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Les euphorbes — II. Emploi médical

Ch. Éloy, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales — 1888

mardi 15 juin 2010, par gloubik

Comme leurs congénères de cette famille si riche en espèces médicinales, les plantes du groupe des euphorbes possèdent des propriétés médicinales et toxiques fort actives. Toutes, indigènes ou exotiques, sont âcres, caustiques, émétiques ou purgatives, et d’une utilisation qui n’est pas toujours exempte de danger.

Les espèces indigènes, dont quelques-unes sont employées âr la médecine populaire, mériteraient peut-être une étude chimique et physiologique plus attentive : tels l’Euphorbe lathyrienne, l’Euphorbe cyparisse, l’Euphorbe Réveil-matin, l’Euphorbe ésule et l’Euphorbe des bois. Parmi les espèces exotiques l’Euphorbe résinifère dans l’ancienne médecine, l’Euphorbe hétodoxe et l’Euphorbe pilulifère, dans ces dernières années, ont été l’objet d’applications thérapeutiques plus ou moins heureuses dans leurs résultats, mais à coup sûr fort incomplètement connues dans leurs effets.

 1. Euphorbes indigènes.

Ces plantes sécrètent un suc laiteux et une huile résineuse dont les propriétés caustiques, irritantes et vésicantes, irritent la peau à des degrés divers, mais à la manière de l’huile de croton, du thapsia ou de la cantharide. Elles agissent aussi sur la muqueuse gastro-intestinale à la manière des éméto-cathartiques ; et, en comparant leur activité avec celle des espèces exotiques de la même famille, les euphorbes indigènes n’occupent pas dans la matière médicale un rang inférieur à ces dernières : c’est ainsi que si l’huile d’épurge vient après les huiles de croton, de Fontaneira puncheri et du Jatropha curcas, comme purgatif, elle possède une activité supérieure à l’huile de l’Andia, que les médecins brésiliens mélangent à l’huile de ricin et à l’huile de bankoul (Alemites triloba) des Moluques, qui est d’effet moins fidèle. L’épurge est la plus vulgairement employée de ces euphorbes indigènes. Les autres sont moins populaires dans la médecine des campagnes et cependant ne possèdent pas des propriétés moins actives.

 1.1. Euphrobe épurge ou Lathyrienne

. La synonymie de ce végétal est fort riche : en latin, Euphorbia lathyris, Catapucia minor, Tithymale lathyris, Esula major, vulgairement : grapite, ésule, épurge, catapuce, tithymale épurge, ginousette ; en italien, catapussa ; en allemand, Purgierkorn Ou Springkraut. et en anglais, Caper-Spurge. De tout temps ses vertus ont été connues ; Pline et Dioscoride la considérèrent comme un violent purgatif, et, avant eux, Hipppocrate, au témoignage de Cazin, rapporte deux empoisonnements causés par son ingestion.

L’huile d’épurge a été isolée pour la première fois par Carlo Calderini, et, plus tard, en 1825, par Luys et Canella. Néanmoins, dans l’appréciation des propriétés de cette substance, il faut tenir compte, comme Cazin le remarquait, de l’aphorisme de Celse : Differre opertet genera medicina pro diversitate locorum, et soupçonner l’épurge des contrées méridionales de posséder une activité supérieure à celle de notre pays.

Matière médicales — Les feuilles et les racines sont peu employées. Leur coupe laisse suinter un suc blanchâtre et âcre comme celui de toutes les plantes de cette famille : leur dessiccation demande quelque soin.

Tels qu’on les trouve dans la droguerie, les fruits ont une forme étoilée, une surface rugueuse et une couleur jaunâtre ou brunâtre ; leur mésocarpe est spongieux, leur endocarpe coriace. Ils contiennent une graine comprimée, ovoïde, brunâtre, dont le parenchyme renferme de nombreuses gouttelettes d’huile. Il est à noter avec Coste que la dessiccation atténue l’activité de leurs propriétés.

