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L’or alchimique

A. de Rochas, La Nature N°674 — 1er mai 1886

dimanche 30 août 2009, par gloubik

« Assurément, l’existence définitive et immuable de soixante-six éléments distincts, tels que nous les admettons -aujourd’hui , ne serait jamais venue à l’idée d’un philosophe ancien, ou bien il l’eût rejetée aussitôt comme ridicule ; il a fallu qu’elle s’imposât à nous par la force inéluctable de la méthode expérimentale. Est-ce à dire cependant que telle soit la limite définitive de nos conceptions et de nos espérances ? Non, sans doute ; en réalité cette limite n’a jamais été acceptée par les chimistes que comme un fait actuel, qu’ils ont toujours conservé l’espoir de dépasser. »

La phrase que nous venons de citer se trouve dans les Origines de l’alchimie Alchimie , par M. Berthelot (p. 288) ; elle explique comment tant d’hommes distingués usèrent leurs jours à chercher la transmutation des métaux.

Y sont-ils arrivés ? D’excellents esprits assurent que non, parce qu’aujourd’hui, nous ne pouvons décomposer aucun métal malgré les forces infiniment plus puissantes que nous avons à notre disposition, telles que l’électricité et les matières explosives. D’autres retendent que la raison n’est point absolument concluante ; car une foule de procédés industriels se sont perdus et l’on connaissait l’art de transformer l’alcool en vinaigre bien avant d’avoir pu faire l’analyse de ces deux substances ; il est de plus un élément que les modernes, avec leur vie intensive, ne savent plus employer comme autrefois : c’est le temps ; où trouver de nos jours des savants qui s’astreindraient, pour fabriquer la poudre de projection ou pierre philosophale, ce ferment des matières inorganiques, à prolonger une opération pendant des années entières et qui compteraient assez sur l’avenir pour en léguer la suite à leur fils, comme l’ont fait certains adeptes ?

On connaît, du reste, des cas nombreux d’alchimistes ayant, malgré la définition satirique de leur art : ars sine arte, cujus principium mentiri, meediumlaborare et finis mendicare, acquis des richesses considérables dont l’origine s’expliquerait difficilement d’une autre manière : M. Louis Figuier en a rappelé sommairement les principaux dans les pages 462 à 464 de son Histoire de l’alchimie Alchimie .

Je me suis proposé, dans cet article, de faire connaître les monnaies ou médailles frappées avec de l’or qu’on prétend avoir été composé. J’ai eu l’occasion de voir une de ces pièces sur laquelle je reviendrai tout à l’heure ; j’aurais voulu l’acquérir pour la faire analyser, mais le marchand, fixé par moi sur son origine, n’a plus voulu me la vendre ; peut-être un des lecteurs de La Nature sera-t-il plus heureux et arrivera-t-il à jeter quelques clartés sur ce curieux problème en déterminant la nature des alliages qui, probablement, ont servi à tromper le public. Il y a là, du reste, le sujet d’une intéressante collection dont les numismates, ignorant généralement l’histoire des Sciences, semblent n’avoir jamais eu l’idée.

En 1312, Raymond Lulle se rendit dans les îles Britanniques, pour tâcher d’entraîner le roi d’Anngleterre Edouard III et le roi d’Ecosse Hebert Bruce dans une croisade en leur promettant de subvenir par son art à toutes les dépenses de l’expédition. Le roi Edouard, beaucoup plus désireux de voir fabriquer de l’or que de partir pour la Terre Sainte, s’empressa de donner dans la tour rie Londres un laboratoire au célèbre alchimiste qui, ainsi qu’il le dit lui-même dans son testament, y convertit pour une seule fois en or un poids de cinquante milliers de mercure, de plomb et d’étain. Cet or servit à frapper des nobles à la rose dont quelques-uns pesaient jusqu’à dix ducats et avaient par conséquent à peu près la grosseur d’une de nos pièces de 100 francs. La figure 1 représente l’une de ces pièces qui, connues sous le nom de nobles de Raymond, ont été fort recherchées par les collectionneurs anglais.

On ne sait pas au juste à quoi se rapporte l’inscription du revers :

Jesus autem transiens per medium illorum ibat.

