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Les origines de l’alchimie, d’après Marcellin Berthelot

Louis Olivier, la Revue Scientifique 2 mai 1885

Mis en ligne par Denis Blaizot le lundi 8 juin 2009

Nos lecteurs ont eu déjà les prémices [1] d’un ouvrage que M. Berthelot vient de publier sous ce titre : Les origines de l’alchimie Alchimie  [2]. Jusqu’ici ces origines étaient demeurées fort obscures. Dans ses admirables Leçons sur la philosophie chimique l’illustre et regretté J.-B. Dumas signalait « ce singulier contraste qu’on remarque chez les anciens peuples entre l’état florissant de la chimie industrielle et l’absence complète de toute chimie théorique. » L’empirisme, commandé par les nécessités de la vie matérielle, dut, en effet, précéder les spéculations désintéressées de la raison. C’est ainsi que les Phéniciens et les Égyptiens firent dans les arts, la métallurgie, la verrerie, la teinture, des découvertes de haute portée, sans être d’abord guidés par aucune lumière scientifique. Ils les interprétèrent dans un sens mystique, conformément à leur conception religieuse de la nature. Quoi que nous pensions aujourd’hui de leurs théories, nous ne saurions du moins en oublier la base positive : c’est à leurs observations, épurées par les âges, que se rattache, en définitive, la science rationaliste de notre siècle. Les faits ont résisté aux atteintes du temps, alors que la magie, les doctrines théurgiques, reconnues stériles, ont disparu peu à peu, faisant place enfin à la notion féconde des lois naturelles. Curieuse métamorphose où l’astrologie, l’alchimie Alchimie , l’ancienne médecine des vertus des pierres et des talismans, marquent la transition de l’esprit ancien à l’esprit nouveau.

Rien de plus intéressant que de suivre, avec M. Berthelot, l’évolution qui s’est faite à cet égard dans le domaine de la chimie depuis les Orientaux jusqu’aux Grecs et jusqu’à nous ; car cette évolution est liée au développement des idées philosophiques, partant à l’histoire même de l’esprit humain.

Depuis l’époque où l’alchimie Alchimie fit d’une façon subite son apparition dans le monde, au moment de la chute de l’empire romain, on sait il peu près ce qu’elle a été, mais on ne se doute guère d’où elle est venue. L’étude dont nous allons rendre compte conduit il lui assigner une triple origine : procédés industriels des anciens Égyptiens, théories spéculatives des philosophes grecs, rêveries mystiques des alexandrins et des gnostiques. Cette conclusion ressort de l’examen attentif de documents qui n’avaient pas encore été bien étudiés il ce point de vue : mémoire de Lepsius sur les métaux dans l’antiquité, papyrus égyptiens de Paris et de Leyde, manuscrits grecs de notre Bibliothèque nationale et de la Bibliothèque vénitienne de Saint-Marc. M. Berthelot a comparé à ces textes, d’une part, les croyances des premiers alchimistes touchant l’origine de leur science ; d’autre part, leurs connaissances positives, ainsi que les théories acceptées au IIe et au IIIe siècle de notre ère. Ces diverses sortes d’indications sont tout à fait concordantes.

I.

Trois cents ans après Jésus-Christ, Zoszime le Panopoliitain, « le plus vieux des chimistes authentiques », écrivait : « Les saintes Écritures rapportent qu’il y a un certain genre de démons ayant commerce avec les femmes. Hermès en a parlé dans ses livres sur la nature. Les anciennes et saintes Écritures disent que certains anges, épris d’amour pour les femmes, descendirent sur la terre, leur enseignèrent les œuvres de la nature ; et, à cause de cela, ils furent chassés du ciel et condamnés à un exil perpétuel. De ce commerce naquit la race des géants, Le livre dans lequel ils enseignaient les arts est appelé Chéma : de là le nom de Chéma, appliqué à l’art par excellence. » On retrouve cette idée en divers pays : ce sont les anges pécheurs qui ont révélé aux mortelles les arts et les sciences occultes. Cette opinion « concorde avec le vieux mythe biblique de l’arbre du savoir, placé dans le paradis terrestre et dont le fruit a perdu l’humanité »,

Les papyrus thébains de Leyde attribuent à l’alchimie Alchimie le même caractère mystique, qui est comme le cachet de son origine orientale. C’est Hermès Trismégiste qui a fait connnaître les pratiques métallurgiques, la science hermétique, l’art mystérieux de la transmutation. Les prêtres égyptiens, instruits de cet art, devaient prêter serment de le garder secret. Cette coutume s’est conservée chez les magiciens néo-platoniciens du IVe siècle, puis chez les alchimistes du moyen âge et de la renaissance.