Composition chimique — Soubeyran a soumis les semences de l’épurge à l’aanalyse et a trouvé 40 % d’huile jaune, de la résine, des sels, des matières colorantes et de l’albumine végétale.

L’huile est âcre, de couleur blanc pâle ou brunâtre. On l’obtient par expression, ou bien en traitant les graines par l’éther. Elle est peu soluble dans l’alcool : de là des différences d’action physiologique, en raison du mode de préparation. Cette huile se congèle vers un degré et très vraisemblablement contient un principe âcre. Soubeyran admet l’existence de deux substanees huileuses, l’une fixe et jaune, qui est la plus abondante, l’autre brunâtre, qui serait la plus âcre et à laquelle l’huile d’épurge du commerce emprunterait son odeur et sa saveur désagréables.

Le suc lactescent de l’épurge contient une gomme résine.

Propriétés physiologiques — A l’état frais, ce suc produit l’irritation de la peau, une éruption érythémateuse, des ampoules douloureuses et, si le contact est prolongé, une inflammation plus profonde.

Administrées par la voie buccale, les semences et l’huile d’épurge provoquent sensation d’ardeur et même de cuisson sur les muqueuses buccale et pharyngée, de l’inflammation, des douleurs stomacales, des vomissements, de la diarrhée sanglante et des phénomènes durables de gastro-entérite.

Son action sur la circulation et la respiration n’a pas été mentionnée par les auteurs ; néanmoins, dans les empoisonnements accidentels causés par son ingestion, on a noté Ia petitesse du pouls et des troubles convulsifs des mouvements respiratoires. Le système nerveux était aussi atteint ; il existait de la stupeur, de l’abattemenret même des convulsions.

A dose peu élevée, l’épurge agit à la manière des purgatifs drastiques. Par contre, en quantité plus considérable, elle produit de moindres effets purgatifs, mais provoque des vomissements et un état de profonde stupeur.

Emploi thérapeutique — Le suc frais d’épurge ou les feuilles fraîches préalableement confusées ont été employés comme rubéfiants, L’huile rend es mêmes services, mais, en raison de son prix élevé, Cazin a recommande pour le même usage les frictions avec un liniment obtenu par la macération des semences dans l’huile.

Les propriétés caustiques du suc lactescent ont été utilisées en application à la surface des verrues. De plus, les anciens empiriques l’employaient en badigeonnages, à l’aide d’un pinceau, sur les taches de teigne, doont l’épilation devenait facile après quatre ou cinq jours. On ne saurait omettre de comparer cette médication avec le traitement contemporain de la même maladie par les badigeonnages à l’huile de Croton tiglium.

Il y a quelques années, en 1841, dans uo mémoire intitulé : Des avantages thérapeutiques de l’inoculation de la morphine et de quelques autres médicaments, Lafargue (de Saint-Emilion) a proposé, d’introduire sous la peau le suc de cette plante pour provoquer la pustulation. Il en inoculait une goutte moyen de la lancette, et, vingt-quatre heures après, il obtenait des pustules analogues aux éruptions stibiées. Les jours suivants, il entretenait cette éruption et la stimulait par l’application d’une quantité nouvelle de l’agent rubéfiant. Ces tentatives, qui d’ailleurs ne se sont pas généralisées, avaient pour objet de substituer cette méthode à l’emploi de l’emplâtre stibié et d’en remplir les indications, Dans le même but, on pourrait faire usage du suc frais des autres euphorbes indigènes.

L’utilisation de ses propriétés purgatîves date de fort loin. Les semences sont employées par les habitants des campagnes, qui les ingèrent en nature à la dose de 6 à 12 après les avoir écrasées. D’après Cazin, ils savent en obtenir un effet plus considérable en les mâchant préalablement Ce même observateur les prescrivait comme un succédané de l’huile de croton sous forme d’une émulsion avec un jaune d’œuf. L’activité du remède est ainsi accrue, mais sa violence doit le faire proscrire chez les individus sujets aux inflammations gastro-instestinales. Enfin il est encore d’usage dans la médecine populaire d’ingérer 5 ou 6 graines d’épurge broyées dans du miel pour obtenir un effet purgatif.

