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Benjamin Franklin

La Science Illustrée N°2 —25 Octobre 1875

Mis en ligne par Denis Blaizot le jeudi 31 décembre 2009

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Le 4 juillet prochain, l’Amérique célébrera le centième anniversaire de son indépendance. Une statue monumentale, œuvre du sculpteur français Bartholdi, sera inaugurée, à cette occasion, au milieu de la rade de New-York, dans un îlot, en face de Long-Island, où fut versé le premier sang pour l’indépendance. Celte statue représentera « la Liberté éclairant le monde. » La nuit, une auréole lumineuse, partant de son front, rayonnera au loin sur l’Océan. Les journaux ont publié récemment l’appel d’un comité de l’Union franco-américaine, présidé par M. Laboulaye, demandant au peuple français de concourir par des souscriptions à l’érection de ce monument, qui sera exécuté en commun par les deux peuples associés dans cette œuvre fraternelle, comme ils le furent jadis pour fonder l’indépendance. Mais si cette tête grandiose est destinée à rappeler aux deux nations amies le souvenir de l’héroïsme et de l’indomptable constance des hommes de guerre : Washington et Gates, pour l’Amérique, Lafayette et Rochambeau , d’Estaing et le comte de Grasse, pour la France, elle rappellera aussi et surtout Franklin l’imprimeur, Franklin le physicien, Franklin le philosophe et le diplomate, Cette guerre de l’indépendance, en effet, marquée par tant de brillants faits d’armes, c’est Franklin qui, par ses écrits, avait éveillé dans le cœur des colons d’Amérique les vertus qui leur donnèrent l’énergie de l’entreprendre ; c’est lui qui, par ses découvertes scientifiques et le prestige de son génie, intéressait à leur cause tout ce que l’Europe comptait d’esprits généreux et libres, leur conquit les sympathies ardentes du vieux monde et leur valut l’appui moral et les secours matériels qui leur permirent, malgré les premiers revers, de ne jamais désespérer de leur cause ; c’est lui enfin qui, par sa prudence consommée et son habileté de négociateur, leur assura le fruit de leurs victoires par la rédaction de traités qui marquent une’ ère nouvelle dans la diplomatie et l’histoire du droit des gens.

Cet homme, qui a empli le monde de sa gloire et de ses bienfaits, naquit dans les conditions les plus humbles. Son père, Josiah Franklin, avait quitté l’Angleterre à la fin du règne de Charles II, et était venu s’établir à Boston, dans la colonie de Massachusetts. N’ayant pas réussi dans son métier de teinturier en soies, il se fit fabricant de chandelles. Il était depuis vingt-quatre ans établi à Boston, quand il eut de sa seconde femme, Abiah Folgier, Benjamin Franklin. Sa première femme lui avait donné sept enfants ; la seconde lui en donna dix. Benjamin, le dernier de ses enfants mâles, et le quinzième de tous ses enfants, naquit le 17 janvier 1706. Il était trop pauvre pour pourvoir à leur instruction. Benjamin reçut à peine quelques notions d’arithmétique et d’écriture. A l’âge de dix ans, et pendant deux années, il aida son père dans la fabrication des chandelles. Il voulut alors se faire marin, mais son père s’y opposa. Après avoir essayé de divers métiers, et notamment de celui de coutelier, il entra en apprentissage, pour neuf ans, chez son’ frère, James Franklin, qui avait monté une petite imprimerie. Dès ce moment, son génie inventif et sa passion pour la science prirent leur essor. La lecture de Plutarque, de. Xénophon, des Provinciales, de Pascal, du Spectateur, d’Addisson, de l’Essai sur les projets, de de Foë, de l’Essai sur l’entendement humain, de Locke, des œuvres philosophiques de Collins et de Shaftesbury, détachèrent son esprit des religions révélées et le tournèrent vers le rationalisme et la philosophie expérimentale, en même temps qu’il se perfectionnait comme ouvrier et pénétrait dans les secrets de son métier d’imprimeur.

Il imprimait alors un journal, The New England Courant, le second qui paraissait en Amérique. Le premier s’appelait The Boston New Letter. Il fit plus, il y glissa plusieurs articles de lui, en gardant l’anonyme. Ces articles eurent un éclatant succès. Il se fit connaître. Mais l’un de ces articles, d’une grande hardiesse, ayant attiré à son frère James une condamnation à un mois de prison, quelque temps après les deux frères se brouillèrent. Benjamin s’embarqua pour New-York. N’y trouvant pas de travail, il alla jusqu’à Philadelphie, où il entra chez un imprimeur nommé Keimer. C’est à celte époque qu’il fit la connaissance d’une jeune fille, miss Read, qui, six ans plus tard, devint sa compagne. Leurré par des promesses incertaines, et n’ayant pas encore acquis cette sagesse et cette prudence de conduite qui furent plus tard la marque dominante de son caractère, il se détermina à quitter l’Amérique pour aller chercher fortune à Londres. Pressier, puis compositeur chez les célèbres imprimeurs Palmer et Wats, il végéta, malgré sa supériorité comme artisan dans la capitale de l’Angleterre.

