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Le laboratoire de Lavoisier

T. Obalski, La Nature N°1449, 2 Mars 1901

Mis en ligne par Denis Blaizot le lundi 13 avril 2009

Le créateur de la. chimie moderne, l’homme de génie qui enrichit d’admirables découvertes l’une des sciences les plus utiles au bien-être de l’humanité, Antoine-Laurent Lavoisier, naquit à Paris le 16 août 1743 d’une famille de financiers ; il reçut l’éducation la plus brillante et la plus complète, Son père réunissait pour lui, dans sa maison, les hommes les plus distingués dans les sciences ; ce fut ainsi que le jeune Lavoisier étudia l’astronomie sous l’abbé de Lacaille, pratiqua la chimie dans le laboratoire de Rouelle, suivit Bernard de Jussieu dans ses herborisations et ses démonstrations botaniques.

Il publia, en 1763, à peine âgé de vingt ans, un Mémoire sur le meilleur système d’éclairage pour Paris, et obtint le prix qui avait été proposé sur ce sujet. Un autre Mémoire sur les couches des montagnes contribue, avec le premier, à le faire entrer à l’Académie des sciences en 1768.

En 1769, ayant obtenu une place de fermier général il se mit à procéder, dans le laboratoire qu’il organisa à l’Arsenal, aux grandes et belles expériences de chimie et de physiologie qui lui conquirent la juste renommée attachée à son nom.

Le laboratoire, tel que nous le connaissons aujourd’hui, n’existait pas dans les siècles passés. Le laboratoire des alchimistes n’avait rien de commun avec nos salles d’études, vastes, bien éclairées, bien ordonnées.Au siècle dernier, le laboratoire du physicien présentait un certain pittoresque avec ses appareils encombrants dont l’ornementation jouait presque un aussi grand rôle que le mécanisme, ces appareils ouvragés étaient de beaux meubles d’apparat, car le laboratoire était plutôt un salon, une salle de réunion intime pour les initiés amis du maître, qu’un lieu de travail pratique ; la discussion jouait un plus grand rôle que l’expérimentation. La science était alors une sorte de chose secrète, on s’enfermait pour se livrer à des études ou des expériences et bien peu de faits de ces conciliabules et discussions étaient dévoilés au public.

Les choses sont bien changées ; nos laboratoires sont grands ouverts ; fournis d’appareils de précision les moins encombrants possible et le travail de la pensée y cherche une forme palpable d’où germeront des découvertes, des inventions pratiques pouvant doter l’industrie d’une méthode rationnelle de production, d’un nouveau progrès souvent cause de richesse et de bien-être d’un pays.

Le laboratoire de Lavoisier était un cabinet de physique mieux pourvu que ses devanciers et un peu plus ouvert que ceux des autres savants ; on y tenait cependant comme autrefois salon, et les appareils avaient encore l’aspect architectural ; pourtant on y sentait qu’un esprit supérieur le dirigeait : des appareils nouveaux, plus pratiques, étaient rigoureusement établis et servaient à de véritables et ingénieuses recherches scientifiques que le maître poursuivait entouré d’initiés et de quelques savants lors de grandes expériences. La femme de Lavoisier présidait ces réunions savantes, et elle-même dessinait l’ensemble de ces expériences : c’est ainsi que l’on a pu reconstituer le laboratoire du créateur de la chimie, même avec ses appareils dont quelques-uns ont été pieusement conservés par son parent, M. de Chazelles.

Quoique la vie de Lavoisier fût très remplie par les occupations de ses charges publiques, il passait plusieurs heures chaque jour dans son laboratoire, le soir et le matin, et un jour de la semaine était consacré en entier à constater par des expériences les vues qu’avaient fait naître ses études et ses méditations. Ce jour-là, il réunissait, dans son laboratoire, quelques amis éclairés dont il réclamait la coopération ; il y admettait même des jeunes gens en qui il avait reconnu de la sagacité, et les ouvriers les plus habiles à fabriquer des instruments exacts. Dans ces conférences il faisait part de ses plans aux assistants avec une grande netteté ; chacun proposait ses idées sur les moyens d’exécution, et tout ce qu’on imaginait de plausible était aussitôt mis à l’épreuve.