L’huile d’épurge passe pour un purgatif doux. À la dose de 5 à 15 gouttes pour les adultes et de 3 à 5 gouttes pour les enfants, elle possède une activité 30 fois supérieure à l’huile de ricin et provoque des évacuations alvines sans douleur ni colique. Fonssagrives, propose de l’administrer en émulsion avec un jaune d’œuf et l’hydrolat de menthe. En tout cas, à l’instar de l’huile de croton, comme purgatif, l’huile d’épurge doit être prescrite à l’intérieur avec ménagement. De plus, elle s’altère avec le temps, sa saveur devient plus piquante, et, d’après Cazin, elle provoque alors des coliques et du ténesme.

En lavement, et à la dose de 1 gramme pour 500 grammes de décoction de mercuriale à prendre deux trois, le même observateur considère cette huile comme un purgatif efficace. Il prescrit cette préparation dans les cas de constipation intense, d’hydropisie, d’étranglement herniaire et de coIiques saturnines.

Les lavements à la racine et à l’écorce de l’épurge sont moins actifs. On doit employer ces organes du végétal à la dose de 1 gramme à 1,50g en décoction.

On a conseillé l’épurge dans beaucoup d’autres maladies : Klebe aurait employé le suc frais avec succès contre l’ictère et à la dose de 20 à 40 gouttes en dilution dans l’eau. Louis Frank conseillait d’essayer l’huile dans l’ascite à titre de dérivatif et, contre le tænia, comme tænifuge. Enfin Martin Solon disait en retirer quelque profit dans le traitement de l’albuminurie brightique. Ces effets ne sont autres vraisemblablement que ceux de l’huile de ricin et d’autres purgatifs hydragogues.

Empoisonnement par l’épurge — À la manière des poisons âcres, l’ingestion du suc d’épurge, de l’huile d’épurge en excès, des semences ou des autres parties du végétal, provoque des accidents graves. Peu de temps après on observe des douleurs dans le pharynx, l’œsophage et l’estomac, puis des vomissements suivis de violentes coliques et de l’expulsion de selles teintées de sang ; une sueur froide survient, une soif ardente, et surtout, si les évacuations alvines sont peu abondantes, de l’agitation musculaire, des convulsions des membres et de la faiblesse du pouls. Le malade succombe parfois, mais plus rarement cependant, à ces accidents qu’à l’entérite consécutive.

Quand ces phénomènes toxiques s’amendent, il n’est par rare, d’observer des diarrhées chroniques rebelles. Cazin en a observé des exemples dans lesquels un traitement longtemps continué a pu seul vaincre les accidents. Le Café, les stimulants, quand les symptômes sont aigus, l’opium, quand ils prennent la forme chronique, en constituent la médication. Au reste, le traitement des empoisonnement par l’épurge ne dispose pas d’autres moyens que ceux dont on fait usage contre les intoxications par les drastiques.

Modes d’administration et doses — À l’intérieur, on a prescrit les feuilles, les semences et l’huile. Les premières et les secondes sont presque inusitées et la troisième s’emploie rarement.

Les feuilles en infusion s’administrent, d’après Bulliard, à la dose de 8 grammes dans 1 litre d’eau à prendre par grandes cuillerées de demi-heure en demi-heure jusqu’à effet médicamenteux. En même temps ondoit ingérer une boisson ou du bouillon.

Les semences brutes sont un purgatif populaire à la dose de 6 à 12 grammes, on peut encore les broyer et les émulsionner dans du lait.

L’huile d’épurge a été prescrite en émulsion à raison de 8 à 20 gouttes. Cazin employait l’huile obtenue par expression, par quantité de 30 centigrammes à 1 gramme en potion dans une infusion de graine de lin ou de guimauve. La potion de Reiss contenait 8 à 15 gouttes d’huile d’épurge en mélange avec 100 grammes d’eau de laitue et quantités égales, soit 25 grammes, d’eau de menthe et de sirop de rose.

