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Les Euphorbes — I. Botanique

Henri Baillon — Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales — 1888

mardi 15 juin 2010, par gloubik

(Euphorbia T.). Genre qui a donné son nom à la famille des Euphorbiacées, et dont les fleurs sont, suivant une partie des botanistes, hermaphrodites et régulières. Leur réceptacle porte un calice en forme de cloche ou de sac plus ou moins profond, découpé sur ses bords en 5 lobes membraneux, imbriqués en quinconce, et plus rarement en 4 ou 6-8 lobes. Dans leurs intervalles se voient, en même nombre ou plus ordinairement au nombre de 4, des appendices glanduleux ou charnus, très variables de forme, assez souvent pétaloïdes ou très découpés, chargés de glandes multiples. L’androcée est formé d’un nombre indéfini d’étamines, disposées en 5 faisceaux oppositipétales, et dans chaque faisceau les étamines forment deux séries parallèles. Chacune d’elles se compose d’un filet, articulé tardivement en un point variable, et d’une anthère biloculaire, déhiscente par deux fentes latérales ou plus ou moins extrorse. Avec les faisceaux staminaux alternent le plus souvent 5 languettes ou 5 faisceaux de languettes, ou de glandes. Le gynécée, supporté par un pied plus ou moins long et recourbé, et dont le sommet porte assez souvent un disque hypogyne entier ou 3-6-lobé, est formé d’un ovaire à 3 lobes, dont 2 postérieures, surmonté d’un style, à trois branches stigmatifères, ordinairement bifides. L’ovule, insere en haut de l’angle interne de chaque loge, est descendant, anatrope, avec le micropyle supérieur extérieur et coiffé d’un obturateur de forme variable. Le fruit est une capsule tricoque, dont le péricarpe, d’épaisseur et de consistance variables, devient finalement sec, septicide, puis loculicide, et les graines pourvues exterieurement d’une tunique charnue arillaire, ou dans toute leur étendue, ou plus souvent dans leur seule region micropylaire (caroncule), renferment sous leurs téguments un albumen abondant, charnu,huileux, entourant un embryon axile, à radicule supère et à cotyledons linéaires ou plus ou moins ovalaires.

Les Euphorbes appartiennent, au nombre d’environ 700 espèces, à toutes les régions du globe. Elles peuvent être herbacées, ou legumées, parfois charnues, comme celles qui sont dites cactiformes, aphylles ou à feuilles alternes ou opposées, avec ou sans stipules. Elles sont souvent riches en latex blanc. Leurs fleurs sont ordinairement réunies en cymes, unipares ou pluripares, souvent accompagnées de bractées, petites, ou grandes, vertes ou colorées. Leurs propriétés médicinales sont dues ou à leur latex, ou à l’huile que renferment en abondance leurs graines.

 Euphorbia resinifera

 [1] O. BERG est dans le premier cas. C’est une espèce cactiforme, qui s’élève jusqu’à 1 ou près de 2 mètres et dont la tige devient grise et ligneuse, tandis que les branches et les rameaux, ordinairement tétragones, sont d’un vert plus ou moins glauque, charnus, glabres. Leurs quatre angles proéminents portent des coussinets saillants, inégalement quadrangulaires, primitivement rouges, puis bruns, dont les quatre angles se prolongent d’abord en une épine ; celles des angles inférieurs sont plus longues (1/2 à 1 cm), rigides, coniques ; celles des supérieurs, beaucoup plus courtes (1,2mm) finissent par devenir obtuses, ou réduites à une courte crête, ou disparaissant même totalement. Un peu au-dessus, de leur aisselle le bourgeon avorté est generalement infdiqué par un pore déprimé. Çà et là, ce bourgeon se développe en un petit rameau charnu, semblable aux branches, ou parfois trigone. Les fleurs sont polygames, le gynécée avortant dans un grand nombre d’entre elles ; elles sont de couleur Jaune, disposées, dans l’aisselle des coussinets supérieurs, en petites cymes bipares, à 3 ou à un plus grand nombre de fleurs. Celles-ci ont un périanthe campanulé, de couleur jaune, dont les 5 divisions sont très courtes, égalant à peine ou ne dépassant que très peu les glandes alternes, au nombre de 4, 5, transversalement oblongues ou subrhomboïdales.

