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Léon Jaubert (1829 — 1898)

Wilfrid de Fonvielle, La Science Illustrée N°531 — (29 janvier 1898)

Mis en ligne par Denis Blaizot le vendredi 27 novembre 2009

Léon Jaubert, directeur-fondateur de l’Observatoire populaire du Trocadéro et de l’Institut du Progrès, est né à Maure, petite ville du département des Basses-Pyrénées, dans le courant de l’année 1829.

Venu jeune à Paris, il s’est formé en suivant les cours de la Sorbonne, du Jardin des Plantes et du Collège de France comme auditeur libre. Il n’a appartenu à aucune école, et ne possédait aucun titre universitaire.

Il a cultivé l’astronomie physique avec des instruments qu’il a fabriqués de ses mains dans les ateliers de M. Farcot, qui avait mis à sa disposition, d’une façon gratuite, le local et la force motrice nécessaire. Il a construit surtout des télescopes du système Foucault, mais auxquels il avait donné des miroirs de cuivre. Il les faisait de très court foyer et poussait aussi loin que possible le grossissement de l’oculaire. Il obtenait ainsi de très heureux effets pour montrer les phénomènes célestes à une foule de spectateurs.

Léon Jaubert a laissé un grand nombre de projets sur le mérite desquels nous n’avons point assez d’éléments pour nous prononcer.

Il a réalisé l’idée conçue à peu près en même temps par Silbermann jeune de remplacer les globes astronomiques par des géodes montrant le ciel en creux, c’est-à-dire tel qu’il est dans la nature. Quelques-unes de ces géodes astronomiques sont de véritables objets d’art.

Léon Jaubert était avant tout un propagateur zélé et dévoué des résultats conquis par la science contemporaine. Seul, sans fortune, il est parvenu à fonder un Institut du Progrès, dont Ferdinand de Lesseps avait accepté la présidence alors qu’on le nommait le Grand Français. Le conseil tenait ses séances à l’hôtel de l’isthme de Suez. Depuis ces temps prospères, l’Institut du Progrès a éprouvé bien des vicissitudes. L’administration du Trocadéro n’a eu de repos que le jour où elle l’a expulsé de sa salle de conférences, pour l’encombrer de modèles en plâtre ! On ne lui a laissé que l’usage des toits sur lesquels Léon Jaubert mettait en batterie ses télescopes, notamment les jours d’éclipse.

Les leçons en plein air étaient le triomphe de Léon Jaubert, qui y a attrapé la pneumonie chronique dont il est mort, à la fin du dernier mois de décembre. Ces séances étaient extrêmement suivies. Même au cœur de l’hiver j’y ai vu plusieurs centaines de personnes des deux sexes, de tout âge et de toute condition sociale.

L’Institut populaire émigra à la mairie du XIVe arrondissement, où il fut recueilli par le docteur Marsoulan. Après l’Exposition de 1889, il revint dans les jardins du Palais. Léon Jaubert l’installa assez convenablement dans les salles de l’ancien restaurant de France, qu’il avait pris à bail. Plusieurs centaines de personnes suivaient les cours faits par Léon Jaubert et d’autres orateurs, surtout le jeudi et le dimanche, sur tous les sujets à l’ordre du jour. Il vivait assez maigrement de médiocres subventions ramassées un peu partout, qui lui permettaient de continuer son apostolat sans avoir à trop souffrir de la misère, mais il faisait flèche de tout bois. Sa femme, qui dessine très bien, faisait les tableaux astronomiques et autres. La petite bonne menait les projections avec un appareil Molteni. Il était admirateur des travaux de Pasteur et de l’École pastorienne. Il accompagnait les conférences de manipulations micrographiques très suivies et très utiles.

On peut espérer que M. Gréard, le dernier président de l’Institut du Progrès, ne laissera pas périr l’œuvre. Malheureusement personne ne pourra remplacer Léon Jaubert, tant son zèle était infatigable.

Il laisse deux filles en bas âge, qui sont naturellement sans ressources, mais M. Marinoni appréciait beaucoup son enseignement et lui ouvrait les colonnes du Petit Journal. Le Figaro a pris l’initiative d’une souscription à laquelle nous pensons que quelques lecteurs de la Science illustrée voudront bien joindre leur obole à la nôtre.

Personnellement, Léon Jaubert nous a donné cent fois l’occasion de défendre nos idées devant un nombreux auditoire. Son amitié restera toujours présente à notre esprit, accompagnée d’un aimable souvenir. Nous sommes persuadés que s’il s’organise une salle de conférences chez Pluton, il nous réservera un tour de paroles.

Wilfrid de Fonvielle