On a prescrit aussi des pilules à l’huile d’épurge et à la magnésie calcinée. Chacune contenait de 1 à 3 gouttes du médicament. Bailly formulait des pastilles de chocolat en renfermant chacune une goutte.

Le lavement à l’huile d’épurge était formulé par Cazin, avec 1 gramme de cette huile, 5 grammes d’amidon et 500 grammes d’une décoction de graine de lin.

A l’extérieur, on a proposé les feuilles fraiches contusées en topique et fonctions rubéfiantes avec 1 ou 2 grammes de l’huile.

 1.2. Euphorbe cyparisse ou petite épurge.

Connue sous les noms vulgaires de petite ésule et rhubarbe des paysans, cette plante, Euphorbia ou Tithymalus cyparissus des botanistes, Esula minor des officines, a été employée pour ses racines, ses feuilles et ses fruits.

Action physiologique. Elle purge à la manière de l’épurge et les propriétés drastiques de sa racine sont plus actives que celles des semences de cette dernière.

Orfila a montré les propriétés toxiques du suc de ce végétal. Un chien auquel il en administrait 150 grammes succombait rapidement. Au demeurant, c’est un drastique puissant et dangereux.

Emploi thérapeutique. Cazin rapporte que, par sa macération dans du vinaigre, cette plante perd de son activité et devient un médicament plus maniable. Coste et Geoffroy administraient sa racine sous cette forme à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme. Enfin, d’après ce même observa aussi avec moins de danger prescrire ses feuilles en décoction dans l’eau de guimauve ou le lait. Par cet artifice pharmaceutique, on préparait une émulsion.

 1.3. Euphorbe ésule.

Cette plante, Euphorbia gerardiana des botanistes a été recommandée comme un succédané indigène de l’ipécacuanha. En 1811, Loiseleur-Deslongchamps fit des essais favorables qui mériteraient d’être renouvelés.

Il en administra la racine à la dose de 30 centigrammes à 1,20g, et 18 fois sur 22 individus soumis à cette médication il obtint un effet thérapeutique, des vomissements et des selles plus ou moins abondantes, mais jamais exessives. Les premiers étaient faibles et les secondes ne s’accompagnaient pas de coliques violentes. Il proposait donc de donner à cette racine le qualificatif d’ipécacuanha indigène.

À côté de cette euphorbe le même observateur recommandait aussi l’euphorbe des bois (Euphorbia sylvatica), l’euphorbe des vignes (Euphorbia peplus), l’euphorbe nummulaire ou petite tithymale, l’euphorbe pourpre (Euphorbia choracius) et la plupart des tithymales indigènes qui, à des degrés divers, posséderaient les mêmes propriétés éméto-cathartiques. Gilibert partageait cette opinion, qui, déjà en 1796, était défendue par Coste dans son Essai botanique, chimique et pharmaceutique sur les plantes indigènes.

 1.4. Euphorbe Réveille-Matin

Cette euphorbe (Euphorbia hélioscopia) est aussi connue par les propriétés de son suc qu’elle est vulgaire par son habitat. Il n’est personne qui n’en ait mis à l’épreuve l’action caustique sur la peau, allant presque à la rubéfaction.

A l’extérieur, on a employé son sue laiteux à la manière de celui de l’épurge.

A l’intérieur, les Anciens la considéraient comme un purgatif léger et comme un dépurgatif. De là probablement son emploi par Nonne et quelques autres dans le traitement de la syphilis.

En résumé, l’étude physiologique et thérapeutique des eupborbes indigènes est incomplète : il y aurait quelque intérêt à la reprendre avant de condamner à l’oubli des végétaux dont, mieux déterminées, les propriétés a peut-être susceptibles d’utilisation.

