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Les lampes perpétuelles

A. de Rochas, La Nature N°535 — 1er septembre 1883

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 13 juillet 2014

Les Anciens avaient utilisé dans leurs prestiges, les gaz combustibles qui, en beaucoup de lieux, se dégagent naturellement du sol [1].

L’Arabe Schiangia, dans un passage dont le P. Kircher rapporte le texte, s’exprime ainsi :

Il y avait, en Égypte, un champ dont les fossés étaient pleins de poix et de bitume liquide. Les philosophes qui connaissaient la force de la nature, construisaient des canaux qui faisaient communiquer des endroits semblables avec des lampes cachées au fond de cryptes souterraines. Ces lampes avaient des mèches faites avec des fils qui ne pouvaient se brûler. Par ce moyen, la lampe une fois éclairée, brûlait éternellement à cause de l’affluence continue du bitume et de l’incombustibilité de la mèche.

Il est probable que c’est à un artifice de cette nature qu’étaient dues quelques- unes des nombreuses lampes perpétuelles dont l’histoire nous a conservé le souvenir telles que celle que Plutarque a vue avec admiration en Égypte dans le temple de Jupiter Ammon [2] et celle du temple de Vénus que saint Augustin ne peut expliquer que par l’intervention des démons [3] ; mais la plupart d’entre elles ne devaient leur singularité qu’aux précautions prises par les prêtres pour les alimenter sans être vus. II suffisait, en effet, que la mèche, faite de fils d’amiante ou de fils d’or , se conservât intacte et que le corps de la lampe communiquât avec un réservoir placé dans une pièce voisine, de telle façon que le niveau de l’huile restât constant. Héron et Philon nous ont laissé la description d’un certain nombre de dispositifs permettant d’atteindre ce but [4].

Les mêmes auteurs indiquent également [5] différents procédés pour fabriquer des lampes portatives où l’huile monte automatiquement. Le plus ingénieux est celui qui est connu aujourd’hui sous le nom de Fontaine de Héron [6].

Voici le texte de l’ingénieur alexandrin :

Construction d’un candélabre tel qu’en posant dessus une lampe, lorsque l’huile se consomme, il en vient par la poignée telle quantité qu’on veut, et cela sans avoir besoin de placer au-dessus aucun vase servant de réservoir à cette huile (fig. 1).

Il faut faire un candélabre creux, avec une base en forme de pyramide. Soit ABΓΔ cette base pyramidale et dans cette base une cloison EZ. Soit encore ΞΘ la tige du candélabre qui doit être également creuse ; au-dessus, on place un gobelet KΛ pouvant l’enfermer une grande quantité d’huile. De la cloison EZ part un tube MN qui la traverse et qui arrive presque jusqu’au couvercle du vase KΛ sur lequel est placée la lampe, de manière à laisser seulement un passage pour l’air. Un autre tube ΞO passe à travers le couvercle KΛ et, descend d’une part jusqu’au fond du vase en corbeille (de manière toutefois à permettre à un liquide de s’écouler) et, de l’autre, forme une légère saillie sur le couvercle. À cette saillie on ajuste soigneusement un autre tube II bouché à sa partie supérieure, qui, traversant le fond de la lampe, fait corps avec lui, et se trouve renfermé tout entier dans l’intérieur de la lampe. Au tube II on en soude un autre très fin en communication avec lui et arrivant à l’extrémité de la poignée de la lampe ; ce tube débouche dans la poignée de façon à pouvoir déverser dans l’intérieur de la lampe, celle-ci ayant un orifice de la grandeur habituelle. — Sous la cloison EZ on soude un robinet conduisant dans le compartiment ΓΔEZ de telle sorte que quand il est ouvert, l’eau de la chambre ABEZ passe dans le compartiment ΓΔEZ, Dans la plaque de dessus AB on perce un petit trou par lequel le compartiment ABEZ peut être remplie d’eau, l’air intérieur s’échappant par le même trou.

