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Gaston Planté, génial inventeur de l’accumulateur électrique

La Nature N°2932 - 1er Juillet 1934

Mis en ligne par Denis Blaizot le mardi 18 août 2009

Dans notre pays de mandarinat, Gaston Planté, l’illustre électricien dont on vient de célébrer le centenaire, fut une remarquable exception. Durant sa vie entière, consacrée aux spéculations scientifiques, il ne sollicita aucune place officielle, il ne brigua aucun honneur. Né de parents fortunés à Orthez (Basses-Pyrénées), le 22 avril 1834, il se fixa à Paris vers la cinquantième année, rue de la Cerisaie dans le quartier de la Bastille ; prit ses grades universitaires en mathématiques et en physique à la Sorbonne et attaché peu après au Conservatoire national des Arts et Métiers comme préparateur d’Edmond Becquerel, il commença ses premières recherches sur la polarisation voltaïque qui le conduisirent à sa géniale découverte de l’accumulateur électrique (1860).

Dès 1842, le physicien anglais William Robert Grove avait constaté l’instabilité de la décomposition électrolytique de l’eau. L’oxygène et l’hydrogène, qui se dégagent à chacun des deux pôles de l’appareil, se recombinent lentement, en effet, si on les abandonne en présence des électrodes de platine ayant servi à les obtenir. Or la recomposition de ces deux éléments gazeux s’opère en restituant aux dites électrodes du courant que celles-ci on t dépensé pour la produire. Gaston Planté reprit la question en substituant divers métaux au platine et en remplaçant l’eau par des solutions acides. Il observa alors qu’en employant des électrodes en plomb et de l’acide sulfurique très dilué, on obtenait un courant beaucoup plus intense que celui fourni par l’engin de Grove. Cette « pile secondaire », comme il la surnommait, était, en définitive, une machine réversible, qui se déchargeait en produisant du courant absorbé ultérieurement au cours de sa régénération. Durant la période de charge de cet « accumulateur » l’oxygène se fixait sur l’électrode positive sous forme d’oxydes, tandis que le plomb, dissous dans l’électrolyte, se déposait sur l’électrode négative qui prenait lin aspect spongieux. Pendant la décharge, ce plomb pulvérulent retournait à la solution électrolytique avec une partie de l’oxygène de la plaque positive. Puis, continuant à étudier les phénomènes qui se produisaient dans ce précieux « réservoir » énergétique, le sagace inventeur vit qu’en augmentant l’épaisseur de la « couche active » des lames de plomb, on améliore la capacité électrique. La fabrication actuelle des accumulateurs s’inspire encore de cette constatation faite naguère par Planté. D’un côté, on prépare des pastilles d’oxyde de plomb, qu’on loge dans les alvéoles des plaques positives et qui se peroxyde à l’usage. D’autre part, on réalise des plaques négatives qu’on recouvre de plomb spongieux avant leur : montage définitif.

Ainsi, dès l’origine, l’illustre électricien avait su tirer de son invention le maximum d’efficacité. En vain, depuis trois quarts de siècle, ses successeurs ont cherché à perfectionner son œuvre. Edison lui-même n’y a guère réussi : son accumulateur a électrodes de fer et de nickel avec électrolyte alcalin n’est pas plus résistant que celui au plomb. Quant aux tentatives faites pour utiliser l’iode ou autres corps halogènes, elles n’ont eu que des éphémères succès. Si ces types d’accumulateurs allégés semblent très pratiques, les réactions chimiques qui s’y opèrent ultérieurement les déprécient assez vite et leur réversibilité s’avère bien inférieure à celle de l’accumulateur Planté.

Du reste, le sagace chercheur ne se contentait pas d’avoir construit un engin presque imperfectible, il s’en servit pour faire de nouvelles conquêtes scientifiques. Dans son appartement de la rue de la Cerisaie transformé en laboratoire, il réalisa sa fameuse machine rhéostatique, association d’une batterie d’accumulateurs de 800 couples avec des condensateurs à lame de mica, lui permettant d’imposantes manifestations électriques (1877). Il put ainsi reproduire artificiellement divers phénomènes atmosphériques, entre autres les aurores boréales et la foudre en boule. « Je me rappelle, écrivait Gaston Tissandier, avoir souvent assisté jadis aux expériences grandioses de Gaston Planté ; elles n’étaient pas sans péril, car les électrodes qu’il maniait eussent pu frapper de mort l’expérimentateur inhabile » [1] avec ses 100 000 V de tension ! Ce dispositif, quelque peu modifié et considérablement amplifié sans doute, a permis d’obtenir récemment, dans des laboratoires français et américains, des étincelles de 3 millions de V. En réunissant par un fil les deux armatures de tels éclateurs, on arrive à produire des éclairs de 25 mètres de longueur, imitations réduites des décharges atmosphériques par temps d’orage.

Quoi qu’il en soit, avec cette machine rhéostatique et ses diverses Recherches sur l’électricité (1879), Gaston Planté ouvrait de nouveaux horizons et la Société française des Électriciens se propose non sans raison, de rééditer ce livre, devenu aujourd’hui d’une extrême rareté. Aux découvertes des Volta, des Franklin, des Ampère et autres initiateurs, Planté avait su ajouter le fécond principe de la réversibilité des phénomènes électriques.

A côté de cette géniale « trouvaille », et de ses utiles applications, les autres travaux que Planté entreprit au cours de sa trop courte carrière comptent peu. Retenons néanmoins la découverte qu’il fit dans le conglomérat du Bas-Meudon, d’un oiseau éocène auquel Constant Prévot donna le nom de Gastornis. Ce gigantesque fossile, plus remarquable par sa stature que le célèbre oiseau trouvé par Cuvier dans les plâtrières de Montmartre, étonna beaucoup les paléontologues.

Le savant électricien possédait, d’ailleurs, une vaste érudition. S’il « vécut modestement sur cette terre, s’il n’y fit pas de bruit ... contrairement à ceux qui y passent avec fracas et ne laissent après eux rien de durable » selon les paroles d’un de ses biographes, il y sema « le germe d’une moisson féconde pour l’avenir ». Poursuivant son patient labeur jusqu’à sa mort, survenue le 21 mai 1889, dans sa maison de campagne de Bellevue, près de Paris, il passait ses journées, soit dans son cabinet de physique, soit dans sa bibliothèque, à lire non seulement les publications scientifiques, mais encore les œuvres des philosophes et des grands littérateurs grecs, latins ou français, soit en compagnie de son frère le célèbre musicien Francis Planté, soit en compagnie de parents ou intimes triés sur le volet. Causeur aimable, gai et spirituel, il était également d’une bienveillance extrême, ne demandant jamais rien pour lui-même, mais toujours prêt à obliger un ami et à lutter contre les abus du favoritisme. De tels hommes méritent qu’on rappelle leur sympathique mémoire.


[1Voir l’article nécrologique publié par Gaston Tissandier dans La Nature N°835 - 1 juin 1889

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