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Joseph Laffargue (1864-1907)

La Nature N°1802 — 7 décembre 1907

Mis en ligne par Denis Blaizot le mercredi 3 août 2011

Un nouveau deuil frappe La Nature. Après son fondateur Gaston Tissandier, après Albert Tissandier, trop tôt enlevés à l’œuvre utile qu’ils y poursuivaient si fraternellement, voici que leur plus dévoué et plus fidèle collaborateur disparaît à son tour, plus prématurément encore, à 43 ans !

Notre excellent collègue J. Laffargue vient de nous quitter le 26 novembre, soudainement emporté par une congestion, dans un état de santé qui, depuis quelque temps, préoccupait son entourage ; de formelles instances l’avaient résigné, au début de cette année, à restreindre quelque peu la part de labeur, si considérable, qu’il assumait dans notre commune entente à La Nature. Plusieurs mois de repos avaient déjà produit un salutaire effet et, ces jours derniers encore, il nous avait paru dispos et alerte en nous remettant son dernier article sur la « Bascule à curseur », qu’il corrigeait la veille même de sa mort. Illusion trompeuse, hélas ! Car nous voici privés subitement du concours expérimenté, du labeur infatigable, des connaissances spéciales consommées qui, depuis dix-neuf années, n’avaient pas défailli un seul jour ; Laffargue ignorait le repos et le congé ; pas une épreuve hebdomadaire de notre publication n’était affranchie de ses scrupuleuses et savantes corrections, et il avait fallu de véritables ordres médicaux pour le faire renoncer à ses excès habituels de travail en faveur de sa chère revue.

Depuis 1888, depuis qu’il avait été choisi comme secrétaire de la rédaction de La Nature (puis comme co-directeur en 1905), celle-ci avait l’heureux privilège de ses innombrables études et notes descriptives, toujours claires et exactement documentées, dans le domaine immense de l’électricité et de ses applications. En cette science, Laffargue fut un très distingué technicien, comme en’ font foi ses travaux et états de services. Né le 1er juillet 1864 et sorti le premier de l’école de physique et de chimie, où il avait été le disciple d’Edouard Hospitalier, il eut, en 1890, l’initiative de créer (pour la fédération des mécaniciens) des cours d’électricité pratique qui furent assidûment suivis à la mairie du IVe arrondissement. Devant l’utilité et la vogue de cet enseignement, la Ville de Paris n’hésita pas à le transformer pour son compte en un cours public qui demeura attribué à son fondateur : avec la ponctualité si consciencieuse qui était un des beaux côtés de son caractère, jamais Laffargue ne fit défaut à ses nombreux auditeurs qui, le 26 novembre, accoururent vainement à sa leçon du soir.

Sa notoriété comme ingénieur électricien lui avait fait confier aussi et successivement la direction de l’usine municipale d’électricité des Halles, le contrôle des Sociétés d’électricité de la Ville de Paris, la fonction de secrétaire général de la Fédération des mécaniciens-électriciens, et, en 1898, une mission en Allemagne d’où il rapporta, en 1899, un important ouvrage (en collaboration avec M. Bos) sur la Distribution de l’énergie électrique en Allemagne (1899) ; la croix de la Légion d’honneur récompensa son inlassable et bienfaisante activité, le 24 juin 1900, en Sorbonne, à une fête annuelle de cette Association des mécaniciens électriciens, qui partageait avec La Nature tout son temps et tous ses soins. Après G. Tissandier il a continué pour nos lecteurs la série des Recettes et procédés utiles ; et il laisse enfin un ouvrage fondamental, le Manuel pratique du monteur électricien, condensant en 1000pages tout ce que requièrent les applications de l’électricité ; de février 1895 à 1907, dix éditions n’ont pas épuisé le succès toujours grandissant de ce livre capital.

On y trouve toutes les qualités de méthode, de précision et d’érudition qui nous étaient si chères et si précieuses, et où nos collaborateurs rencontraient toujours le guide sûr et le conseil éclairé, indispensables à leurs rédactions. Comme nous, ils ne se rappelleront jamais sans tristesse et sans regret le souvenir et la coopération de ce laborieux savant, modeste autant qu’utile, arraché par un sort cruel à une famille dont ce trop bref hommage ne saurait adoucir la douleur !