Mme Lavoisier était la compagne et la collaboratrice des travaux de son mari, elle savait non seulement dessiner, ce que prouvent surabondamment les planches qu’elle fit pour le Traité de chimie de son mari (publié en 1789), mais elle peignait encore non sans talent ; ayant appris la peinture sous la direction de David, On Conserve d’elle, aux États-Unis, un intéressant portrait de Franklin.

Nous reproduisons un dessin de Mme Lavoisier où elle s’est représentée elle-même écrivant devant une table dans le laboratoire de son mari, pendant que celui-ci et Séguin font une expérience sur les phénomènes de la respiration.

Nous donnons aussi un portrait de M. et Mme Lavoisier peint par David en 1788 qui représente l’illustre savant assis près de sa femme ; la plume à la main il semble recueillir ses paroles. Elle l’accompagnait souvent dans son laboratoire de l’Arsenal dont les registres qui ont été conservés renferment de nombreuses pages écrites de sa main.

Nous n’avons point ici à faire l’historique des travaux de Lavoisier, nous citerons cependant les lignes suivantes de Cuvier, son contemporain, qui tracent un tableau complet de l’origine et des progrès d’une découverte qui changea la face de la chimie, et qui couvrit le nom de Lavoisier d’une gloire immortelle.

« C’est dans son laboratoire d’étude de l’Arsenal, que naquit par degré la nouvelle théorie chimique qui a fait de la fin du dix-huitième siècle une des époques les plus remarquables de l’histoire des sciences. Becher et Stahl ne donnant d’attention qu’à la facilité de ramener les chaux métalliques à l’état de métal par le moyen d’une matière grasse ou combustible quelconque, avaient imaginé, comme principe de la combustibilité, une substance particulière qui reçut le nom de Phlogistique, et que l’on supposait sortir du métal lorsqu’on le calcine, et y rentrer quand on le revivifie. Cependant il était certain et bien connu que la chaux d’un métal est plus pesante que le métal avec lequel on l’a faite, et, dès le dix-septième siècle, Jean Rey, Robert Boyle et Jean Mayow avaient aperçu que cette augmentation de pesanteur est due à l’absorption d’une partie de l’atmosphère ; mais leurs idées avaient été éclipsées par celles de Stahl, qui dominaient absolument en chimie. Les découvertes qui se firent sur les airs, en Angleterre, pendant la première moitié du dix-huitième siècle, et auxquelles Black, Cavendish et Priestley donnèrent ensuite l’extension la plus surprenante, n’influèrent pas d’abord sur la chimie autant qu’on aurait dû s’y attendre. Déjà Black avait démontré que la causticité de la chaux et des alcalis est due à l’absence de l’air fixe ; Cavendish, que l’air fixe et l’air inflammable sont des fluides spécifiquement différents de l’air commun ; Priestley, que l’air qui demeure après les combustions, et celui qui provient de l’acide nitrique, en sont tous deux également différents dans leur espèce, et personne n’avait encore remarqué que tous ces faits ruinaient de fond en comble le système du phlogistique. Ce ne fut que six ou sept ans après les premières expériences de Priestley que Lavoisier fut frappé comme du pressentiment de la doctrine, qu’il devait bientôt mettre dans le plus beau jour. Il en déposa le premier germe dans un paquet cacheté, qu’il remit au secrétariat de l’Académie, en 1772. Retirant beaucoup d’air fixe de la revivification des métaux par le charbon, son idée fut que la calcination des métaux n’est que leur combinaison avec l’air fixe, et il chercha encore à établir cette opinion dans un volume présenté à l’Académie en 1775, et publié sous le titre d’Opuscules physiques et chimiques. Cependant cet ouvrage même contient sur la combustion du phosphore des expériences qui prouvent suffisamment que cette théorie ne pouvait être générale : aussi dut-elle bientôt être modifiée. En 1774, Bayen ayant réduit des chaux de mercure sans charbon dans des vaisseaux clos, Lavoisier examina l’air que l’on obtenait de cette manière et le trouva respirable. Peu de temps après Priestley découvrit que c’était précisément la seule partie respirable de l’air. Aussitôt Lavoisier conclut que la calcination et toutes les combustions sont le produit de l’union de cet air, essentiellement respirable, avec les corps et que l’air fixe, en particulier, est le produit de son union avec le charbon ; et, combinant cette idée avec les découvertes de Black et de Wilke sur la chaleur latente, il considéra la chaleur qui se manifeste dans les combustions, comme n’étant que dégagée de cet air respirable, qu’elle était auparavant employée à maintenir à l’état élastique. Ces deux propositions constituent ce qui appartient absolument en propre à Lavoisier dans la nouvelle théorie chimique, et font en même temps la base et le caractère fondamental de cette théorie. La première fut nettement énoncée dès l’année 1775. »