 2. Euphorbes exotiques

 2.1. Euphorbe résinifère

(Euphorbia resinifera de Berg). Cette espèce fournit la gomme résine d’Euphorbe, Gum Euphorbium des Anglais, Euphorbium des Allemands, qui, de toute antiquité, a été connue pour ses propriétés âcres et irritantes. Dioscoride et Pline s’accordent pour attribuer l’étymologie du nom d’eupborbe au célèbre Euphorbe. médecin de Juba II, roi de Mauritanie, auteur d’ua ouvrage sur cette substance.

Au reste, d’après Flückiger et Hanbury, les vertus de la gomme résine d’Euphorbe ont été signalées tour à tour par Rufus Ephesius, au siècle de Trajan, et par Galien ; Plus tard par Vindicianius, Oribase, Paul d’Egine, Aetius, et, plus près de nous, par l’École arabe. Pendant le moyen âge et jusque dans ces dernières années, ce produit figurait d’ailleurs dans toutes les pharmacopées. Enfin, de nos jours, sa récolte et sa conservation ont été étudiées par Jakson et par Bug.

Matière médicale. La gomme résine est la seule partie de l’Euphorbia resiinifera qui ait été utilisée en médecine. Elle vient de la Mauritanie où on la rencontre partout, dans la province de Suse, sur les pentes méridionales de l’Atlas, et où on la récolte en pratiquant des incisions transversales sur les diverses parties du végétal.

Le suc qui s’écoule se concrète, durcit et se solidifie en forme de larmes irrégulières, mesurant 1 à 2 centimètres, blanchâtres ou jaunâtres, ayant le volume d’une noisette à un grain de poivre et une cassure translucide. Elles sont souvent traversées par des cavités qu’occupaient les épines ou les portions de tige sur lesquelles elles se sont solidifiées.

Tel est l’aspect physique de l’Euphorbium ; sans odeur à froid, elle dégage par la chaleur une odeur désagréable et aromatique, possède un goût âcre et brûlant ; enfin sa poussière détermine de violents éternuements, ainsi que de l’irritation des muqueuses oculaire et respiratoire.

Composition chimique. Flückiger et Hanbury ont analysé ce produit, qui renferme une résine, l’euphorbone, du mucilage, des malates alcalins et des composés minéraux.

La résine amorphe (C20H32O4) en forme le principe constituant dans la prooportion de 38 %. Neutre, soluble dans l’alcool à 70, exempte de réaction acide, cette substance possède une saveur âcre et brûlante.

L’euphorbone (C26H44O2) a été obtenue en cristaux incolores par purification : elle est inerte et insipide, fusible à 116, d’aprês Flüekiger, et à 145, d’après M. Blondel. Insoluble dans l’eau, elle est soluble dans l’éther, la benzine, le chloroforme, l’alcool amylique, l’acétone, l’acide acétique à froid et l’alcool bouillant. A la température ordinaire, 60 parties de ce liquide à 83 degrés en dissolvent une partie. On provoque une réaction caractéristique en additionnant d’une quantité d’acide nitrique sa solution alcoolique disposée en couche mince et acidifiée préalablement par l’acide sulfurique. Une semblable coloration est obtenue en ajoutant du chlorate ou du chromate de potasse à cette même solution. Ce produit serait analogue à la lactucarine.

Le mucilage a été isolé des résidus de la préparation de l’euphorbone ; l’acétate de plomb, le borate et le silicate de soude, d’après Flückiger, le précipitent.

Enfin les résidus sont riches en malates de calcium et de sodium et en chlorure de même base.

Action physiologiques. La résine d’euphorbe est un irritant des muqueuses. Pendant sa manipulation et sa récolte, ses poussières provoquent chez les ouvriers des inflammations des paupières. des bronchites, de la toux, des éternuements violents, du vertige et, paraît-il, du délire, de l’insensibilité et des convulsions. Ces accidents sont dus à la résine et non pas à l’euphorbone.