Quelques savants supposent que ce fut seulement sous le règne suivant qu’on frappa l’or ainsi fabriqué et que l’inscription rappelle la fuite de Raymond Lulle ; car Edouard, insatiable dans sa cupidité, ne voulait plus laisser partir le malheureux savant qui fut obligé de se sauver en secret et de franchir le détroit sur une barque à travers les vaisseaux du roi.

De 1436 à 1452, le roi Henri VI, l’un des successeurs d’Edouard III, accorda à divers alchimistes le droit de fabriquer de l’or et de l’argent avec les métaux vils ; ce sont vraisemblablement les produits de leur industrie qui servirent à frapper la fausse monnaie dont l’émission provoqua des mesures prohibitives de la’ part du parlement d’Écosse, Un chimiste hollandais du commencement du dix-huitième siècle, Conrad Barchusen, prétend que l’or de Henri VI s’obtenait en plaçant du mercure et du sulfate de cuivre dans un creuset de fer avec un peu d’eau ; le cuivre, mis en liberté par l’action du fer, formait avec le mercure un amalgame qui, lavé et comprimé pour chasser les matières solubles et le mercure en excès, donnait par la fusion un métal de la couleur de l’or, mais plus léger, et recevant facilement l’action du balancier.

Vers la même époque Barbe de Cilley, épouse de l’empereur d’Allemagne Sigismond, femme savante et hardie, mais qui, par ses déportements, a mérité l’épithète de la Messaline de l’Allemagne, prétendit avoir trouvé la pierre philosophale afin de faire accepter à ses sujets un alliage de cuivre et d’arsenic pour de l’argent, et un alliage d’or, de cuivre et d’argent pour de l’or pur, L’alchimiste Jean de Laaz, qui visitait alors les principales villes d’Europe pour se perfectionner dans son art, sollicita de l’impératrice la faveur d’assister à une de ses transmutations ; ayant reconnu la fourberie, il eut la naïveté de lui reprocher d’avilir l’œuvre des adeptes et ce fut 11. grand’ peine qu’il échappa à la prison.

Jacques Cœur obtint du roi Charles VI, en considération du secret qu’il possédait, Il pouvoir de forger monnoie d’argent pur, qui estoient des gros vallant trois sols, surnommez de J. Cœur, au revers desquels il y avait trois cœurs qui étaient ses armoiries, et desquels on en voit quelquefois. » (O. DE PLANIS CAMPY. L’ouverture de l’école de philosophie transmutatoire. (Paris, 1633).

Monconis [1] rapporte qu’un marchand de Lubeck transforma du plomb en cent livres d’or devant le roi de Suède, Gustave-Adolphe, à qui il donna cet or dont on fit frapper des ducats portant d’un côté l’effigie du prince, de l’autre ses armes accolées de signes alchimiques en souvenir de l’origine du métal. Le marchand mourut quelques années après, laissant une fortune énorme, bien que son commerce eût toujours semblé de peu d’importance.

En 1646, le roi de Danemark, Christian IV, nomma son alchimiste particulier, Gaspard Harbach, qui lui fabriqua de l’or avec lequel on frappa des médailles portant pour exergue : VIDE MIRA DOMINI,,1647, au-dessous du signe \bigcirc-\bigcirc désignant le mercure [2] .

Le 15 janvier 1648, un Autrichien nommé Richtausen reçut en .héritage , de l’un de ses amis, une cassette renfermant de la poudre de projection ; avec un grain de cette poudre, le comte de Rütz, directeur des mines de l’empire, transforma à Prague, sous les yeux de l’empereur Ferdinand III et hors de la présence de Richtausen, trois livres ou six marcs de mercure en cinq marcs d’or. Rodolphe fit frapper avec cet or une médaille qui existait encore à la trésorerie de Vienne en 1797 (fig. 2). Elle représentait le dieu du Soleil portant un caducée avec des ailes au pied pour rappeler la formation de l’or par le mercure [3].

En 1650, avec la même poudre, l’empereur fit une seconde projection, à Prague, sur du plomb. La médaille qu’il fit frapper à cette occasion porte l’inscription : AUREA PROGENIES PLUMBO PROGNATA PARENTE.