Plusieurs traditions en honneur chez les alchimistes témoignent d’emprunts du même genre faits aux prêtres de la Thèbaïde. Le nombre sacré de l’Égypte, quatre est aussi celui des éléments alchimiques. Au moyen âge,on désigne souvent la pierre philosophale sous le nom de pierre d’Égypte, Le signe alchimique de l’eau n’est autre que l’hiéroglyphe de cette substance. Le signe de l’étain, devenu celui du métal mercure, est l’hiéroglyphe même de la planète Mercure, Il y a identité entre le signe de l’or et l’hiéroglyphe du soleil. Osiris est synonyme du plomb et du soufre, etc.

Cette parenté mystique des métaux et des planètes remonte aux Babyloniens. C’est une idée qui s’est perpétuée. Pindare a exprimé la relation de l’or avec le soleil, et Proclus, dans son commentaire sur le Timée, a écrit : « Le soleil produit l’or ; la lune, l’argent ; Saturne, le plomb, et Mars, le fer.

Le symbole de l’œuf philosophique semble originaire de la Chaldée ; il s’est introduit ensuite en Égypte. Il en est de même de l’idée du microcosme fait à l’image du macrocosme.

C’est aussi des Babyloniens et des Grecs d’Égypte que les Alexandrins et les Chinois eux-mêmes ont tenu ces aphorismes, plus tard si chers aux alchimistes, touchant la génération et la transmutation des métaux, la panacée et les élixirs de longue vie.

Dans certaines croyances alchimiques, on retrouve en outre la trace évidente des traditions juives mêlées, vers le Il" siècle de notre ère, aux fables de l’Orient. Plusieurs papyrus font mention de recettes importantes consignées dans le prétendu Livre secret de Moïse ; un manuscrit grec de Saint-Marc fait dire à cette même Marie la Juive, à qui les alchimistes attribuaient l’invention du bain-marie : « Ne touche par la pierre philosophale de tes mains ; tu n’es pas de notre race, tu n’es pas de la race d’Abraham. » Une fraude, suivant Zosime, livra aux Juifs l’art sacré des Égyptiens, et’ la puissance de l’or qui en résulte j les Juifs Je révélèrent ensuite au reste du monde.

Cette confluence des sources chaldéo-égyptienne et juive de l’alchimie Alchimie s’opéra aux trois prerniers siècles du christianisme, vers le temps où le gnosticisme florissait à Alexandrie. Les premiers alchimistes semblent en effet avoir presque tous subi l’influence du néoplatonisme ct de la gnose. Les formes symboliques de la vie universelle, les figures allégooriques, où se cache le sens philosophique des choses, abondent dans leurs écrits : on y rencontre çà et là toutes sortes de signes gnostiques, depuis l’image du monde sans commencement ni fin, représenté par le dragon Ouroboros, serpent qui se mord la queue, jusqu’aux étoiles à huit rayons et aux cercles magiques de la Chrysopée de Cleopâtre. L’introduction des idées gnostiques dans les théories des alchimistes explique sans doute leur tendance à représenter par des signes à double et triple sens les propriétés cachées de la nature.

Cette tendance est déjà sensible chez les alchimistes grecs dont les anciens manuscrits ont gardé le souvenir. Parmi les plus renommés, les manuscrits de Saint-Marc citent, après Hermès, Jean, archiprêtre de la Thutie, et Démocrite, le célèbre philosophe d’Abdère ; mais ils nous font surtout connnaître Zosime, expérimentateur, historien et biographe de Platon, Olympiodore et Stephanus, auteurs de grands mémoires sur l’art de faire de l’or. Ces savants s’efforçaient de colorer les métaux en jaune pour les convertir en or ; ils employaient à cet effet, disent les manuscrits, une poudre de projection douée du mystérieux pouvoir d’imprégner les corps ; cette poudre venait de la Thébaïde ; on la préparait à Héracléopolis, Lycopolis, Aphrodite, Apollinopolis et Éléphantine. Ces lieux étaient, en effet, suivant le témoignage d’Agatharchide, des centres d’exploitation métallurgique.

