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L’euphorbe résinifére (Euphorbia resinifera)

La Nature, N°107 - 19 Juin 1875

Mis en ligne par Denis Blaizot le lundi 23 février 2009


Tout le monde connait les Cactus ; ce sont de singulières plantes ; charnues, sans feuilles, munies de piquants ou de poils plu, ou moins nombreux elles sont eu général inoffensives, et sont souvent cultivées dans les appartements pour leur aspect bizarre.

Des plantes très différentes empruntent parfois leur apparence : ce sont les Euphorbes des parties chaudes du globe, appelées, pour ce fait, euphorbes cactiformes. Mais ces végétaux sont très dangereux et ne sont ainsi jamais cultivés comme ornement, quoique plusieurs d’entr’eux aient des fleurs remarquablement belles comme l’Euphorbe splendide. Ils se reconnaissent aisément à ce que la plus légère piqûre fait perler sur elles d’abondantes gouttes d’un lait âcre et irritant.

La médecine de l’antiquité nous a légué un produit énergique, médicament un peu tombé en désuétude, depuis la découverte d’autres remèdes plus maniables ; c’est la gomme euphorbe, lait concentré d’une euphorbe cactiforme. On retrouve dans cette gomme des débris de tiges et de fleurs qui ne laissent aucun doute à cet égard.

Cependant jusqu’à ces dernières années la plante elle-même était restée inconnue. La gomme, qu’il ne faut manier qu’avec précaution, nous arrive de Mogador (Maroc), dans des sacs de joncs ; elle est récoltée non pas sur la côte, mais dans la région des hauts plateaux.

Lorsque notre compatriote, l’intrépide M. Balansa, tentait, au péril de ses jours, l’exploration de cette région, il entendit parler de l’Euphorbe, mais il ne put ni la voir lui-même ni la recueillir ; il fut même obligé bientôt de fuir devant l’hostilité croissante des habitants du pays. Mais durant son court séjour, il avait dressé un Arabe à la récolte des plantes, M.Cosson, de l’institut, se mit en relation avec cet indigène et le chargea de rechercher cette curieuse espèce. Notre chargé d’affaires au Maroc, M. Beaumier, les facilita de tout son pouvoir. L’Arabe put enfin trouver l’Euphorbe résinifère (tel est, en effet, son nom scientifique), et put en rapporter plusieurs exemplaires vivants à Mogador. Il fut assez heureux pour rencontrer en route deux autres Euphorbes, celles-ci absolument nouvelles.
M. Cosson, qui les étudia, crut devoir dédier l’une à M. Beaumier (Euphorbia Beaumieriana), qui méritait ce témoignage de reconnaissance scientifique.

Ces plantes furent expédiées vivantes au Jardin des Plantes, après avoir été emballées avec beaucoup de soin ; elles y arrivèrent en bon état et on peut les y voir aujourd’hui. Elles y végètent dans le sol même qui les a vu naitre et qui a été apporté avec elles. L’euphorbe résinifère a prospéré et a même fleuri.

C’est une plante dangereuse, même quand on ne la blesse pas et qu’on ne fait jaillir aucune goutte de lait. Quand elle arriva à Paris, M. Houllet, le chef de serres, la nettoya et l’épousseta avec un pinceau ; celle poussière qui avait touché l’euphorbe et qu’il avait respirée lui causa une inflammation très-vive de la bouche et du pharynx dont il souffrit très-sérieusement. Beaucoup de plantes de cette famille sont dans ce cas ; on connait la fable du Mancenillier, qui a donné lieu à une scène si dramatique de l’opéra de Meyerbeer, l’Africaine ; quoique les propriétés toxiques de cet arbre aient été exagérées, il n’en est pas moins réel que l’atmosphère qui entoure certaines euphorbiacées est très-redoutable, et un grand nombre d’entre elles sont certainement très-dangereuses. L’Euphorbe des Canaries, analogue à l’Euphorbe résinifère, mais dont le suc est pourtant moins actif, est dans ces îles un objet de crainte et de terreur, on les fuit ; quand les indigènes demeurent trop longtemps exposés à leur influence ou à leurs émanations, ils sont pris d’ophthalmies graves et perdent quelquefois la vue.

Les Euphorbes de nos climats sont plus humbles et moins funestes ; leur suc est cependant très-âcre et très-irritant ; il détermine sur la peau de la figure et des mains des cloques et des démangeaisons douloureuses. Tout le monde connait les effets du Réveille-matin (Euphorbia helioscopia), plante très-commune dans les champs cultivés.

Ces plantes exotiques et vénéneuses se voient dans les collections des établissements scientifiques où elles ont été rassemblées à dessein. On peut à Paris, au Muséum, sans danger et loin de leur patrie, voir et étudier les plus féroces animaux ; on peut aussi y contempler, y étudier ces végétaux redoutables par leurs exhalaisons funestes et les subtils poisons qu’ils distillent, ces plantes, comme dit le poète, dont l’ombrage donne la mort.

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