On la montrait encore, au siècle dernier, dans la collection du château d’Ambras (Tyrol).

Richtausen reçut en récompense le titre caractéristique de baron du Chaos.

En 1706, le général Paykhül fabriqua pour le roi Charles XII de Suède, avec du plomb et quelques grains de sa poudre, sous la surveillance du général d’artillerie Hamilton [4] et du chimiste Hierne, une masse. d’or qui servit à frapper 147 ducats ; une médaille commémorative, frappée à cette occasion avec le même or, était du poids de 2 ducats et portait l’inscription : HOC ACTIUM ARTE CHIMICA CONFLAVIT HOLMIÆ 1706, O. A. V. PAIKHULL.

En 1704, un orfèvre de Leipsick, nommé Stolle, reçut la visite d’un inconnu, qu’on suppose être le célèbre adepte Lascaris, et qui, après une discussion au sujet de la transmutation des métaux, lui laissa comme preuve de sa possibilité un lingot pesant environ une demi-livre qu’il venait, dit-il, de fabriquer ; il le pria de le traiter par l’antimoine afin de le purifier, de le laminer et de le couper en sept pièces rondes. Il en laissa deux à Stolle comme souvenir en y ajoutant 8 ducats.

L’une de ces pièces fut donnée à Auguste, roi de Pologne, et l’autre déposée dans la collection des médailles de Leipsick : elles portaient l’inscription : O TU .... PHILOSOPHORUM, que l’adepte y avait probablement fait graver par l’orfèvre.

En mai 1710, un serrurier de Provence nommé Jean Troins, qui se faisait appeler le sieur Delisle [5]
, fabriqua sous les yeux de M. de Saint-Maurice, président de ,la monnaie de Lyon, au château de Saint-Auban, deux lingots d’or, l’un avec du mercure, l’autre avec du plomb. On essaya d’en frapper des médailles à Lyon, mais le monnayeur le trouva « si aigre qu’il n’a pas été possible de le travailler ». On l’envoya alors à Paris au contrôleur général des finances qui en fit frapper un certain nombre de médailles portant l’inscription : AURUM EX ARTE FACTUM. L’une de ces médailles fut déposée au cabinet du Roi et le carré existait encore à la monnaie, en 1762, d’après Lenglet-Dufresnoy.

La figure 3 représente une pièce que j’ai eue entre les mains et dont j’ai pu prendre l’estampage. Bien que l’inscription ne soit pas identique à celle qu’indique cet auteur, il est très probable qu’elle provient du métal de Delisle [6] ; sa densité est ensiblement différente de celle de l’or, ce qui l’avait fait classer parmi les jetons sans valeur : quelques points de vert-de-gris ont disparu sous l’action de l’acide azotique qui n’a point attaqué le reste de la surface. Delisle fabriqua également dans les mêmes circonstances, mais avec une poudre différente, un lingot d’argent avec lequel on frappa à Lyon deux écus, deux demi-écus, cinq quarts et trois pièces de dix.

En 1717, le landgrave Ernest Louis de Hesse-Darmstadt, qu i se livrait en amateur à l’alchimie Alchimie , reçut par la poste une petite caisse renfermant deux paquets de poudre, l’une rouge, l’autre blanche, avec une instruction sur la manière de les employer. Il put alors se donner le plaisir de changer lui-même du plomb en or et en argent. Avec l’or il fit battre quelques centaines de ducats qui portaient d’un côté son nom et son effigie, de l’autre le lion de Hesse et ses deux initiales E. L. Avec l’argent, il fit frapper cent thalers portant aussi d’un côté son nom et son effigie, et de l’autre l’inscription : SIC DEO PLACUIT IN TRIBULATIONIBUS, 1717, avec le lion de Hesse et ses initiales E. L. entourées de quatre couronnes.

Ces opérations il l’en t tant de bruit que l’Académie des sciences s’en émut : en 1722, le chimiste Geoffroy fut chargé de montrer à la docte compagnie comment ces choses extraordinaires n’étaient que le produit de la supercherie. Voici un extrait de son rapport lu dans la séance du 15 avril.