Au bout de dix-huit ans, il retourna à Philadelphie et reprit son emploi à l’imprimerie Keimer, dont il perfectionna l’outillage. Keimer ayant été chargé d’imprimer un papier-monnaie pour la colonie de New-Jersey, Franklin, bien qu’il eût à se plaindre de l’ingratitude de son patron, consentit à faire cet ouvrage, qu’aucun autre ne pouvait faire alors. Il dessina et grava une planche qui excita l’admiration des membres de l’Assemblée de New-Jersey. Peu après, associé avec un apprenti de Keimer, Hugues Mérédith, il fonda lui-même une imprimerie. Resté bientôt seul à la tête de cette imprimerie, sa probité, son habileté patiente attirèrent bientôt sur lui l’attention publique. Keimer perdit sa clientèle et quitta Philadelphie. L’Assemblée de Pensylvanie enleva à l’imprimeur Bradford l’impression de son papier-monnaie, de ses lois et de ses décrets, pour la confier à Franklin. Le gouvernement de New-Castle la lui confia aussi. Franklin ajouta alors à son imprimerie une papeterie, fonda un journal et un almanach, qui devinrent rapidement populaires, et dans lesquels, pour la première fois, toutes les questions intéressant son pays et les actes du gouvernement colonial furent discutés, en même temps qu’il faisait pénétrer dans l’esprit du peuple de saines et utiles notions de morale et de science pratique. Cet almanach, qu’il signa du nom de Richard Saunders, est devenu célèbre sous celui du Bonhomme Richard, Grâce à lui, l’Amérique fut dotée d’une nouvelle industrie : la fabrication du papier avec les chiffons ; des imprimeries se fondèrent partout, sous la direction d’ouvriers, ses élèves, associés avec lui.

Mais là ne se borna pas.son activité. Réunissant les ouvriers les plus instruits de Philadelphie, le vitrier Godfrey, le cordonnier Parsons, le menuisier Mauugridje, l’arpenteur Scull, il institua un club d’enseignement philosophique, qui s’appela la junte. D’autres sociétés se formèrent sur ce modèle, et dont il devint l’inspirateur. Il organisa une bibliothèque par souscription, puis une Académie pour l’éducation de la jeunesse de Pensylvanie, un hôpital. Toujours à l’aide de souscriptions, il fit paver et, éclairer les rues de Philadelphie ; il obtint la création d’une garde de nuit, d’une compagnie contre les incendies, etc., etc. C’est à cette époque de sa vie qu’il fit les découvertes fameuses qui firent retentir du nom de Franklin les échos du monde entier. Sa passion du travail, sa mémoire, son esprit d’observation tenaient du prodige. Il avait appris tout seul le français, l’italien, l’espagnol, le latin. Il n’ignorait rien de ce qui formait alors le vaste champ des sciences physiques et naturelles, qu’il allait lui-même si fort agrandir. Il nous faut énumérer les observations et les découvertes qui lui sont dues.

En traversant l’Océan, il fait des expériences sur la température des eaux. Il remarque qu’à la même latitude, la température du courant est plus élevée que la température de la partie immobile de la mer, et, par cette observation, il apporte un élément de plus à la science de la navigation, en donnant aux marins un moyen facile de reconnaître les courants et de régler en conséquence la marche de leurs navires. Chez Franklin d’ailleurs, génie essentiellement pratique, l’application suit de près l’observation. Frappé de la dépression de la chaleur qui s’échappe par l’ouverture des cheminées, et au contraire de la concentration qui s’est produite dans les poêles fermés, il imagine de fabriquer un poêle où, combinant les deux systèmes, il réunissait les avantages de l’un et de l’autre. C’est le poêle à la Franklin, pour l’invention duquel il refuse un brevet, disant qu’on doit être charmé de trouver l’occasion d’être utile à ses semblables. Il enrichit encore la science de l’acoustique et les théories des vibrations sonores en découvrant que le son produit par le choc du verre diffère selon sa masse et son épaisseur, et selon leur rapport à sa capacité, à son évasement et à son contenu. Pour rendre cette remarque plus évidente, il fixe l’une à côté de l’autre de petites plaques de verre, de dimension et de volumes différents, et de cette espèce de clavier il fait l’instrument de musique, autrefois fort à la mode, et qu’on nomme l’harmonica.