Au IXe siècle, tous ces documents sont entre les mains des Arabes, devenus les dépositaires et les continuateurs de la science grecque. La civilisation musulmane nous a conservé l’histoire des alchimistes mythiques, de leurs formules mystérieuses et des pratiques auxquelles ils se livraient pour blanchir et jaunir les métaux, c’est-à-dire les changer en argent et en or. Quant à leurs conceptions de la matière, on sait que les Arabes d’Espagne et de Syrie les rattachaient en partie aux systèmes philosophiques de la Grèce païenne. Leurs auteurs citent volontiers Aristote, Héraclite, Xénocrate, Diogène et Démocrite. Nous n’avons à rappeler ni leurs doctrines ni leurs brillantes découvertes : on en trouve la relation dans toutes les histoires de la chimie.

Il.

Après avoir étudié à la lumière des anciens textes et des témoignages historiques les origines orientales de l’alchimie Alchimie , M. Berthelot s’est livré à un minutieux examen de tous les faits positifs que cette science a reçus de l’antiquité. A ce point de vue, on peut dire que la vieille Égypte a légué au monde un trésor inestimable.

Les prêtres de Thèbes et de Memphis avaient, sur l’art d’extraire les métaux, d’en faire des alliages et d’en fabriquer divers objets, vases et outils, des connaissances très avancées. Ils distinguaient ]’01’ brut de l’or affiné, et savaient assez bien le travailler pour en faire des objets variés, plaques, barres, briques et anneaux. Ils nourrissaient l’espoir de l’obtenir en colorant en jaune l’asemon, c’est-à-dire l’argent. De ce dernier métal ils faisaient des monnaies dont le titre était garanti par une effigie imprimée. Ils tiraient l’or et l’argent de l’electrum, minéral qui renferme ces deux substances, mais qui, en raison de son aspect, leur paraissait être un métal analogue à l’argent et à l’or. C’est là ce qui les conduisit à la notion de la transmutation.

Les Égyptiens désignaient sous le nom de Chesbet plusieurs sortes de saphirs bleus ou verts à base de cobalt et de cuivre. Ils en faisaient des incrustations, des amulettes, des colliers, diverses parures. ils étaient arrivés à composer un chesbet artificiel qui ressemblait au produit naturel. Mais, ce qui est surtout digne de remarque, c’est « l’assimilation d’une matière colorée, pierre précieuse, émail, couleur vitrifiée, avec les métaux » ; cette assimilation entraîne en effet une notion nouvelle, celle de la teinture ; « car l’imitation du saphir naturel repose sur la coloration d’une grande masse, incolore par elle-même, mais constituant le fond vitrifiable, que l’on teint à l’aide d’une petite quantité de substance colorée. Avec les émaux et les verres colorés ainsi préparés on reproduisait les pierres précieuses naturelles ; on recouvrait des figures, des objets en terre ou en pierre ; on incrustait les objets métalliques. »

Parmi les minéraux et les métaux connus des Égyptiens, on peut citer aussi l’émeraude, la malachite, le cuivre en al1iage, le fer, le plomb, l’étain et le mercure, que sa mobilité faisait regarder comme vivant (d’où le nom de vif-argent).

L’art tinctorial comprenait la teinture en jaune (xanthosis), en blanc (leucosis) : et en noir (mélanosis). Il y avait aussi la teinture en pourpre au moyen de l’orcanette et de l’orseille.