... Comme leur principale intention est, pour l’ordinaire, de faire trouver de l’or ou de l’argent en la place des matières minérales, qu’ils prétendent transmuer, ils se servent souvent de creusets ou de coupelles doublées, ou dont ils ont garni le fond de chaux d’or ou d’argent ; ils recouvrent ce fond avec une pâte faite de poudre de creuset incorporée avec de l’eau gommée ou un peu de cire : ce qu’ils accommodent de manière que cela paraît le véritable fond du creuset ou de la coupelle.

D’autres fois ils font un trou dans un charbon, où ils coulent de la poudre d’or ou d’argent, qu’ils referment avec de la cire ; ou bien ils imbibent des charbons avec des dissolutions de ces métaux, et ils les font mettre en poudre pour projeter sur les matières qu’ils doivent transmuer.

Ils se servent de baguettes, ou de petits morceaux de bois creusés à leur extrémité, dont le trou est rempli de limaille d’or ou d’argent, et qui est rebouché avec de la sciure fine du même bois. Ils remuent les matières fondues avec la baguette qui en se brûlant. dépose dans le creuset le métal fin qu’elle contenait.

Ils mêlent d’une infinité de manières différentes l’or et l’argent dans les matières sur lesquelles ils travaillent : car une petite quantité d’or ou d’argent ne paraît point dans une grande quantité de métaux, de régule d’antimoine, de plomb, de cuivre, ou de quelqu’autre métail.

On mêle très aisément l’or et l’argent en chaux dans les chaux de plomb, d’antimoine et de mercure.

On peut enfermer dans du plomb des grenailles ou des lingots d’or et d’argent. On blanchit l’or avec le vif argent, et on le fait passer pour de l’étain ou pour de l’argent. On donne ensuite pour transmutation l’or et l’argent qu’on retire de ces matières.

Il faut prendre garde à tout ce qui passe par les mains de ces sortes de gens, Car souvent les eaux-fortes, ou les eaux régales qu’ils emploient, sont déjà chargées de dissolutions d’or et d’argent. Les papiers dont ils enveloppent leurs matières sont quelquefois pénétrés de chaux de ces métaux. Les cartes dont ils se servent peuvent cacher de ces chaux métalliques dans leur épaisseur. On a vu le verre même sortant des verreries chargé de quelque portion d’or, qu’ils y avaient glissé adroitement, pendant qu’il était encore en fonte dans le fourneau.

Quelques-uns en ont imposé avec des clous moitié fer, et moitié or, ou moitié argent. Ils font accroire qu’ils ont fait une véritable transmutation de la moitié de ces clous, en les trempant à demi dans une prétendue teinture. Rien n’est d’abord plus séduisant ; ce n’est pourtant qu’un tour d’adresse. Ces clous qui paraissent tout de fer, étaient néanmoins de deux pièces, une de fer et une d’or ou d’argent, soudées au bout l’une de l’autre très proprement, et recouvertes d’une couleur de fer qui disparaît en la trempant dans leur liqueur. Tel était le clou moitié or et moitié fer qu’on a vu autrefois dans le cabinet de M. le grand-duc de Toscane. Tels sont ceux que je présente aujourd’hui à la Compagnie, moitié argent et moitié fer. Tel était le couteau qu’un moine présenta autrefois à la reine Elisabeth en Angleterre, dans les premières années de son règne, dont l’extrémité de la lame était d’or ; aussi bien que ceux qu’un fameux charrlatan répandit il y a quelques années en Provence, dont la lame était moitié argent, et moitié fer. Il est vrai qu’on ajoute que celui-ci faisait cette opération sur des couteaux qu’on lui donnoit, qu’il rendoit au bout de quelque tems, avec l’extrémité de la lame convertie en argent. Mais il y a lieu de penser que ce changement ne se faisoit qu’en coupant le bout de la lame, et y soudant proprement un bout d’argent tout semblable.