Maintenant enlevons la lampe et remplissons le gobelet d’huile à l’aide du tube ΞO , l’air s’échappera par le tube MN et ensuite par un robinet qui est ouvert près du fond ΓΔ, quand l’eau qu’il peut y avoir dans le compartiment ΓΔEZ sera écoulée. Posons la lampe sur son pied en l’emboîtant avec le tube Π ; quand il y aura besoin d’y verser de l’huile nous ouvrirons le robinet (lui est près de la cloison EZ ; l’eau qui est dans le compartiment ABEZ descendra dans le compartiment ΓΔEZ et l’air qui est dans celui-ci, refoulé par le tube MN dans le gobelet, fera monter l’huile ; celle-ci passera dans la lampe par· le tube ΞO et celui qui lui fait suite. Quand on veut arrêter l’arrivée de l’huile, on ferme le robinet et l’écoulement cesse. On peut répéter cela aussi souvent qu’il est nécessaire.

Telle était, peut-être, la lampe de Platon, dont Athénée parle dans le Banquet des Sophistes [7], et à l’aide de laquelle l’illustre philosophe parvenait à s’éclairer pendant les plus longues nuits de l’année.

Je ne saurais terminer cet article sans dire un mot d’une découverte qui fit grand bruit, il y a quatre siècles, dans le monde savant.

De nos jours, dit Gesner [8], on a trouvé près de Padoue, un vieux monument où il y avait une urne de terre avec cette inscription :

Plutoni eacrum mantes ne attingite fures ;
Ignotum est vobis hoc quod in orbe latet.
Namque elementa gravi clausii digesta lahore,
Vase sub hoc modico Maximus Olibius
Adsit fecundo custos sibi copia cornu,
Ne tanti pretium depereat laticis.

(Larrons, ne touchez pas à ce don consacré à Pluton.
Vous ne connaissez pas ce que renferme cette urne.
Les éléments digérés par un pénible travail,
Ont été cachés dans ce petit vase par Maximus Olibius.
Que cette féconde corne d’abondance se protège elle-même,
Afin qu’une si précieuse liqueur ne périsse point).

Dans cette urne il y en avait une plus petite sur laquelle on lisait ces paroles :

Abite hinc pessimi fures ;
Vos quid vultis vestris cum oculis emissitiis ?
Abite hinc vestro cum Mercurio
Petasato, caduceatoque
Maximus maximum donum Plutoni hoc sacrum fecit.

(Loin d’ici méchants larrons ;
Que prétendez-vous avec vos yeux investigateurs ?
Retirez-vous d’ici avec votre Mercure,
Armé de son pétase et de son caducée.
Maximus a offert ce don considérable et sacré à Pluton).

Dans cette seconde urne on a trouvé une lampe qui brûlait entre deux petites fioles, dont l’une était d’or et l’autre d’argent et qui étaient toutes les deux pleines de deux certaines liqueurs très pures ...

Il paraît qu’au moment où les paysans mirent au jour la lampe, ils virent une flamme qui s’en échappait et, saisis de frayeur, ils brisèrent le tout à coups de pioche.

Sous le pontificat de Paul II on découvrit également, dans un tombeau attribué à Tulliola, fille de Cicéron, une lampe qui s’éteignit dès que l’air y fut entré.

Dans les deux cas, on se figura que les lampes brûlaient depuis 1500 ans à l’abri de l’air et que l’air les avait éteintes ; il est fort probable que c’est le contraire qui a eu lieu et que les deux tombeaux renfermaient des phosphures de soufre ou quelque matière analogue, susceptible de s’enflammer an contact de l’oxygène de l’air. Ce qui est certain c’est que l’Antiquité possédait un certain nombre de recettes chimiques que les âges suivants ont laissé perdre.

A. de Rochas


[1Il y a, près de Grenoble (Isère), un dégagement de cette nature, connu sous le nom de Fontaine ardente. En Chine et en Amérique on utilise ces gaz inflammables à des usages industriels, (Fournier, Le Vieux-Neuf, t. I., p. 98-103.)

[2Plutarque, De la cessation des oracles, ch. I et III.

[3Saint Augustin, De la Cité de Dieu, t. XXI, p. 6.

[4De Rochas, La Science des philosophes, pages 122-125 ; 215-217.

[5ibidem, pages 143, 186-189, 217.

[6En 1801, Carcel et Carreau appliquèrent le système de la fontaine de Héron aux lampes, sans se douter, peut-être, qu’ils revenaient ainsi à l’appareil primitif.

[7Liv, X V, ch. dern.

[8De lunariis herbis et rebus noctu lucentibus.

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