Appliquée sur la peau, elle provoque la rubéfaction et la vésication. On a comparé son action à celle des cantharides : il n’en serait rien chez les adultes et, d’après M. Cauvel, elle déterminerait à peine quelques ulcérations. Murray lui attribue, comme à la cantharide, la propriété d’irriter es voies urinaires.

Ingérée par la voie buccale, elle possède des propriétés émétiques et drastiques. De plus, son usage donnait lieu à des inflammations et à l’entérite.

Emploi thérapeutique. L’ingestion de cette résine à l’intérieur produit des effets éméto-cathartiques et de plus peut provoquer des phénomènes graves qui en ont fait abandonner l’usage. Autrefois encore on avait proposé de l’employer comme sternutatoire, mais on peut mesurer les dangers de cette médication par les accidents dont sont victimes les ouvriers employés à sa récolte et à sa préparation.

A l’extérieur, la résine d’euphorbe a été proposée comme un rubéfiant et vésicant. Les résultats sont moins certains que ceux des cantharides et la douleur qu’elle provoque est plus vive. On l’a donc utilisée seulement à la confection de certains emplâtres employés surtout dans la médecine vétérinaire.

Mode d’administration. Sous forme de poudre, elle entrait dans la préparation des médicaments sternutatoires à la dose de 5 à 15 centigrammes.

La teinture éthérée sert à rendre plus actifs les emplâtres de poix de Bourgogne, A cet effet, on l’étend à leur surface aux doses de 1 à 2 grammes.

L’huile à la résine d’Euphorbe a été aussi employée dans le même but.

Enfin, d’après M. Cauvet, cette résine entre dans la composition de l’emplâtre
de Jamin et de l’emplâtre de Lecomte.

 2.2 Euphorbe pilulifère.

Durant ces dernières années, cette euphorbe a été l’objet de quelques travaux importants et même, de la part de certains thérapeutes, d’un engouement passager. Elle venait de l’Australie avec une réputation d’antidyspnéique puissant et sur la recommandation de Bancroft.

En raison de son habitat dans les régions tropicales de l’Amérique, de l’Océanie et de l’Australie, la synonymie de ce végétal est fort variée. On le désigne, d’après Cauvel, sous les noms vulgaires de Mal nommé, Poil de chat, Réveille-matin des jardins velu et dentelé, Herbe à serpents, Euphorbe à fleur en tête ; dans les langues étrangères sous ceux de Pill Bearing Spurge, en anglais ; de Pillen tragende Wolfomilch, en allemand ; d’Ervia dos cobres et Herba colobrina, au Brésil ; d’Amacin Patcheh Arisec, aux Indes ; Caucica et Caubri, dans l’archipel des Caraïbes, et de Sudoo-boo-dada-kiriya dans l’île de Ceylan. La plupart des échantillons qui ont été mis à l’essai par les thérapeutes européens provenaient de l’Australie et en particulier de Queensland.

Matière médicale. Les échantillons sont un mélange de fragments desséchés des feuilles, des fleurs, des tiges et des racines.

Les feuilles, brisées pour la plupart, se caractérisent, d’après Cauvet, par la disposition de leurs nervures, la coloration brun rougeâtre de leur face supérieure et vert jaunâtre de leur face inférieure.

Les sommités sont velues, et les poils qui les recousrem leur donnent une coloration jaunâtre.

Les fragments de tige sont peu épais, lisses, striés longitudinalement et de coloration rouge brunâtre. Ceux des racines ont une forme tortueuse, ondulées : ils portent ordinairement des radicelles rougeâtres et renflées à leur point d’intersection. Enfin cette racine diffère par l’épaisseur de son écorce de la racine de l’ipécacuanha strié.

Composition chimique. Les substances que contient l’Euphorbia sont mal déterminées. Cependant M. Marsset, dans sa thèse inaugurale, a fait quelques recherches, incomplètes d’ailleurs, pour les reconnaître.

