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La vie sur la planète Mars

Th. Moreux, La Nature N°1366 - 29 Juillet 1899

samedi 9 mai 2009, par gloubik

Nous avions promis l’année dernière un article sur les conditions d’habitabilité de la planète Mars [1] . Nous avons attendu les résultats de la dernière opposition. Voici le moment de discuter les observations : Mars s’éloigne de nous à pas de géants , et dans nos lunettes il ne nous apparaît plus que sous la forme d’un petit disque rougeâtre. Le voilà pour longtemps encore dérobé à nos regards anxieux. Et après tout que lui importe nos minutieuses inquisitions ? La vie de l’homme dure si peu quand on la compare il la vie astrale d’une planète ! Dans plusieurs siècles d’ici nos successeurs chercheront encore, peut-être, les secrets de cette « île mystérieuse » du ciel.

Bien que l’astronomie fasse chaque jour de grands progrès, il faut avouer que ce que nous connaissons de l’état physique de Mars est très peu de chose. Savez-vous tout d’abord comment on fait des dessins de cette planète ? Beaucoup s’imaginent qu’il suffit te mettre l’œil à la lunette pour voir quelque chose approchant du dessin que représente la figure 1. — Erreur profonde. — Tous les dessins assez complets de Mars ne sont qu’une résultante d’observations et d’impressions successives subies par l’œil de l’astronome ; et personne, que nous sachions, ne peut se flatter d’avoir saisi un ensemble important de détails. Notre atmosphère est tellement agitée et nos yeux se fatiguent si vite que les images changent en quelques secondes. Il n’y a donc rien de contradictoire à voir deux dessins d’une planète portant les mêmes heures présenter de réelles différences.

Vous comprendrez maintenant la nécessité dans laquelle se sont trouvés les premiers observateurs de donner des noms à ces détails fugitifs de la surface. Les espaces sombres furent appelés « mers » et les lignes fines de même couleur reçurent le nom de « canaux », Peu à peu on put éliminer les erreurs d’observation : on connaît maintenant un grand nombre de mers et des centaines de canaux. Nous engageons le lecteur qui voudrait se rendre compte des progrès de l’Aréographie (Géographie de Mars) ou en continuer l’étude à se procurer pour une somme modique le globe édité par M. Flammarion chez M. Bertaux et dont nous donnons l’un des aspects (fig. 2). Le dessinateur, M. Antoniadi, est assurément l’un des astronomes qui connaissent le mieux cette terre sœur de la nôtre et sa voisine dans le ciel.

Voisine à 14 millions de lieues, lorsqu’elle s’approche de nous ! C’en est assez, il nous semble, pour qu’elle ait encore des secrets bien gardés. L’astronomie est une science ouverte à tous ct ceux (lui s’en occupent n’ont pas le droit, malgré leur petit nombre, de tromper les profanes. Que n’a-t-on pas dit depuis quelques années sur cette planète Mars ? L’imagination des romanciers ne suffit plus, on parle maintenant de communications interplanétaires. Hélas ! nous en sommes loin ! On ferait mieux de chercher auparavant à concevoir l’état physique de ces mondes lointains.

Et, faut-il l’avouer, nous sommes vis-à-vis d’une carte de Mars dans la situation d’un ingénieur examinant un plan bizarre dont il ignorerait tout, jusqu’à la signification des teintes conventionnelles, Lors donc qu’on parle des mers de cette planète n’allons pas conclure immédiatement à la présence de l’eau dans ces régions. Certaines parties du sol lunaire portent, elles aussi, des noms analogues : Mer de la Sérénité, Mer de la Fécondité, Mer des Pluies, etc., et non seulement il est certain que ces mers ne contiennent pas d’eau ; mais, d’après les conclusions les plus récentes de la Sélénographie, nulle part ne se laissent voir des traces d’érosion par les eaux. De même dans l’état actuel de la science nous en sommes encore à chercher ce que signifient les différentes teintes qui colorent le disque de la planète Mars. Cependant nous avons pour nous aider quelques données astronomiques certaines. La durée du jour et de la nuit est de 24h40min environ sur Mars ; l’année est de 687 de nos jours ; le soleil que nous voyons sous un diamètre apparent de 31’’ est réduit à 21’’ en raison de la distance. Mars reçoit à peine les 4/9 de la chaleur que le Soleil nous envoie. L’axe de rotation de la planète offre par rapport au pôle de l’écliptique une inclinaison à peu près égale à celle du globe terrestre (25° environ au lieu de 23° 1/2) ; la répartition de la chaleur suivant les saisons est donc dans le même rapport à peu près que sur la Terre. Des observations récentes faites à l’observatoire Lowell ont montré en outre que l’eau était presque absente de la surface de la planète et en quantité inappréciable dans son atmosphère. Cette dernière constatation qui renversait les hypothèses admises jusqu’à ce moment jetait un jour nouveau sur une foule de questions demeurées sans réponses. C’est ainsi, pour n’en citer que deux exemples, qu’on s’explique facilement pourquoi nous ne voyons jamais de nuages nous dérober la vue du sol martien ; les canaux ont été aperçus dans ces dernières années sur les espaces sombres qu’on prenait pour des mers ! Ils se détachaient en blanc sur ces régions et n’étaient que le prolongement des lignes grisâtres observées sur les espaces clairs. Tout peut s’expliquer si les mers et les canaux ne contiennent pas d’eau. Il paraît enfin de plus en plus démontré que les dédoublements mystérieux de ces canaux sont des phénomènes subjectifs, dus en grande partie, ainsi que nous l’avions annoncé avec M. Antoniadi, à des variations dans la mise au point des lunettes, variations provenant surtout de l’agitation de l’atmosphère et de la fatigue de l’observateur. Cette année encore M. Antoniadi a pu apercevoir un canal qui s’est dédoublé en l’espace de quelques secondes pour redevenir simple un instant après.

