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Les pyramides des fées à Saint-Gevais

E. Sauvage, La Nature N°205 — 5 mai 1877

samedi 8 janvier 2011, par gloubik

Le touriste qui, partant de Chamonix, ce pittoresque village situé au pied du géant des Alpes, veut aller à Genève, traversera d’abord le col de Voza, et, par la montagne du Prarion , dont l’altitude est de 1800 mètres, pénétrera dans la vallée de Montjoie. Cette montagne du Prarion lui donnera accès dans la vallée, par le col de la Forclaz, passage facile et de riant aspect ; de là il se rendra à Saint-Gervais-les-Bains, dont les eaux thermales et salines attirent à chaque saison de nombreux visiteurs. Les excursions sont charmantes autour de cette alpestre station, au milieu des antiques forêts de sapins au fût dressé comme une gigantesque colonnade, parmi les prairies du Mont-Joli, qu’arrosent de torrentueux ruisseaux. En ce point, la cascade du Crépin se précipite en bouillonnant du haut des grès arkoses ; plus loin, dans les ravins du Bon-Nant, le cours d’eau écume sur des jaspes d’une couleur rouge de sang, entrecoupés de veines de quartz blanc et de calcaire grisâtre. Ces jaspes, depuis longtemps signalés par de Saussure, ornent aujourd’hui le foyer de la danse du nouvel Opéra.

Si, au lieu de remonter le ruisseau, le touriste continue sa route, un étrange spectacle ne tardera pas à attirer ses regards. Du milieu des noirs sapins, qu’ils surpassent, surgissent de gigantesques pyramides de terre et de blocs amoncelés que couronne un gros bloc de pierre, juché sur son haut piédestal.

Une légende, nous dit M. Alphonse Favre, rapporte que des fées sont venues placer ces grosses pierres sur les pyramides alors qu’elles avaient déjà reçu leur forme ; mais, ajoute le savant géologue, « je crois que les choses ne se passent de cette manière que dans les pays réellement habités par les fées. Dans ceux où elles n’interviennent pas, les gros cailloux des terrains diluviens mettent à l’abri de la pluie les terres placées au-dessous d’eux, tandis que celles qui ne sont pas abritées sont entraînées. Cette action s’est produite dans la grande masse de terrain glaciaire qui est arrivée par le col de la Forclaz. »

Ces gros blocs erratiques, venons-nous de dire, ont protégé les terrains recouverts contre les érosions et les agents atmosphériques, tandis que les couches environnantes étaient peu à peu désagrégées et enlevées. Il s’est passé en cette circonstance ce que l’on observe à la surface des glaciers actuels. Sur ceux-ci l’on voit fréquemment, en effet, ses tables de rochers reposant sur des colonnes de glace ; c’est ce que l’on connaît sous le nom de plateaux des glaciers. Ces plateaux sont dus à ce que le glacier a fondu tout autour de la place protégée par la pierre, corps mauvais conducteur de la chaleur. Ce dernier fait est la confirmation de l’expérience si connue de Franklin, qui, par un jour de soleil d’hiver, mit sur la neige des morceaux de drap de différentes couleurs, et observa que ces morceaux de drap s’enfonçaient inégalement suivant leur plus ou moins de conductibilité pour la chaleur ; c’est par la même cause que s’expliquent les formations des crêtes qlle forment les moraines médianes des glaciers, crêtes qui, suivant Tyndall, s’élèvent parfois jusqu’à 20 ou 30 pieds au-dessus du niveau général du glacier.

E. Sauvage

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