En 1785. Cavendish ayant reconnu que par la combustion de l’air inflammable, on obtenait de l’eau, Monge, qui partageait cette idée la communiqua à Lavoisier et à Laplace, et tous trois en conclurent que l’eau devait pouvoir se décomposer en air inflammable et en air respirable. Lavoisier fit à ce sujet, avec Meusnier, en 1784, des expériences qui confirmèrent cette théorie.

Les découvertes et les expériences de Lavoisier et des autres savants avaient créé une chimie nouvelle,qu’il fallait coordonner, et pour laquelle il fallait innover un langage. Lavoisier établit sa nomenclature et s’entendit avec les savants pour la faire adopter ; à cette fin, il publia, en 1782, un dictionnaire de chimie sous le titre de Méthode de nomenclature chimique, substituée aux termes bizarres et mystérieux que la chimie ancienne avait empruntés à l’alchimie Alchimie . Cette terminaison plus simple, plus claire, et qui avait fondu en quelque sorte les. définitions dans les noms, contribua puissamment à la propagation de la doctrine nouvelle, mais ce qui y contribua encore beaucoup plus , ce fut le Traité élémentaire de chimie, que Lavoisier publia en 1789.

Lavoisier, arrêté en 1794, avec les autres fermiers généraux, fut traduit devant le tribunal révolutionnaire, condamné à mort le 8 mai et exécuté le même jour. Nous devons rendre, ici, à Mme Lavoisier, la collaboratrice des travaux de son mari ; un hommage qui lui est dû.

Mme Lavoisier était fille du fermier général Paul d’Ivoy, elle fut mariée à l’âge de 14 ans en 1761 à Lavoisier qui en avait 28. La très jeune femme vive et intelligente se mit au travail pour aider son mari dans ses études. Elle apprit le latin, l’anglais, traduisit les Mémoires de Priestley, de Cavendish, etc., publia les traductions des deux ouvrages de Kirrwan, l’un sur la force des acides (sans date) et l’autre sur le phlogistique (1788) qu’elle réfuta. Travaillant avec son mari dans son laboratoire elle grava les planches du Traité de chimie (1789).

En 1794, son père et son mari meurent le même jour sur l’échafaud révolutionnaire. Onze ans après, Mme Lavoisier put, à elle seule, réunir et publier avec une préface les Mémoires du grand chimiste.

Le salon de Mme Lavoisier était le rendez-vous de tous les hommes de sciences de son époque : Lagrange, Laplace, Berthollet, Cuvier, Humbold, Delambre, Arago, Biot, Prony, etc ., s’y rencontraient.

En 1805, Mme Lavoisier se remaria avec le comte de Rumford [1], mais cette union ne fut pas heureuse et aboutit au bout de quatre ans à une séparation à l’amiable. Mme Lavoisier-Rumford conserva son saIon, mais elle dut regretter le temps où, suivant M. Guizot, « elle vivait dans le laboratoire de Lavoisier, l’aidait dans ses expériences et dessinait pour lui ». Elle mourut en 1836.

Dans les premières années de leur mariage M. et Mme Lavoisier habitaient l’Arsenal où se trouvait l’Hôtel des Régisseurs des poudres que les incendies de 1871 ont anéanti. C’est là, dans une maison qui avait sa sortie rue de la Cerisaie, que Lavoisier avait son laboratoire où il fit ses principales découvertes. En 1792, il vint occuper une maison du boulevard de la Madeleine sur l’emplacement de laquelle a été construit le numéro 21 actuel. C’est la vue de cette maison du savant chimiste que nous reproduisons par la gravure. Quelques années après le procès des fermiers généraux Mme Lavoisier alla habiter un hôtel de la rue d’Anjou-Saint-Honoré.

Il ne reste aujourd’hui à Paris aucune des habitations où séjournèrent M. et Mme Lavoisier.

La statue du fondateur de la chimie inaugurée en août 1900, à Paris, s’élève derrière l’Église de la Madeleine non loin de l’endroit où fut la demeure de Lavoisier à l’époque de sa mort.

T. OBALSKI.


[1Physicien, 1753-1814

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