Tous ces changements d’aspect des corps mis en jeu paraissaient être des modifications de leurs propriétés et semblaient, par suite, légitimer l’espoir d’en opérer la transmutation. Il faut bien se l’appeler que l’idée de la fixité des propriétés des corps est une notion toute moderne. Au XVIIe siècle même Bacon écrivaît : « En observant toutes les qualités de l’or, on trouve qu’il est de couleur jaune, fort pesant et d’une telle pesanteur spécifique, malléable et ductile à tel degré, etc., et celui qui connaîtra les formules et les procédés nécessaires pour produire à volonté la couleur jaune, la grande pesanteur spécifique, la ductilité, etc. ; celui qui connaîtra ensuite les moyens de produire ces qualités à différents degrés, verra les moyens et pourra prendre les mesures nécessaires pour réunir ces qualités dans tel ou tel corps : d’où résultera sa transmutation en or. » Tel a été, en effet, du commencement du moyen âge à la fin de la Renaissance, le rêve permanent et, si l’on peut dire, l’obsession de l’alchimie Alchimie .

III.

Ces conceptions étaient fort anciennes. C’est en effet dans la philosophie grecque qu’il faut en chercher la formule ; car les premiers alchimistes, élèves des néo-platoniciens, avaient été nourris des théories idéalistes de l’école ionienne, des Pythagoriciens et de Platon. L’examen des écrits de Synésius et de Stéphanus d’Alexandrie ne laisse aucun doute à ce sujet.

La doctrine de la transmutation est en germe dans le Timée, Elle repose sur l’idée d’une matière première, support indifférent de toutes les qualités qu’on y peut accumuler. Platon expose avec insistance cette notion qu’il considère comme fondamentale : « La chose qui reçoit tous les corps, dit-il, ne sort jamais de sa propre matière ; elle est le fond commun de toutes les matières différentes, étant dépourvue de toutes les formes qu’elle doit recevoir d’ailleurs. » La matière première se compose de feu, ce qui la rend visible ; de terre, ce qui la rend tangible ; d’air et d’eau, ce qui assure l’union de la terre et du feu. Ces quatre éléments sont formés de corpuscules très petits, susceptibles de se changer les uns dans les autres, car nous voyons, dit Platon, « que l’eau, en se condensant, devient pierre et terre ; en se fondant et se divisant, elle devient vent et air ; l’air enflammé devient du feu ; le feu condensé et éteint reprend la forme de l’air ; l’air épaissi se change en brouillard, puis s’écoule en eau ; de l’eau se formment la terre et les pierres. »

Tous les corps sont le siège d’une transformation de cette sorte. Sous l’influence de cette idée, Proclus écrit : « Les choses ne pouvant jamais conserver une nature propre, qui oserait affirmer que l’une d’elles est telle plutôt que telle autre ? » C’est donc en vertu d’une loi nécessaire de la nature que les corps se modifient et que la transformation est possible. Cette conception déterministe s’est mêlée plus tard au mysticisme oriental dans le cerveau des alchimistes ; mais il faut remarquer que chez les philosophes grecs, Thalès, Anaximène, Héraclite, Empédocle, Platon et leurs héritiers immédiats, elle offre un caractère tout à fait scientifique, Michel Psellus se montre fidèle à leur doctrine lorsque, dans une lettre qui a servi de préface au recueil des alchimistes grecs, il écrit au patriarche Xiphilin : « Les changements de nature peuvent se faire naturellement, non en vertu d’une incantation ou d’un miracle, ou d’une formule secrète, Il y a un art de la transmutation ... Tu veux que je te fasse connaître cet art qui réside dans le feu et les fourneaux et qui expose la destruction des matières et la transmutation des natures. Quelques-uns croient que c’est là une connaissance d’initié, tenue secrète, qu’ils n’ont pas tenté de ramener à une forme rationnelle ; ce que je regarde comme une énormité. Pour moi, j’ ai cherché d’abord à connaitre les causes et it en tirer l’explication rationnelle des faits, Je l’ai cherchée dans la nature des quatre éléments, dont tout vient par combinaison et en qui tout retourne par dissolution ... »