Son principe actif serait-il un alcaloïde ou une résine ? Rien ne le prouve. On sait seulement qu’il est soluble dans l’eau ou l’alcool faible et insoluble ou peu soluble dans l’éther, le chloroforme, le sulfure de carbone et l’essence de térébenthine.

Préparée par décoction, cette solution présente une couleur rouge brun, possède une odeur de framboise, et d’après M. Marsset, une saveur âcre et chaude. Elle rougit le papier de tournesol, donne une réaction violette avec les persels de fer, précipite par l’albumine, mais résiste à la plupart des réactifs classiques des alcaloïdes.

Par l’évaporation de cette solution on obtient un extrait brun noirâtre, d’odeur et de saveur aromatiques, qui, desséché, présente une cassure vitreuse.

Cette plante contient aussi du tannin (Cauvet) et probablement des sels dont la nature est indéterminée. Au demeurant, sa composition chimique est indécise et incomplète.

Action physiologique. L’étude physiologique qui en a été faite n’est pas moins sommaire. Administrée aux cobayes et aux grenouilles sous forme d’extrait aqueux ou hydro-alcoolique, cette euphorbe modifierait la respiration et la circulation dans les expériences de ce même observateur.

Les mouvements respiratoires étaient accélérés après une faible dose, mais s’arrêtaient quand on exagérait cette dernière. Cet arrêt précédait celui du cœur. C’est par cette propriété d’accélérer la respiration que M. Marsset explique les vertus alexipharmaques que, dans ses pays d’origine, on attribue à ce végétal pour combattre les effets du venin de serpent.

Les battements du cœur sont modifiés parallèlement à ceux de la respiration.

Cependant ils persisteraient plus longtemps que ces derniers après l’emploi de doses toxiques.

Telles sont les expériences relatées dans sa thèse, soutenue en 1884, par M. Marsset, sous le titre de : Contribution à l’étude botanique, physiologique et thérapeutique de l’Euphorbia pilulifera. On pourrait donc admettre que cette plante tue par asphyxie plutôt que par arrêt du cœur. Cet observateur en déduit une autre conclusion, à savoir que le principe de l’Euphorbia pilulifera agit sur les centres nerveux respiratoire et cardiaque, qu’il excite d’abord, puis déprime ensuite. Cette explication théorique attend sa confirmation d’autres expérimentateurs. Ingérée par la voie buccale, l’Euphorbia pilulifera agit sur le tube digestif à la manière d’un irritant ; non dilué, son extrait provoque un état nauséeux et une vive douleur stomacale.

La sécrétion biliaire serait accrue par son influence. C’est d’ailleurs le parenchyme hépatique qui l’éliminerait, de sorte que, dans son emploi, on n’aurait pas d’action cumulative. Chez tous les animaux mis en expérience la vésicule biliaire était distendue après la mort.

La toxicité de l’Euphorbia pilulifera varie d’ailleurs suivant les espèces animales. La grenouille succombe à une dose de 20 à 25 centigrammes d’extrait, et un cobaye après l’administration de 50 à 80 centigrammes de la même préparation. Pour la première, le coefficient de toxicité serait représenté par 5 grammes de plante sèche pour 100 grammes de poids vivant et pour le second par 1 gramme de la même plante pour 100 grammes de leur poids.

Emploi thérapeutique. Ce végétal a été recommandé par Ainslie, sous le nom de Pill Bearing Spurge, pour combattre la maladie aphteuse. Avant lui Pison en célébrait les vertus alexipharmaques, et depuis M. Bancroft l’a préconisé comme médicament antidyspnéique. Enfin M. Tison, sous forme de décoction, et après lui MM. Marsset et Dujardin-Beaumetz, sous celle de d’extrait, l’ont mis à l’essai et proposé dans la thérapeutique des troubles de la respiration.

Bancroft l’administrait contre la bronchite chronique ; son compatriote Matheson contre l’asthme simple ou compliqué de catarrhe des bronches. De plus, ils le considéraient à la fois comme un tonique et un léger narcotique.