Les étamines, en partie exsertes, ont une petite anthère à loge subdidyme, et les languettes interposées sont linéaires, de la longueur du périanthe. Le gynécée, très développé, est supporté par un pied fortement arqué et accompagné d’un court disque 3-lobé. Le fruit est profondément trilobé, déprimé, lisse, à coques carénées sur le dos, et les graines ovoïdes, arrondies, papilleuses, n’ont pas leur tégument extérieur manifestement plus développé dans la région micropylaire que dans le reste de son étendue. Cette espèce croit dans le Maroc, sur le flanc de l’Atlas, entre autres dans la province de Dimineh, dans le district de Misfinoa et sur les montagnes de Netifa. Elle est cultivée dans nos jardins botaniques et elle y a déjà fleuri. On se procure par incision le latex dont abonde cette espèce, comme tant d’autres de ses congénères. Il est blanc, visqueux, et d’une âcreté telle qu’il enflamme la peau et que les indigènes qui incisent la plante sont obligés de garantir leur visage, surtout leurs yeux, du contact des moindres parcelles de ce latex. Une partie de celui-ci tombe à terre, et la plus grande portion demeure à la surface des branches, où elle se dessèche et se concrète, si bien que les morceaux irréguliers de gomme ou résine d’Euphorbe, euphorbium, qui se produisent, engluent souvent et renferment dans leur masse des fragments d’épines, d’inflorescences et de fruits qu’on retrouve dans la drogue telle que la présentent les officines. Ils sont d’un jaune clair ou plus ou moins bruns, d’apparence céracée, translucides, légèrement aromatiques quand on les chauffe, et d’une saveur finalement très âcre et brûlante. Cette drogue renferme, plus d’un tiers de résine amorphe et près d’un quart d’euphorbon (FLÜCKIGER), substance ternaire (C26H44O2), cristallisable, incolore, insipide et insoluble dans l’eau, plus du mucilage, du malate de chaux et de soude et quelques composés minéraux. La plus grande portion de l’euphorbium est employée dans le pays de production. Le reste est exporté par Mogador. C’est un puissant remède évacuant, jadis employé comme purgatif et vomitif énergique. Aujourd’hui son emploi est considéré comme dangereux et il est presque tombé en désuétude, surtout pour l’usage interne. C’est un sternutatoire énergique, un puissant rubéfiant et vésicant, et on l’emploie parfois comme tel dans la médecine vétérinaire [2].

 Euphorbe Épurge

(Euphorbia Lathyris L.), ou Grande Catapuce, Ginousette, est aussi un médicament puissant, aujourd’hui négligé ; c’est une herbe dicarpienne, à tige dressée, simple ou peu divisée, à feuilles opposées, disposées sur quatre rangées verticales, sessiles, oblongues, glabres et glauques, riches en latex comme la plante entière. Ses fleurs jaunâtres sont disposées en cymes terminales ombelliformes, dont les axes sont accompagnés de bractées ovales-triangulaires. Les fruits tricoques, subglobuleux, sont d’abord presque charnus ou plutôt spongieux, à cause de l’épaisseur et de la consistance particulière de leur exocarpe. Plus tard, celui-ci s’amincit en devenant complétement Sec, de même que l’endocarpe, qui s’ouvre pour laisser échapper les graines, courtement ovoïdes, obliquement tronquées, brunes et rugueuses-réticulées à la surface. Leur sommet est occupé par un gros arille micropylaire, Sous le nom de Grana regia minora et de Semina Cataputiœ, ces graines étaient employées à cause des propriétés évacuantes de leur albumen et de leur embryon. Charlemagne prescrivait, à cet effet, la culture de l’Epurge dans le voisinage des maisons religieuses. L’huile extraite de ces parties pourrait, en effet être substituée à celle du Ricin, mais son action est beaucoup plus énergique, car elle purge à la dose de 1 à 2 grammes. Mais elle est aussi vomitive. Les graines en fournissent environ 40 % ; elle est de couleur fauve, fluide, d’une odeur très prononcée et une saveur très âcre.