D’un autre côté nous avons pu montrer que si l’on admet, ce qui semble nécessaire, la dernière théorie cosmogonique on peut en conclure que Mars n’a pas été soumis au même mode de formation que la Terre. Sa surface s’est crevassée suivant des arcs de grands Cercles analogues aux rayons émanés de certains cratères de la Lune. Ce sont ces cassures qui étendent un réseau inextricable sur toute la planète, sans qu’on soit le moins du monde autorisé à voir en eux les manifestations, malgré une certaine régularité, d’êtres pourvus d’intelligence . Mais alors que contiennent ces canaux et ces mers ?

Les théories précédentes une fois admises voici ce que l’on peut avec M. du Ligondés dire de plus plausible sur un sujet aussi obscur : l’aplatissement de Mars et sa densité nous portent à croire que le globe de la planète est assez homogène.

Les couches supérieures ont une structure poreuse qui les rend perméables, et la couleur rougeâtre du sol indique la présence probable d’une grande quantité d’oxyde de fer. Cette perméabilité du ’sol jointe à sa constitution métallique lui permet donc de se laisser facilement traverser par la chaleur venant des couches profondes. Cette chaleur doit être encore très appréciable, car nous n’en sommes plus au temps où l’on admettait avec Laplace que Mars était un monde plus âgé que la Terre. Mars -nous ne saurions trop le répéter-est de formation récente ; tout le prouve aujourd’hui. A la distance où il se trouve du Soleil, avec une atmosphère aussi raréfiée que la sienne, Mars devrait être un monde glacé et figé par le froid ; or, il n’en est rien. Nous ne pouvons demander la source de la chaleur à une atmosphère saturée de vapeur d’eau puisque les faits démontrent le contraire. Il nous faut donc recourir à la chaleur interne et tout s’explique alors merveilleusement. Imaginons de hauts plateaux plongés dans une atmosphère toujours pure avec un froid moyen très probablement inférieur encore à 100° au-dessous de zéro. Les cassures primitives qui tendent à isoler ces plateaux se sont peu à peu transformées en vallées profondes, larges parfois de 50 à 60 kilomètres. D’autres parties du sol se sont affaissées presque complètement et ont formé les mers. Elles ont gardé leur structure fendillée et présentent encore des crevasses. Le régime des eaux ne ressemble en rien à notre circulation aéro-tellurique.

L’eau réchauffée par la chaleur interne se fraye facilement un passage au milieu du sol meuble et, arrivée à la surface, se condense dans les régions froides sous forme de neige ou plutôt de gelée blanche, suivant l’opinion de Proctor. Pendant le jour le Soleil ne tarde pas à fondre et à dissiper cette couche mince déposée sur le sol. Les bas-fonds au contraire restent pendant tout l’été dans un état d’humidité chaude très propre à favoriser une végétation marécageuse. En réalité on ne saurait expliquer autrement les variations de couleur survenant dans ces taches sombres aux changements des saisons. Il est donc bien probable que la végétation a fait depuis longtemps son apparition dans les mers de Mars ainsi que dans ses canaux. Tantôt plus abondante et tantôt plus restreinte, elle marque d’un trait sombre les limites assez précises, mais variables chaque année, des régions basses et des hauts plateaux.

Faut-il conclure maintenant à l’apparition là-bas d’animaux inférieurs correspondant à ceux de notre époque secondaire ?

Faut-il admettre aussi l’existence d’êtres intelligents rivés au sol martien comme nous le sommes au nôtre ? Rien ne nous y autorise, et ceux qui l’affirment sortent du domaine de la science pour entrer dans le pur roman. Ce serait d’ailleurs et de beaucoup dépasser les limites permises à l’hypothèse scientifique ; car tous les phénomènes qui se passent sur la planète Mars, y compris les fameux signaux de feu, simples manifestations atmosphériques, peuvent s’expliquer très simplement par les causes invoquées dans le courant de cette étude sommaire.

L’Abbé Th. Moreux.


[1Voy. N° 1508, du 25 juin 1898, p. 49.

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