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Sir C.W. Siemens (1823-1883)

E. Hospitalier, La Nature N°549 — 8 décembre 1883

Mis en ligne par Denis Blaizot le mardi 27 décembre 2011

La science et l’industrie viennent de perdre un homme qui marquera sa trace dans le présent et dans l’avenir. Sir Charles William Siemens, plus connu sous le nom de docteur Siemens, vient de mourir à Londres le 19 novembre dernier des suites d’une chute malheureuse survenue quinze jours auparavant, mais qui ne laissait pas prévoir une issue fatale. Nous devons plus qu’une simple expression de regrets sincères à la mémoire d’un savant, fils de ses œuvres, qui fut en même temps un homme de cœur et un homme de bien.

Charles William Siemens était ne à Leuthe, dans le Hanovre, le 4 avril 1823 ; il est donc mort à peine âgé de soixante ans, en pleine possession de sa science et de sa remarquable activité.

Il fit ses études premières à Lübeck et à l’École polytechnique de Magdebourg et prit ses grades en 1842 à l’Université de Gœttingue. Après quelques mois passés dans les fameux ateliers de construction de machines du comte Stolberg, nous le voyons arriver à Londres à peine âgé de vingt ans, venant poursuivre l’exploitation industrielle d’un procédé nouveau de dorure et d’argenture électro-chimiques, inventé par lui en collaboration avec son frère Werner Siemens, alors lieutenant d’artillerie.

William Siemens a raconté lui-même l’histoire de ses débuts, dans une adresse présidentielle ou discours d’ouverture prononcé en 1881, devant le Birmingham and Midland Institute. Nous ne résistons pas au désir de mettre une partie de ce discours sous les yeux de nos lecteurs :

« ... Après quelques résultats, pleins de promesses, l’idée d’entreprise s’empara de moi si vivement que je m’arrachai du milieu étroit dans lequel je vivais, et partis pour Londres, n’ayant que quelques livres dans ma poche et pas d’amis, mais animé d’une confiance ardente et intime dans le succès final. J’espérais trouver un bureau d’études où l’invention serait examinée et rémunérée si elle semblait méritoire, mais personne ne put m’indiquer un établissement de cette nature. En me promenant dans Finsbury Pavement, j’aperçois écrit en lettres énormes sur une boutique : Un tel et un tel (le nom m’échappe) Entrepreneur [1]. L’idée me vint que là était ce que je cherchais. Un homme qui se donnait le titre d’entrepreneur ne pouvait pas refuser d’examiner mon invention, l’apprécier et la payer. Dès que j’eus franchi le seuil de la maison, je fus convaincu que ma visite avait eu lieu beaucoup trop tôt, eu égard à la nature spéciale des entreprises de l’établissement. Mis en présence du propriétaire, je couvris ma retraite en balbutiant une excuse qui dut lui paraître un peu louche. Ma persévérance me fit enfin découvrir le bureau de brevets de MM. Poole et Carpmael qui me reçurent avec beaucoup d’amabilité et me donnèrent une lettre d’introduction pour M. Elkington de Birmingham ....

M. Elkington me reçut avec une patience que j’admire, il me montra ses travaux d’argenture et m’envoya à Londres pour lire ses brevets sur la matière. A mon grand désappointement, je découvris que les solutions chimiques que j’employais étaient mentionnées dans l’un de ses brevets. De retour à Birmingham, je déclarai franchement ce que je venais de voir, et cette franchise me gagna la faveur de M. Josiah Mason, l’associé de M. Elkington. On fut d’accord pour décider que mon invention serait jugée non par sa nouveauté, mais par ses résultats. Il s’agissait en effet de déposer un certain poids d’argent sur des couverts en obtenant une surface polie et des dépôts non cristallins qui avaient été jusqu’ici la source de grandes et nombreuses difficultés. Je réussis, et pus m’en retourner dans mon pays natal et reprendre mes travaux de mécanique, ayant une fortune de Crésus .... , relativement. Je retournai à Londres l’année suivante avec une autre invention, le gouverneur chronométrique, invention moins fructueuse, commercialement parlant, mais qui me mit en relation avec le monde des ingénieurs et me procura l’avantage de me fixer définitivement en Angleterre. »

C’est en effet l’Angleterre qui a été le théâtre des travaux et des inventions de sir William Siemens : il fut naturalisé citoyen anglais en 1850 et quelques mois avant sa mort, le 21 avril 1883, la Reine lui conférait les honneurs de la chevalerie (Knighthood), avec le titre de Sir qui y est attaché.