Par l’huile de leurs semences et par le latex âcre qu’elles renferment, beaucoup d’Euphorbes sont actives et pourraient être usitées comme médicaments. Citons, entre autres, parmi nos espèces herbacées communes : le Réveille-matin (Euphorbia Helioscopia L.), l’Ésule ou Embranchée (E. Esula L.), dont la racine passait pour hydragogue, l’E. Petit Cyprès (E. Cyparissias L.), ausi nommée Rhubarbe des pauvres, et l’E. de Gérard (E.,Gerardiana L.) aussi des Ésules pour les anciens médecins. L’Ésule des bois (E. sylvatica L.) a une racine purgative et vomitive. Les E. Peplus, Pithyusa, palustris, pilosa, Chamœsyce, etc., ont tous un latex irritant, évacuant, hydragogue, même des espèces cactiformes, africaines ou asiatiques, que l’on cultive si souvent dans nos serres, comme les E. neriifolia, Antiquorum, canariensis, grandidens, virosa, abyssinica, meloformis, globosa, Caput-Medusœ, triaculeata, Candelabrum, officinarum. La production de la gomme-résine d’euphorbe avait longtemps été attribuée à cette dernière espèce. Dans l’Amérique du nord, l’E. Ipecacuanha L. (E. gracilis ELL.) fournit un des faux Ipecacuanhas de ce pays. En Colombie, l’E. hypericifolia L., petite espèce vivace, à feuille opposée, constitue un des Canchalaguas les plus employés comme médicament évacuant. L’E. pilulifera L. (E. hirta LAMK), autre espèce à feuilles opposée, commune dans les régions tropicales, outre ses propriétés évacuantes, vient d’être encore préconisé comme tonique, narcotique et surtout très puissant contre l’asthme. Dans ces derniers temps, l’E. Drummondi, espèce australienne, a été vanté comme anesthésique et présente, dit-on, le même mode d’action que la Coca, ce qui est remarquable dans une famine où certains genres, tels que les Médiciniers, par exemple, offrent de grandes analogies d’organisation florale avec plusieurs Linacées.

Henri Baillon

Bibliographie — L., Gen .n, 243. — LAMK, Illustr., t. 411. — ENDL., Gen., n, 5766 — Mér. et de L., Dict ; Mat. mëd., III, 177. — Guib.,Drog., simpl., éd. 7, II, 357. — Kl. et Grck, .Tricoccœ,.— A. JUSS., De Euphorbiac. gen. med. eor. virt. Tentam. (1824). — Rosenth. ,Syn. pl. diaphor., 808. — BOISS., in DC. Prodr., XV, sect. II, 7 ; Icon. Euphorb., In-4 (1862) - H. Bn., Hist des pl., V, 106, 172, l75, 177, fig. 143,152 ; ; Et fén. du gr. des Euphorbiacées (1858) ,4, 46, 280,t,12 ; in Adansonia, I, 58, 104, 139. 291 ; II.211 ; III,139 ; IV,257 ; VI, 282 ; VII, 159, 375 ; X, ·197 ; Tr. Bot. méd. phanér., 918. Henri Baillon


[1Voyez également L’euphorbe résinifére (Euphorbia resinifera), La Nature, N°107 - 19 Juin 1875

[2Sur les usages de l’Euphorbium, voy. Amer. Journ, Pharm. 1886, p.450

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