connues. Elle fut introduite de la province de Chaco, en Nouvelle-Grenade, il y a une dizaine d’années, mais elle ne se répandit que lentement dans les cultures. C’est encore une plante de prix et très recherchée des amateurs. Par le feuillage elle est très ornementale, mais sa floraison est son principal attrait. Les fleurs disposées en longues grappes rouge corail sont du plus bel effet et durent plusieurs semaines. Une particularité assez remarquable est l’attitude que prend l’inflorescence, qui se recourbe brusquement en quittant la souche qui lui donne naissance, puis vient reprendre l’horizontale. Par suite de cette courbure, les fleurs recherchant la position verticale qui leur est propre, se trouvent toutes placées vers le côté supérieur de l’inflorescence, laquelle forme ainsi une grappe unilatérale de l’effet le plus étrange et le plus inattendu chez une Broméliacée.

D’autres espèces de cette famille sont ornementales, non par leurs fleurs qui sont quelquefois insignifiantes, mais par les feuilles involucrales les plus rapprochées des lieurs, qui prennent alors une teinte rouge, rose ou orangée des plus saisissantes, et dont on trouve des exemples notamment dans les genres Nidularium, Hohenbergia, Bilbergia, Distiacanthus, etc. Le mérite de ces fausses fleurs est de conserver pendant plusieurs mois leur éclat, ce qui permet de les employer avantageusement pour la garniture dans les appartements.

Nous disions que la culture des Broméliacées était maintenant reconnue facile, il en est de même de leur multiplication qui se fait habituellement par les œilletons qui naissent à la base des plantes adultes ou alors par semis [1]. Une terre légère associée à des débris de mousses ou de Sphagnum, de bois en décomposition, quelques fragments de brique ou de roche poreuse, est ce qui leur plaît le mieux. Les engrais chimiques leur sont favorables et l’on peut, par ce procédé, obtenir, dans des récipients de faibles dimensions, des plantes énormes comparées aux vases qui les reçoivent. Enfin nulles plantes ne sont plus accessibles aux émanations fertilisantes des sels ammoniacaux. Ce fait était constaté déjà dans les serres du duc de Devonshire il y a 35 ans, et le savant qui connaît le mieux les Broméliacées, M. Morren (de Liège), a soin d’avoir dans sa ravissante serre, où il cultive ses plantes favorites, des fragments de carbonate d’ammoniaque qui, en s’évaporant, produisent l’effet le plus satisfaisant sur la santé des végétaux soumis à cette influence.

Il n’y a peut-être pas de plantes dont les graines présentent plus d’élégance et de formes diverses que les différents genres de Broméliacées. Si l’on a à sa disposition une loupe ou un microscope faible on pourra constater sur les espèces à fruits secs, principalement, qui fructifient facilement dans les cultures, que ces graines sont entourées d’une aile membraneuse, ou d’un élégant pinceau de poils, ou d’un appendice démesurément long, suivant les genres, et que ces caractères sont fort utiles par leur constance pour les distinguer les uns des autres.

Disons, en terminant, que parmi les plantes de l’embranchement des Monocotylédones, il n’y en a pas qui aient des fibres aussi fines, aussi soyeuses et solides que les Broméliacées. Si les collections de produits végétaux, que possède le Muséum, pouvaient être exposées en public, on verrait que des fibres des feuilles de ces plantes ont fait, dans l’Amérique centrale, qui semble être la patrie exclusive des Broméliacées, des objets d’un usage journalier, des cordes, des tissus d’une blancheur éclatante, et un jour viendra où l’industrie européenne utilisera ces matériaux comme elle l’a fait de l’Alfa, du Chanvre de Manille, de l’Ortie de Chine, etc., dont l’introduction ne s’est fait que lentement, parce que chez nous la vulgarisation des sciences n’a pas atteint le degré de diffusion dont elle est susceptible.

J.POISSON


[1Un des chefs de culture du Muséum, M. Hamelin, multiplie et fait même fleurir des Broméliacées en plaçant des boutures dans des petits flacons, contenant de l’eau associée à quelques brins de mousse, comme on le ferait pour des boutures de Saule ou de Laurier rose.

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