On a vu pareillement des pièces de monnoye, ou des médailles moitié 01’ et moitié argent. Ces pièces, disait-on, avaient été premièrement, entièrement d’argent : mais en les trempant à demi dans une teinture philosophale, ou dans l’élixir des philosophes, cette moitié qui avoit été trempée s’étoit transmuée en or, sans que la forme extérieure de la médaille, ni les caractères eussent été altérés considérablement. Je dis que celle médaille n’a jamais été toute d’argent, du moins celte partie qui est d’or, que ce sont deux portions de médailles, l’une d’or, et l’autre d’argent, soudées très proprement, de manière que les figures et les caractères se rapportent fort exactement : ce qui n’est pas bien difficile. Voilà de quelle manière cela se fait, ou plutôt, voici de quelle manière je jouerais cc jeu, si je voulois en imposer. II faut avoir plusieurs médailles d’argent semblables, un peu usées : on en modellera quelques-unes en sable, qu’on jettera en or : il n’est pas même nécessaire qu’elles soient modellées dans un sable trop fin.

Pour lors on coupera proprement une portion d’une des médailles d’argent, et une pareille portion d’une des médailles d’or. Après les avoir appropriées avec la lime, on soudera exactement la partie d’or avec la partie d’argent, prenant soin de les bien ajuster, enserre que les caractères et les figures se rapportent autant qu’il sera possible, et s’il y a quelque petit défaut, on le réparera avec le burin.

La portion de la médaille qui se trouve en or, ayant été jetée en sable, paraît un peu grenue, et plus grossière que la portion de la médaille, qui est en argent, et qui a été frappée, mais on donne ce défaut comme un effet, ou comme une preuve, de la transmutation, parce qu’une certaine quantité d’argent, occupant un plus grand volume qu’une pareille quantité d’or, le volume de l’argent se retire un peu en se changeant en or, et laisse des pores oui des espaces, qui forment le grenu, Outre cela, on a soin de tenir la partie qui est en or, un peu plus mince que l’argent, pour garder la vraye semblance, et ne mettre Qu’autant d’or à peu près qu’il y avoit d’argent. Outre cette première médaille, on en préparera une seconde de cette façon.

On prend une médaille d’argent, dont on émincit une moitié, en la limant dessus et dessous sans toucher à l’autre, de sorte que la moitié de la médaille soit conservée entière, et qu’il ne l’este de l’autre moitié qu’une lame mince, de l’épaisseur environ d’une carte à jouer. On a une pareille médaille en or qu’on coupe en deux, et dont un prend la portion dont on a besoin, on la scie en deux dans son épaisseur, et l’on ajuste ces deux lames d’or de manière qu’elles recouvrent la partie émincie de la médaille d’argent, en observant que les figures et les caractères se rapportent : par ce moyen on a une médaille entière, moitié argent et moitié or, dont la portion d’or est fourrée d’argent.

On présente celle médaille comme un exemple d’un argent, qui n’est pas totalement transmué en or, poUt’ n’avoir pas trempé assez longtems dans l’élixir.

On prépare enfin une troisième médaille d’argent, dont on dore superficiellement la moitié dessus et dessous, avec l’amalgame de mercure et d’or, et l’on fait passer cette médaille pour nn argent qui n’a trempé que très peu de tems dans l’élixir.

Lorsqu’on veut jouer ce jeu, on blanchit l’or de ces trois médailles avec un peu de mercure, en sorte qu’elles paroissent entièrement d’argent. Pour tromper encore mieux, celui qui se mêle de ce métier, et qui doit çavoir bien escamoter, présente trois autres médailles d’argent, toutes semblables et sans aucune préparation ; et les laisse examiner à la Compagnie qu’il veut tromper. En ,les reprenant il leur substitue, sans qu’on s’en apperçoive, les médailles préparées ; il les dispose dans des verres, dans lesquels il verse suffisante quantité de son précieux élixir à la hauteur qui lui convient, il en retire ensuite ses médailles dans des tems marqués. Il les jette dans le feu, il les y laisse assez de tems pour taire exhaler le mercure, qui blanchissoit l’or. Enfin il retire du feu ces médailles, qui paroissent moitié argent, et moitié or, avec celle différence, qu’en coupant une petite portion de chacune dans la partie qui paraît or, l’une n’est dorée qu’à la surface, l’autre est d’or à l’extérieur et d’argent dans le cœur, et la troisième est d’or dans sa substance.

