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Théodose du Moncel (1821-1884)

Gaston Tissandier, La Nature N°561 — 1er mars 1884

Mis en ligne par Denis Blaizot le vendredi 23 décembre 2011

Théodose du Moncel

L’éminent électricien que la mort vient d’enlever à la science, était le fils du comte du Moncel, général au génie et pair de France sous Louis-Philippe. Le jeune Théodose du Moncel reçut une éducation brillante, et dès sa sortie du collège de Caen, il se révéla comme ayant un goût prononcé pour les arts et pour le dessin. Il publia un Traité de perspective mathématique, et s’adonna en même temps avec passion à l’étude de l’archéologie. Le goût des aventures ne tarda pas à s’emparer de son esprit ardent et avide de connaître ; il entreprit de longs voyages en Italie, en Grèce, en Orient, et acquit en chemin cette maturité de l’intelligence que ne manque jamais de donner la pratique des voyages. Du Moncel revint chargé d’un ample bagage de documents, impressions de touriste et dessins d’artistes, qu’il réunit en un grand ouvrage in-folio, publié en 1847 sous le titre : De Venise à Constantinople à travers la Grèce. D’autres livres archéologiques succédèrent à ce premier essai, et le jeune auteur exécutait lui-même les planches lithographiques qui devaient illustrer ses œuvres.

Ces publications, le croirait- on ? ne plaisaient guère à la famille de M. du Moncel. Ses parents, tout imbus de vains préjugés, voyaient avec regret le jeune comte s’adonner à de semblables travaux ; ils lui demandaient de renoncer à l’archéologie et de s’occuper de surveiller ses terres comme un gentil-homme du vieux temps. Du Moncel avait la vocation du travail et de l’étude : il tint tête à la volonté des siens, et à la suite de luttes regrettables, il dut rompre avec sa famille. Il lui était désormais interdit de compter sur le moindre secours dans la carrière qu’il voulait entreprendre.

Obligé de renoncer aux publications d’art, aux études archéologiques, qui nécessitaient des dépenses considérables, Th. du Moncel se voua à la science, et spécialement à l’étude de l’électricité, pour laquelle il se sentait un goût prononcé. Il s’instruisit sans le secours d’aucun maître, et se forma seul à l’école du travail et de la volonté. Il débuta comme écrivain scientifique dans le Journal de l’arrondissement de Valognes, où il publia une série d’articles sur les découvertes nouvelles de l’électricité. Ces notices devinrent l’origine d’une série nombreuse de publications sur la science électrique, où l’auteur ne tarda pas à devenir un maître. Th. du Moncel fit paraître sous le titre d’Exposé des applications de l’électricité, une suite d’ouvrages fort estimés, accompagnés de planches, et dont la dernière édition forme cinq volumes in-8°.

Les travaux originaux de M. du Moncel se rattachent principalement aux courants d’induction, aux piles et aux électro-aimants. C’est à lui que l’on doit la découverte de l’effluve électrique, qui rendit tant de services à la chimie, et qui devint un agent précieux de combinaison, entre les mains de M. Paul Thenard, de M. Berthelot et de plusieurs autres savants.

De 1850 à 1856, du Moncel construisit plus de vingt-cinq appareils nouveaux qui lui valurent une médaille de première classe à l’Exposition de 1855.L’Anémoqraphe électrique, les mesureurs électriques des niveaux d’eau, l’enregistreur électrique des improvisations musicales, le régulateur automatique des températures, appareils d’éclairage électrique des cavités obscures du corps humain, systèmes de télégraphie, galvanomètre enregistreur, serrures et locks électriques, tels sont les principaux instruments, fort ingénieux, qui ont été construits par l’inventeur. Du Moncel a en outre découvert les effets du magnétisme dissimulé et condensé : il a indiqué les meilleures conditions de construction des électro-aimants, suivant les cas de leur application.

En 1860, M. du Moncel fut nommé ingénieur électricien de l’Administration des Télégraphes ; il a été promu officier de la Légion d’honneur en 1866. En 1874, il fut élu membre libre de l’Académie des Sciences.

D’une étonnante fécondité, le savant électricien n’a cessé de publier avec une abondance quelquefois trop exubérante, une série d’articles et de notices sur les travaux, si nombreux aujourd’hui, de la science électrique. — Rédacteur en chef du journal La Lumière électrique, il a rempli les pages de cette revue de ses écrits ; il a publié en même temps plusieurs volumes sur les progrès de l’électricité dans la Bibliothèque des Merveilles de la maison Hachette ; ces livres ont pour titre : le Téléphone, l’Éclairage électrique, le Microphone et le Phonographe, l’Électricité comme force motrice. Quelques jours avant de mourir, l’infatigable travailleur avait donné le bon à tirer de ce dernier volume.

Si nous voulions être complets, il faudrait citer encore parmi les publications antérieures de du Moncel, son Traité de télégraphie électrique, sa Notice sur la bobine de Ruhmkorff, ses Études sur le magnétisme au point de vue des applications, et d’innombrables notes insérées dans les Comptes rendus de l’Académie des Sciences, et dans les Bulletins des Sociétés savantes.

Les grandes découvertes modernes qui ont transformé l’électricité, avaient d’abord quelque peu dérouté le savant, élevé à la vieille école. Quand la nouvelle de la découverte du téléphone nous vint d’Amérique, du Moncel ne voulut point y croire ; il traita sévèrement de canards les articles à ce sujet que le journal La Nature publia le premier en France, d’après les revues américaines [1], et il se refusait encore à croire au téléphone quand on présenta le premier appareil à la Société de Physique de Paris. Il fallut bien se rendre à l’évidence. M. du Moncel, en homme d’esprit, ne craignait pas de parler de sa méprise. Je me souviens qu’un jour où je le rencontrai à l’Exposition d’électricité, en 1881, il me raconta lui-même combien la réalisation du téléphone lui avait paru chose impossible, contraire, disait-il en quelque sorte, à toutes les notions théoriques. « Je n’oserai plus nier quoi que ce soit, ajoutait M. du Moncel ; rien n’est impossible à la science. »

M. du Moncel avait épousé la fille du comte de Montalivet, le ministre et l’ami dévoué du roi Louis-Philippe. Élégant, d’une distinction parfaite, d’une affabilité pleine de grâce, il se montrait toujours d’une rare bienveillance.

Si les ancêtres du savant vivaient encore, il est probable qu’ils ne regretteraient plus qu’un des leurs se soit consacré à l’étude des sciences. Ils reconnaîtraient que le comte du Moncel n’a pas dérogé, en s’élevant par le travail, et en se signalant par des découvertes utiles.

Gaston Tissandier


Signalons également l’ouvrage Étude du magnétisme et de l’électro-magnétisme au point de vue de la construction des électro-aimants, L. Hachette & Mallet-Bachelier, 1858

A noter qu’il fut co-fondateur de la Société des Sciences de Cherbourg


[1Voy. La Nature 1877, premier semestre

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