Une fois fixé en Angleterre, W. Siemens porta ses études vers la théorie mécanique de la chaleur et chercha une méthode d’utilisation des chaleurs perdues dans les différentes opérations industrielles. La première application fut faite à une machine à vapeur construite en 1847 dans les ateliers de M. Hicks, de Bolton. L’emploi de la vapeur surchauffée — une nouveauté à celle époque — entraînait des difficultés qui empêchèrent le développement industriel de cette invention. C’est entre 1850 et 1860 qu’il produisit son compteur d’eau, étudia l’influence de la pression sur la résistance et l’électrification des corps isolants, et qu’il fit connaître ses procédés de mesure, d’isolement et de protection des câbles sous-marins. C’est aussi à la même époque qu’il créa avec son plus jeune frère Friedrich, alors son élève, l’invention capitale à laquelle son nom restera toujours attaché : le régénérateur ou récupérateur de Siemens. La première application pratique date de 1861 ; limitée d’abord à la fabrication de l’acier et du verre, l’invention s’est étendue successivement à toutes les industries qui exigeait la production d’une température élevée ; la seule limite pratique imposée à la température que le fourneau peut atteindre n’est autre que celle que permettent les matériaux réfractaires dont le four est composé. Le régénérateur de Siemens permit de réaliser industriellement, dès 1862, l’expérience de Réaumur qui consiste à fabriquer l’acier en fondant le fer malléable avec de la fonte,

La méthode perfectionnée à la suite d’une expérience de quelques années est devenue depuis le procédé Siemens-Martin.

L’importance de ce procédé ressort bien nettement de ce fait que la production de l’acier par les procédés Siemens a atteint, pour l’année 1882 et le Royaume-Uni seulement, le chiffre respectable de près de 500000 tonnes.

Les travaux de Siemens en électricité ne sont pas moins importants qu’en métallurgie ; il fut un des ouvriers de la première heure dans le développement de ses applications industrielles.

Dès 1866, le Dr Werner Siemens voyant un moteur électrique fonctionnant sans aimants permanents, en conclut qu’on pourrait également construire un générateur électrique sans les aimants. L’idée fut développée et réalisée par William Siemens qui présenta un mémoire sur la question à la Société Royale de Londres le 14 février 1867, le même jour où Wheatstone présentait également un mémoire sur le même sujet.

Les machines dynamo-électriques Siemens, sous leur forme actuelle, sont pour une bonne partie le résultat des travaux de Sir William. On pourrait en dire autant de tous les progrès réalisés par la maison Siemens, en télégraphie, en lumière électrique et en transmission de force. C’est pour la pose du câble direct des États-Unis que fut construit, en 1874. sur les plans de sir William, le Faraday, bateau à deux hélices disposées de telle sorte qu’elles permettent l’évolution du navire presque sur place.

Citons encore parmi ses inventions plus récentes le bathomètre, un appareil qui permet d’apprécier la profondeur de la mer sans ligne de sonde, le thermomètre et pyromètre électrique, le fourneau électrique, etc. Signalons enfin, dans l’ordre des questions de science plus élevée, placée aux confins de la physique et de la métaphysique, sa théorie présentée à la Société Royale en 1882 sur la conservation de l’énergie solaire.

Sir William Siemens a été successivement membre du Conseil ou président de la plupart des Sociétés savantes de l’Angleterre. Ses discours présidentiels portent tous la marque d’un esprit habitué à envisager simultanément le côté théorique et pratique des choses. Nous espérons qu’ils seront réunis et publiés en un volume qui formera le résumé complet et fidèle des progrès de la science appliquée, pendant ces quarante dernières années.

La bienveillance de sir William Siemens était à la hauteur de sa science ; sa porte était toujours ouverte à ceux qui venaient lui demander des conseils ou des encouragements. L’accueil qu’il nous fit en 1879, lorsque nous allâmes passer quelques mois en Angleterre pour y apprendre la langue et les premiers principes de la science électrique, ne s’effacera jamais de notre cœur. Mais qu’importent nos souvenirs et nos regrets personnels en présence d’un des hommes dont l’œuvre a puissamment contribué aux progrès de ce siècle, et dont la perte devrait être un deuil public ?

Découvrons-nous respectueusement devant celui qui fut un grand savant, un grand inventeur et un homme de cœur ; souvenons-nous (lue, parti de rien, il est arrivé aux honneurs et à la fortune en mettant en œuvre la devise de sa famille : Through energy to success.

E. Hospitalier


[1Pour saisir l’originalité de cette démarche, il faut savoir que le mot undertaker, dérivé du verbe to undertake, entreprendre, signifie entrepreneur de pompes funèbres. L’erreur était bien excusable chez un jeune homme de vingt ans ne sachant que quelques mots d’anglais.

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