La chimie fournit encore à ces prétendus philosophes chimistes, des moyens plus subtils pour tromper.

Telle est une circonstance particulière que l’on raconte de l’or d’une de ces prétendues médailles transmuées, qui est que cet or ne pesoit guère plus qu’un égal volume d’argent, et que le grain de cet or étoit fort gros, peu serré ou rempli de beaucoup de pores. Si cela est vrai dans toutes ces circonstances, comme on l’assure, c’est encore une nouvelle imposture qu’il n’est pas impossible d’imiter, On peut introduire dans l’or une matière beaucoup plus légère que ce métal, qui n’en altérera point la couleur, et qui n’abandonnera l’or, ni dans le départ, ni dans la coupelle ...

Je serais très reconnaissant aux personnes qui voudraient bien me communiquer des renseignements sur ce sujet curieux, et spécialement les estampages des médailles dont je me suis borné à faire mention.


[1Voyage d’Allemagne, tome II, p. 379. - Lyon, 1666.

[2L’arsenic ( , le mâle), fut un des premiers corps sur lesquels on opéra pour arnver à la transmutation, Les vapeurs d’arsenic blanchissent en effet le cuivre (considéré comme élément femelle, dédié à Vénus, et représenté par le signe ) en formant un arséniure, et cette altération fut longtemps regardée comme un commencement de transmutation. De là une énigme grecque se l’apportant au mot arsenicon, et qu’on trouve dans les livres sibyllins.

En voici la traduction :

J’ai neuf lettres, je suis de quatre syllabes ; connais-moi.
Chacune des trois premières a deux lettres,
Le reste a les autres lettres et il y a dix consonnes ; Les centaines de tout le nombre sont deux fois huit
Et trois fois trois dizaines puis sept. Si quelqu’un me devine,
Par moi il connaîtra la sagesse.

Un manuscrit de la bibliothèque de l’Arsenal, intitulé La cabale intellective, nous a conservé des vers mnémoniques désignant la correspondance adoptée par les alchimistes entre les métaux et les planètes.

Le Soleil marque l’or, le vil-argent Mercure ;
Ce qu’est Saturne au plomb, Vénus est à l’airain ;
La Lune de l’argent, Jupiter de l’étain,
Et Mars du fer, sont la figure

.

[3Sur l’une des faces de cette médaille, on lisait l’inscription suivante : Divina metamorphosis exhibita Pragœ, 15 jan. A°. 1648, in prœsentia sac. cæs. rnajest. Ferdinandi Tertii. Sur l’autre face : Raris hoc ut hominibus est ars : ita raro in lucem prodit : laudetur Deus in æternum, qui partem suæ infinitæ potentiæ nobis suis abjectissimis creaturis communicat.

[4Berzelius a donné quelques détails sur cette transmutation dans son Traité de chimie (t. VIII, p. 7, trad. de Jourdan), d’après les papiers que lui avait communiqués l’un des descendants du général Hamilton.

[5On accuse Delisle d’avoir été le domestique de Lascaris et de l’avoir assassiné en Savoie pour lui voler sa poudre. C’est après ce méfait, en 1706, qu’il se serait établi à Sisteron, où il se maria et acquit bientôt dans le pays une grande notoriété en changeant en or ou en argent une partie de menu objets en fer ou en acier tels que clous, couteaux, boucles de souliers, anneaux, etc., dont on retrouverait probablement quelques-uns dans le pays, si l’on se donnait la peine de les chercher. Delisle résida successivement à Sisteron, au château de la Palud, à Digne, où il enrichit, dit-on, un marchand nommé Taxis, à Castellane, à Senèz, où il opéra à plusieurs reprises devant l’évêque.

[6Il serait possible cependant que ce fût un jeton satirique analogue à celui qui fut frappé en Angleterre en 1815, au moment où Napoléon partit pour Sainte-Hélène. Ce jeton avait complètement l’apparence d’une pièce de 20 francs présentant d’un côté l’effigie de l’empereur et de l’autre un navire, avec l’inscription : C’est du cuivre. (Catalogue de Van Peteghen. Numismatique, n° 1, 1874, n° 44.)

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