Dans l’asthme, M. Marsset aurait obtenu des résultats encourageants, et constatait, après son ingestion continuée pendant plusieurs jours, une diminution de la dyspnée : l’amélioration débuterait du deuxième au troisième, aurait été de même contre les bronchites chroniques et l’emphysème.

Cependant son emploi n’est pas exempt d’inconvénients. Après quelques jours, le malade éprouve des douleurs épigastriques et des nausées. Aussi, pour les éviter, M. Dujardin-Beaumetz conseille d’ingérer de préférence la teinture de ce médicament, après l’avoir largement diluée dans une infusion de thé, de polygala ou de pariétaire. Le moment le plus favorable pour son administration serait celui qui précède le repas.

En résumé, on a recommandé ce végétal comme un médicament de la dsypnée et en particulier de la dyspnée asthmatique. Il agirait sur le spasme, mais ne modifierait ni la sécrétion bronchique, ni les lésions broncho-pulmonaires. Constatons que sa valeur thérapeutique est loin d’être déterminée et que son emploi n’est pas exempt d’inconvénients.

Modes d’administration et doses. C’est sous forme d’infusion, d’extrait et de teinture, que l’Euphorbia pilulifera a été prescrite.

La décoction s’obtient avec 7 à 8 grammes de plante sèche pour 1 litre d’eau. On passe et on additionne de 25 à 50 grammes d’alcool. M. Tisson a recommandé cette préparation, dont on fait ingérer trois à quatre verres à bordeaux par jour, le matin à jeun, avant le diner, avant le coucher et durant la nuit en cas de crise.

L’extrait aqueux se véhicule dans une potion et à la dose quotidienne de 5 à 10 centigrammes. 100 grammes de plante donnent 14 grammes d’extrait aqueux et 14 grammes et 1/2 d’extrait alcoolique, d’après M. Petit.

La teinture alcoolique est obtenue en traitant une partie de plante sèche par cinq parties d’alcool. M. Dujardin-Beaumetz en administre 10 à 30 gouttes chaque jour dans une tisane (Bulletin de thérapeutique, 15 mars 1885), On peut encore la prescrire dans une potion.

Le sirop d’Euphorbia pilulifera doit contenir 5 centigrammes d’extrait aqueux par cuillerée à bouche. La dose quotidienne est d’une à deux cuillerées en dilution dans un verre d’eau.

 2.3. Euphorbia Heterodoxa.

Cette espèce, originaire du Brésil, fort commune dans la vallée de l’Amazone, sécrète un suc laiteux auquel les indigènes donnent le nom d’Alveloz. Ils en font usage comme d’un caustique puissant et, à la manière des empiriques de nos pays qui se servent du suc d’épure comme d’un caustique, les habitants de ces contrées attribuent à l’alveloz de puissantes propriétés caustiques.

Étendu à la surface des plaies, l’alveloz les escharifie et tarit tout suintement. Pour ces motifs il possède la réputation de guérir les plaies venimeuses et d’en hâter la cautérisation.

L’Euphorbia heterodoxa possède des propriétés extrêmement toxiques qui doivent en faire redouter l’emploi. A l’instar de la gomme résine de l’Euphorbia resinifera, elle provoque l’inflation des voies urinaires et parfois, paraît-il, des inflammations du parenchyme rénal.

Cependant on ra essayée et proposée, durant ces derniers temps, pour le traitement du cancer, et en particulier du cancer utérin. Cette application thérapeutique a fait l’objet d’un travail de M. Barnsfather dans le New-York Medical Record du 4 juin et la Revue générale de clinique et de thérapeutique du 10 septembre t887. Le procédé proposé par le médecin américain consiste dans l’application sur le col utérin, devenu cancéreux, de tampons d’ouate aseptique, imprégnés du suc frais de cette euphorbe. Il aurait pour effet de désagréger la surface de la tumeur et de tarir l’écoulement suspect. On se demande si une telle pratique serait exempte, non-seulement d’inconvénients, mais même de sérieux dangers.

Ch. Éloy

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