De la Grèce l’alchimie Alchimie reçut donc, avec la notion d’une matière première et le système des atomes, tout un contingent d’idées rationalistes qu’altérèrent plus ou moins dans la suite le mysticisme chrétien et les traditions de l’Orient. C’est bien en conformité avec la métaphysique de Platon que les alchimistes du moyen âge cherchaient à dépouiller les métaux de leurs qualités individuelles, pour arriver à la matière première, le mercure des vieux philosophes. Mais, dans les opérations auxquelles ils se livraient dans ce but, ils ne pouvaient constater que l’indéfinie transformation des éléments ; aussi représentaient-ils l’œuvre mystérieuse sous la forme symbolique du serpent annulaire qui n’a ni commencement ni fin. Cette image désespérante de la chimie n’a cessé d’être vraie qu’à la fin du siècle dernier. En introduisant la balance dans les laboratoires, Lavoisier a montré que le poids des métaux est invariable et, d’une façon générale, que tous les phénomènes chimiques ont pour origine incontestable les réactions d’un petit nombre de corps indécomposables, dont le poids et les propriétés demeurent constants.

Cette grande découverte sape, dans ses fondements mêmes, la doctrine alchimique de la transmutation. Néanmoins il est permis de se demander si nos éléments actuels, jusqu’alors indécomposés, sont bien en réalité des corps simples. Si l’hypothèse de Prout, qui en fait des polymères de l’hydrogène, était démontrée, l’espoir de passer de l’un à l’autre serait parfaitement légitime. Mais la détermination des équivalents des corps simples, que Dumas et Stas ont faite avec beaucoup de soin, semble ébranler la théorie unitaire. D’autre part, les lois relatives aux chaleurs spécifiques nous empêchent de voir dans nos corps simples actuels des polymères d’une même substance, comparables aux polymères connus. La chaleur spécifique de ces derniers augmente en effet, suivant la loi de Wœslyn, avec la complication de leur molécule, tandis que, pour les corps simples, la chaleur spécifique varie, d’après la loi de Dulong et Petit, en raison inverse de l’équivalent.

Mais on peut concevoir tout autrement l’unité de la matière. A l’hypothèse de Prout plusieurs chimistes opposent en effet une hypothèse nouvelle, plus compréhensive, qui consiste à considérer les corps simples comme les états d’équilibre stable sous lesquels la matière se manifeste. « Dans cet ordre d’idées, dit M. Berthelot, un corps réputé simple pourrait être détruit, mais non décomposé suivant le sens ordinaire du mot. Au moment de sa destruction, le corps simple se transformerait subitement en un ou plusieurs autres corps simples, identiques ou analogues aux éléments actuels. Mais les poids atomiques des nouveaux éléments pourraient n’offrir aucune relation commensurable avec le poids atomique du corps primitif, qui les aurait produits par sa métamorphose. Il y a plus : en opérant dans des conditions diverses, on pourrait voir apparaître tantôt un système, tantôt un autre système de corps simples, développés par la transformation d’un autre élément. Seul le poids absolu demeurerait invariable, dans la suite de ses transmutations. »

Dans cette hypothèse même, l’espoir de former des corps simples ne doit pas sembler chimérique. Malheureusement, nous n’avons pas plus de raisons de le nourrir que de le condamner. Tout ce que l’on peut dire à cet égard, c’est que l’état actuel de la science ne permet d’entrevoir aucune méthode qui mène au but. Avant donc de nous engager dans les ténèbres sans fil conducteur, n’est-il pas plus sage de chercher surtout à perfectionner nos théories ? Ce n’est un mystère pour personne qu’elles en ont grand besoin : les fluides impondérables n’ont fait que passer ; l’éther semble se retirer déjà, comme un peu honteux, emportant peut-être avec lui l’atome des chimistes. Tout va-t-il s’expliquer maintenant par le mouvement ?

M. Berthelot expose ces questions avec-ce talent robuste et original qu’on lui connaît. Œuvre d’érudition subtile et pénétrante, son livre est surtout instructif pour Je penseur : il reconstitue en effet devant nous la filiation des systèmes imaginés à la naissance de l’alchimie Alchimie et ressuscités de nos jours pour résoudre l’éternel problème de la constitution de la matière. C’est dire qu’il intéresse, avec les chimistes de profession, tous les esprits philosophiques, curieux de suivre à travers les âges le développement de la raison.

Louis Olivier


[1Voyez la Revue scientifique du 17 janvier et du 7 février 1885

[2Un vol. de 445 pages, orné d’un portrait de l’auteur. Paris, Georges Steinheil, éditeur.

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