Mais son plus beau titre de gloire, c’est son invention du paratonnerre, conclusion de ses recherches et de ses découvertes sur l’électricité et sur la nature de la foudre et des éclairs. Les savants avaient été frappés de l’analogie que présentaient les étincelles produites par la machine électrique avec les éclairs, leur forme et leur lumière, le bruit qui les accompagne ; les effets mécaniques, physiques, chimiques et physiologiques qui les suivent, tout leur faisait croire à la présence de l’électricité dans les nuages orageux. Pendant que Dalibard, Charles, de Romas et Saussure, en France, dirigeaient de leur côté leurs recherches, Franklin, en Amérique appliquait son génie inventif à la solution de ce grand problème. « Avec sa sagacité pénétrante, dit M. Mignet, il vit d’abord que les corps à pointe avaient le pouvoir d’attirer la matière électrique ; il pensa ensuite que celle matière était un fluide répandu dans tous les corps, mais à l’état latent ; qu’elle s’accumulait dans certains d’entre eux où elle était en plus et abandonnait certains autres où elle était en moins ; que la décharge avec étincelle n’était pas autre chose que le rétablissement de l’équilibre entre l’électricité en plus. qu’il appela positive, et l’électricité en moins, qu’il appela négative. » A la suite d’une série d’expériences dans lesquelles il observa les effets de l’étincelle électrique, il imagina une dernière expérience pour vérifier la vérité qu’il entrevoyait, à savoir l’identité de l’électricité et de la foudre. Il construisit un cerf-volant formé par deux bâons revêtus d’un mouchoir de soie. Il arma le bâton longitudinal d’une pointe de fer à son extrémité. Il attacha au cerf-volant une corde en chanvre, conducteur de l’électricité, terminée par un cordon en soie qui n’est pas conducteur. Au point de jonction, il fixa une clef où devait s’accumuler le fluide.

Accompagné de son fils, il se rendit dans une prairie un jour d’orage et lança le cerf-volant dans les airs. Bientôt, il vit la corde se roidir : il approcha son doigt de la clef : l’électricité dont elle était chargée, que la pointe du cerf-volant avait attirée et qui était descendue le long du chanvre conducteur, dégage une étincelle qui le secoue violemment. Ses prévisions étaient confirmées : l’identité de l’électricité et de la foudre était démontrée. C’est au mois de juin 1752 que Franklin fit cette découverte immortelle. A cette découverte il ajouta bientôt l’invention du paratonnerre. Dès ce moment, le nom de Franklin fut célèbre. Buffon à Montbard, Delor à Saint-Germain, le père Beccaria à Turin, renouvelèrent et confirmèrent ses expériences. La Société royale de Londres le nomma l’un de ses membres ; les universités d’Edimhourg et d’Oxford lui conférèrent le grade de docteur ; il devint associé de l’Académie des Sciences de Paris.

Voilà ce qu’était devenu Franklin, l’artisan, quand les graves événements survenus dans son pays l’appelèrent à la vie publique. Nous n’entreprendrons pas de résumer, même brièvement, cette partie de l’histoire du grand homme. On trouvera dans l’excellente Vie de Franklin, publiée par M. Mignet, l’attachant récit du rôle prépondérant qu’il a joué dans la guerre de l’indépendance ; de ses deux voyages à Londres ; de son séjour en France comme ambassadeur des États-Unis ; des négociations du traité de Versailles. Il aurait voulu terminer sa longue et glorieuse carrière en France, dans sa chère demeure de Passy. Mais il fut rappelé par ses compatriotes qui avaient encore besoin de lui, de ses conseils et de ses lumières dans la crise que la jeune République subissait alors. Il arriva en vue de Philadelphie le 14 septembre 1785. Il fut reçu au son des cloches, au milieu des acclamations de la foule. Nommé Président de l’État de Pennsylvanie et représentant de l’ancienne colonie à la Convention de 1787 chargée de réviser la Constitution fédérale, il prit une part prépondérante à ses travaux, et il se préparait enfin à jouir du repos qu’il avait si bien gagné, quand il succomba, le 17 avril 1790, aux atteintes d’une pleurésie aiguë.

Tel fut Franklin. Ouvrier, patron, écrivain, législateur, savant illustre, diplomate incomparable, il a résumé en lui deux forces, alors à leur naissance, et que leur union féconde a faites depuis les maîtresses du monde moderne : le génie des sciences et l’esprit démocratique.

L. R.

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